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Les enfants de chouhada : des droits légaux confisqués et un Etat coupable d’injustice à leur endroit. 31 octobre, 2016

Posté par docteurboudarene dans : articles de presse , 2 commentaires

Cet article a été publié dans le quotidien El Watan du 10 et du 11 juillet 2010, dans la rubrique « idées débats ». 

Je voudrais rappeler aux lecteurs de mon blog que les questions que j’ai posées au premier ministre pour avoir des explications quant à la non application, depuis maintenant 11 ans, de ce texte de loi (la loi relative au chahid et au moudjahid), n’ont toujours pas eu de réponses. Ce qui témoigne en réalité de l’absence d’intérêt accordé par le pouvoir aux lois de la République et de l’indifférence manifeste que celui-ci (le pouvoir) affiche face au rôle des parlementaires et aux difficultés dans lesquelles se débattent quotidiennement les citoyens.

Voici le texte tel qu’il a paru dans le quotidien El Watan.

Evoquer, un demi-siècle après l’indépendance de la nation, les tracas, pourtant bien réels, que rencontrent les enfants de chouhada pour obtenir leurs droits légaux peut paraître décalé, anachronique. Cela peut aussi agacer et faire « grincer des dents » chez ceux là même qui croient que cette catégorie de citoyens baignent dans des privilèges, sans limites, consentis par une nation généreuse à leur endroit. A dire vrai, ce n’est pas le cas et si des enfants de chouhada – ils doivent sûrement être nombreux – ont accès à des faveurs particulières, c’est parce qu’ils sont dans les grâces d’un pouvoir dans le giron duquel ils se sont mis à couvert. Bien sûr, ceux là ne sont pas des enfants de chouhada « ordinaires ». Sans doute des thuriféraires du régime et autres clients.  Le lecteur comprendra que le commun des filles et fils de chouhada – dont je plaide ici la cause – n’a pas la chance d’émarger dans cette « rubrique ». La majorité des orphelins mais aussi des veuves de la guerre de libération nationale vivent encore aujourd’hui dans le besoin quand ils ne sont pas dans un total dénuement. Pour autant, l’Algérie indépendante avait fait le serment d’en prendre soin. Ce serment a vite été oublié, trahi.

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Que serait la vie sans la philosophie? 26 octobre, 2016

Posté par docteurboudarene dans : autres écrits , ajouter un commentaire

Quelqu’un – une amie FB – s’est demandée ce que serait la vie sans philosophie.
Une bonne question, j’en conviens mais qu’est-ce que, au fond, la philosophie?
Chacun ira de sa définition.
Elles seront nombreuses, sans doute.
Je crois, en ce qui me concerne, que la philosophie consiste à se prendre la tête pour essayer de comprendre et de bâtir le monde selon sa convenance.
Simplet comme raisonnement, c’est ce que vous allez me dire.
Pourtant c’est bien de cela qu’il s’agit, en tout cas du questionnement au tout début de l’humanité.
Une espèce de « proto »science qui tente d’abord de donner un sens et une signification aux phénomènes de la vie – à ce qui nous entoure – et qui essaie ensuite de comprendre les interactions humaines et les relations qui fondent et caractérisent la communauté.
La philosophie est donc une espèce de proto-sociologie, de proto-anthropologie et par certains de ses aspects une proto-médecine, etc.
Le philosophe est un peu comme Pandore, cette femme de la mythologie grecque qui, poussée par la curiosité, ouvre la boîte – interdite d’ouverture – pour en libérer ce qui s’y trouve.
La comparaison s’arrête là car Pandore en ouvrant la boite en libéra tous les maux qui se sont répandus à travers l’humanité, sauf l’espérance qui est restée au fond interdisant ainsi aux hommes toute forme d’aspiration à vivre heureux.
La philosophie est dans la démarche contraire.
Sauf qu’en ouvrant la boite, le mystère devient encore plus opaque pour le philosophe et exige de ce dernier – pour y voir plus clair – l’ouverture d’une autre boite…tout aussi obscure.
Autrement dit, la philosophie est une forme de questionnement permanent et de raisonnement scientifique continuel.
A ses balbutiements, cependant et sans l’exigence de la rigueur scientifique, sans l’impératif de la preuve par la réplication ou la reproduction de l’expérience et de l’obtention à souhait du même résultat.
Sans la philosophie, il n’y aurait pas eu de questionnement et l’humanité serait restée stérile. Elle n’aurait pas accouché de tant de merveilles et, sans doute, elle n’aurait pas produit autant de malheur.
La vie serait restée un mystère.
En tout cas la vie sans philosophie ressemblerait à une vie sans musique, sans couleur, sans parfum, sans tendresse… Ce qu’a répondu une autre amie FB.
Une vie qui serait sans relief, fade, triste.
Je suis d’accord avec cela.
Le piquant – comprenez le piment – de la vie vient aussi de cela. Aller au devant du mystère et tenter de le percer. Aller au devant des craintes, des frayeurs, archaïques et les vaincre parce que le mystère n’est plus.
Une aventure permanente qui permet à l’humanité d’avancer vers son destin avec chaque fois un accès vers plus de lumière – la lumière de la connaissance et du savoir.
C’est cela la philosophie.
C’est celle d’Aristote, de Platon, de Newton et de tant d’autres.
La philosophie des lumières que j’aime.
Pas celle de BHL ou de ceux qui lui ressemblent.
Il n’est pas besoin de les citer.
Ceux là abusent et violent les consciences en distillant, sous couvert du débat philosophique, toutes sortes d’idées qui invitent à l’exclusion et au racisme. Le postulat étant que certains peuples ne sont pas éligibles à la liberté de conscience.
Je ne les aime pas.

Projet de la nouvelle constitution: Tamazight de nouveau occultée. 19 octobre, 2016

Posté par docteurboudarene dans : articles de presse , ajouter un commentaire

Le pouvoir vient de soumettre à débat la nouvelle constitution. En réalité la constitution précédente qui a été amendée. Une quarantaine d’amendements… Tamazight n’est pas concernée. Le pouvoir persiste dans son entêtement à ne pas donner à la langue originelle de notre pays, de l’Afrique du nord toute entière, un statut officiel et à ne pas en faire l’égale de la langue arabe. Un déni de justice qui témoigne de la volonté du système à maintenir verrouillée la vie politique nationale. Une décision qui ruine tout espoir de restauration de la confiance du peuple à l’endroit des pouvoirs publics et qui hypothèque la démocratie dans notre pays. Sans l’officialisation de Tamazight, les amendements apportés à cette constitution émargent dans l’accessoire et perdent leur crédibilité… Pour autant, l’amendement de la constitution est une opportunité pour réparer une injustice dont est victime la population depuis l’indépendance et pour définitivement panser cette mutilation identitaire infligée à la nation algérienne.  

J’ai publié le 08 janvier 2013, dans le quotidien national d’information Liberté, une contribution sous le titre: « La nouvelle constitution: une opportunité historique pour réparer une injustice et officialiser Tamazight ». C’était aux moments les plus forts du débat sur cette nouvelle constitution. Mon texte avait été réduit par la rédaction du journal, sans doute pour des impératifs liés à la mise en page. J’avais été, en ce temps, très fortement contrarié, d’autant que les paragraphes qui avaient été enlevés étaient indispensables pour la compréhension de l’ostracisme qui a frappé la langue amazigh. Il s’agit notamment de ceux (les paragraphes) qui évoquaient la crise berbériste de 1949 et le conflit qui avait opposé en 1963 le FFS au groupe d’Oujda. Le texte que je propose, à nouveau, aux lecteurs de mon blog est bien sûr complet. Bonne lecture.

En mai 2009, alors que j’étais député à l’Assemblée nationale, j’avais interpellé le premier ministre sur le pourquoi du choix, par les pouvoirs publics, de la transcription sur la quatrième chaine de télévision (chaîne en tamazight) de la langue amazigh en caractère arabe. Je souligne au lecteur que l’enseignement de cette langue (Tamazight) se fait en caractère universel dans nos écoles et dans les deux instituts universitaires – Tizi Ouzou et Vgayet – qui forment les futurs enseignants qui doivent la dispenser. J’avais relevé, dans cette démarche, une grave incohérence pédagogique et exprimé ma crainte quant à une possible tentation ou volonté de manipulation idéologique de l’identité amazigh.

Le premier ministre n’avait pas tardé à répondre. Une réponse préoccupante, à plus d’un titre, quant au sort qui est réservé par les responsables à cette langue.  Avant de rapporter les propos de ce dernier, voici en substance ce que je lui écrivais dans la correspondance que je lui ai adressée. lire la suite…

La santé mentale en Algérie 10 octobre, 2016

Posté par docteurboudarene dans : Non classé , 1 commentaire

Cet entretien est paru dans le numéro 36 (janvier 2015) du mensuel algérien de la santé – SantéMag.dz – sous la plume de la journaliste Tanina Aït.

Question 1 : Est-ce que la maladie mentale fait l’objet, dans notre pays, d’une prise en charge efficace ?

Notre pays est sans doute en deçà des standards internationaux concernant notamment le nombre de lits réservés à la psychiatrie par habitants, le nombre de psychiatres, de psychologues, d’infirmiers… La pédopsychiatrie est encore à ses premiers balbutiements alors que la prévention et la prise en charge des problèmes liés à la consommation des drogues (les toxicomanies) peinent à prendre forme. Deux défis supplémentaires que notre pays a des difficultés à appréhender. Je ne vais pas m’y attarder, il y a beaucoup de choses à dire. Toutefois, la prise en charge des malades mentaux s’est qualitativement améliorée. Cela est indéniable, quand bien même beaucoup reste à faire dans ce domaine. Parce que si les situations d’urgences, de crises et si la grosse pathologie mentale bénéficient de soins appropriés et efficaces, dans la durée nombre de problèmes se posent. En particulier concernant les offres d’accompagnement thérapeutique pour les malades chroniques, en rupture sociale et avec le risque potentiel de désinsertion. Je pense à la schizophrénie – maladie mentale par excellence – fréquente, touchant 1% de la population générale, invalidante et responsable dans une grande proportion de handicap mental et social. Si nous disposons, aujourd’hui, de moyens (hospitalisation et médicaments efficaces) pour réduire le délire, l’agitation ou encore pour résoudre le problème de l’urgence, nous n’avons pas les dispositifs indispensables pour offrir aux sujets – inscrits dans la chronicité de la maladie – un projet à même de lui éviter une évolution vers l’handicap mental et le glissement vers la désinsertion sociale. Autrement dit, la prise en charge des malades mentaux, dans notre pays, est pris au piège dans l’ornière de la cure. L’offre d’accompagnement durant la « post-cure » est pratiquement inexistante. Rares sont les structures hospitalières qui proposent aux malades hospitalisés durant de longues périodes des activités thérapeutiques qui préparent à la réinsertion sociale. A la sortie, le malade est livré à lui-même. Rien n’est prévu pour prendre le relais de l’hôpital et pour l’accompagner dans sa réadaptation sociale. Le secteur de psychiatrie existe mais il ne dispose que des services hospitaliers traditionnels et de consultations externes. Le malade y revient en cas de rechute pour y être hospitalisé à nouveau ou pour contrôler son évolution et y recevoir une nouvelle ordonnance. lire la suite…

Belkacem Bélaïd, une figure emblématique que l’on n’oublie pas. 1 octobre, 2016

Posté par docteurboudarene dans : autres écrits , ajouter un commentaire

J’ai écrit ce témoignage à la demande de Youcef Mérahi. Ce dernier voulait écrire un ouvrage sur les personnalités qui ont marqué notre région, la Kabylie. Il m’a demandé d’y contribuer. Bien sûr, j’ai tout de suite pensé à ce personnage particulier – Belkacem Bélaïd – qui a marqué les années que j’ai passées au Lycée Amirouche de Tizi ouzou, un internat que j’ai fréquenté de 11 à 18 ans, de la sixième jusqu’en terminales, de 1965 à 1972. Sept années de tendres souvenirs.Voici celui (le souvenir) que je garde de ce Monsieur.

Ce témoignage est maintenant publié dans le livre « ALMANACH de Tizi Ouzou » de Y. Mérahi , ouvrage paru aux éditions Alpha et depuis quelques jours sur les étals de librairies.

Belkacem Bélaïd, une légende qui emplit, sans doute, la mémoire de nombreuses générations d’élèves du lycée Amirouche de Tizi Ouzou. Des anecdotes cocasses, des histoires drôles, du vécu en direct et assurément des souvenirs tendres.

La réputation du surveillant général, car ce statut a fortement collé au personnage, a naturellement fait le mur du lycée – comme souvent les potaches aiment à le faire – pour aller se répandre dans la ville et bâtir un mythe autour d’un homme certainement exceptionnel. Le futur élève de ce lycée sait qui est Belkacem avant d’y entrer. A éviter, quand bien même la curiosité invite à aller irrésistiblement à sa rencontre. Dans tous les cas, et comme par un effet du hasard, c’est la première personne à qui le nouvel arrivant a affaire.

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Je n’ai jamais oublié ces draps de fortune.

Posté par docteurboudarene dans : autres écrits , 3 commentaires

Un soir, dans un moment de complicité – le chocolat noir aidant, c’était son péché mignon – ma mère me confie ce larcin qu’elle a commis, voilà un peu plus de cinquante ans.
C’était quelques mois après l’indépendance de l’Algérie.
Elle venait « d’accéder » au statut de veuve de chahid.
La vie et la guerre de libération nationale en avaient décidé ainsi.
Elle avait trente ans et quelques mois, et sur les bras 5 enfants dont l’ainée, une fille, avait 13 ans.
J’en avais huit.
Des larcins?
Ma mère en a commis plusieurs, elle le disait et l’assumait, mais celui là – celui qu’elle s’apprêtait à me confier – raconte à lui seul tout ce qu’avait été sa vie.
J’ai envie de partager avec vous cette confidence.
Non pas par besoin d’exhibitionnisme – ma mère n’aurait pas aimé cela, elle était pudique – mais parce que je sais que de nombreuses veuves de chouhada auraient pu, au lendemain de l’indépendance, vivre cela.
Des dons arrivaient dans les villages.
J’en ai souvenance et ma mémoire de ces instants est restée aujourd’hui telle que.
Des bidons de graisse végétales en forme de parallélépipède, des boites cylindriques de confiture de figues, des cartons de savon et des sacs de farine, tous estampillés « donated by the people of United States of America ».
A sa libération, les USA tendaient la main à l’Algérie. Je n’en dis pas plus à ce sujet.
Si la farine que contenait les sacs était recherchée et bienvenue, comme tous les autres aliments d’ailleurs, l’emballage en tissu – les sacs vides – l’étaient tout autant.
Ils étaient convoités par tous.
Ces sacs étaient bien blancs et visiblement très solides.
Ma mère les voulait aussi.
Mais les hommes en charge de la distribution des denrées alimentaires les réservaient pour eux…prétextant que ces sacs repartaient d’où ils venaient.
« Je les voulais, j’en avais besoin », m’avait-t-elle répété comme pour se justifier, se déculpabiliser.
« J’avais attendu que les hommes aient eu le dos tourné, occupés à leur tâche, je les avais subtilisés et j’avais disparu ».
Ils savaient tous que c’était elle la responsable du vol et ils n’avaient pas manqué de réclamer les sacs. Elle avait tenu bon.
« Je savais que ce n’était pas bien, ils auraient pu me les donner, ils n’étaient pas dans le besoin ».
J’ai dormi pendant longtemps sur cette inscription à la peinture bleue.
Ma mère avait ouvert les sacs et avait confectionné, avec, les draps qui avaient constitué pendant plusieurs années l’essentiel de notre literie.
Ils étaient bien chaud.
Je crois qu’ils l’étaient d’autant plus parce que nous nous demandions tous – ma fratrie et moi – ce que pouvait bien signifier cette phrase, « donated by the people… « .
Une phrase mystérieuse, magique.
Une phrase qui chassait le spectre de la faim, qui nous apportait à manger et nous gardait au chaud.
Le mystère a disparu quand ma soeur, mon aînée de deux ans, a commencé à apprendre l’anglais.
La phrase n’avait plus alors de secret.
Son caractère magique s’en est allé.
Mais c’était beaucoup plus tard.
Nous avions entre temps grandi mais les draps étaient là longtemps encore.
Quand j’ai dit à ma mère que j’ai encore en mémoire ses draps, qu’ils étaient confortables et bien chauds, elle en a été très surprise mais le bonheur se lisait dans son regard. Elle en a été heureuse.
Ce larcin n’en était plus.
Il était subitement devenu un acte héroïque dont elle tirait fierté.
Que ses enfants se rappellent de ses draps? Elle ne s’en était pas douté. Elle pensait que nous n’avions pas conscience de la vie que nous menions, que nous étions comme tous les enfants, insouciants.
Alors ils doivent se souvenir de tout… Ce qu’elle devait penser.
Combien de veuves de chouhada ont du recourir à de tels agissements pour couvrir, protéger, leurs enfants?
Sans doute beaucoup.
Nous avons survécu.
Aujourd’hui ma mère n’est plus.
Comme beaucoup de veuves, elle a été éprouvée par son existence difficile. Un destin contrarié marque, pèse et jette une hypothèque sur la vie.
Les veuves de chouhada, il n’y en a plus beaucoup.
Avec leur disparition, disparait la mauvaise conscience de ceux qui ont présidé au destin de notre pays.
Je n’ai jamais oublié ces draps de fortune.

Le stress est un problème de salubrité publique 20 septembre, 2016

Posté par docteurboudarene dans : interviews , ajouter un commentaire

 J‘ai envie de donner aux lecteurs de mon blog l’occasion de lire (ou de relire) cet entretien réalisé par Saïd CHEKRI et paru dans le quotidien liberté le 23 juin 2005. Pourquoi? Parce que j’ai le sentiment qu’il colle plus que jamais à l’actualité nationale et qu’il donne un sens et une signification aux convulsions qui traversent notre société. En relisant cette interview, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que tout semble, depuis, s’être arrêté en Algérie. Un arrêt sans doute préjudiciable au regard des « mouvements d’humeur » (un euphémisme?) qui sont quotidiennement observés dans notre pays. Emeutes répétées, grèves, marches, etc., les signes d’un mécontentement généralisé qui a gagné tous les pans de la société.  Des soubresauts ignorés par le pouvoir quand ils ne sont pas carrément objets de manipulation ou de répressionUn peuple malmené par des aléas de la vie, sans doute imposés par une mauvaise gestion des affaires publiques et une gouvernance où l’injustice le dispute à l’incompétence et à l’incurie… Le résultat? Une société stressée qui se défait « sociologiquement » de façon inexorable avec le risque corollaire de l’installation définitive d’un désordre social ou pis que cela d’une situation d’anomie et de la violence qui lui est consubstantielle. Un danger potentiel pour l’avenir du pays. Le lecteur appréciera.

Pourquoi un livre sur le stress? Pourquoi aujourd’hui?
Il y a des centaines, peut-être des milliers, d’ouvrages sur le stress. Hans Selye, le père du concept de stress, a écrit à lui seul plusieurs centaines d’articles sur ce thème. Les progrès réalisés ces vingt dernières années, notamment dans le domaine des neurosciences, expliquent l’engouement actuel pour le stress. Ces progrès ont, sans doute, permis de mieux comprendre comment le cerveau dialogue avec le corps et comment la vie psychique, interface entre le sujet et son environnement, participe au maintien de la santé ou a contrario favorise l’émergence de la maladie. Dans ce livre, j’essaie de mettre en lumière les mécanismes par lesquels l’individu est conduit du « stress de la vie » et de la faillite de ses stratégies d’adaptation à la perte du sentiment de bien-être et à la naissance de la souffrance et par conséquent de la maladie. Je défends aussi l’idée que la santé et la maladie ne sont pas le fait du hasard. L’une et l’autre dépendant en effet étroitement de notre environnement physique et biologique mais aussi de notre environnement social, familial, professionnel, etc. Nous sommes en bonne ou mauvaise santé selon notre façon, propre à chacun, de négocier les événements de la vie. lire la suite…

Enlèvements et meurtres d’enfants: un entretien paru aujourd’hui dans le quotidien El Watan 11 septembre, 2016

Posté par docteurboudarene dans : interviews , 2 commentaires

Cet entretien a été réalisé par Ahcène Tahraoui du Quotidien national d’informations El Watan. Il a paru ce jour 11 septembre 2016.

1 – Les kidnappings et les meurtres des enfants prennent des proportions dangereuses en Algérie.  Comment expliquez-vous la propagation de ce type de crime, nouveau, dans notre société ?

Les enlèvements et assassinats des enfants sont en effet un phénomène nouveau. En tout cas leur répétition doit interpeler la communauté et les autorités publiques. Il se passe sans doute quelque chose dans la société qui n’est pas seulement en relation avec la violence ordinaire. Il s’agit de quelque chose de très grave qui met en danger la paix sociale. Nous ne pouvons pas, en effet, nous contenter de retenir l’idée qu’il s’agit de comportements en relation avec la simple délinquance. Le dernier enfant à avoir été enlevé et assassiné est ce petit garçon de Oum El Bouaghi. Il a été, selon ce que rapporte la presse, tué par sa propre tante. Quelle lecture pouvons nous faire de cet acte abject? Un enfant qui se fait assassiné par un membre de sa famille. Ce n’est pas un fait banal. L’enquête apportera sans doute des éléments d’explication et jettera la lumière sur les motivations qui ont conduit à cet assassinat, mais je peux dire sans risque de me fourvoyer dans des conjectures que l’appartenance familiale, que le lien de filiation, n’ont pas suffit dans ce cas à protéger l’enfant. Cela veut dire que les mécanismes régulateurs et les interdits qui organisent et fondent les relations à l’intérieur de la communauté familiale ne sont plus opérants. Quelque chose de grave s’est produit dans notre société. Appartenir à la même famille ou au même groupe social ne constitue plus une garantie de protection. Un cas de figure que l’on observe ou qui n’arrive que dans les communautés défaites, déconstruites et en proie à une situation de désordre social, d’anomie. La presse s’est régulièrement interrogée à ce sujet et a manifesté – à juste titre – son inquiétude sur la criminalité croissante à l’intérieur des familles. La société algérienne a changé, je crois qu’il est essentiel d’en prendre conscience afin d’apporter avec lucidité les solutions appropriées.

2 – Peut-on connaitre les causes qui contribuent à l’émergence de ces violences à l’égard des enfants ?

La violence ordinaire s’est accrue dans notre société. Une espèce de violence plus spécifique, disons plus orientée, en particulier envers les femmes et les enfants, est apparue depuis quelques années. Un fait qui n’est pas banal et qui doit être décodé. C’est ce que je viens de tenter d’expliquer. Mais si cette criminalité à l’intérieur des familles ou plus généralement dans la communauté concernent plus souvent les enfants et les femmes, c’est parce qu’ils en sont les maillons faibles. Pour des raisons différentes, bien sûr, et qu’il ne me sera pas possible d’expliquer ici. Il est certain que l’enfant est une proie facile qui est à la merci du prédateur potentiel. Un enfant ne peut pas se défendre et peut être abusé en particulier par le délinquant sexuel qui aura jeté son dévolu sur lui. Rien de plus aisé quand la victime est dans la ligne de mire de son bourreau. Les exemples d’enlèvements pour des raisons de pédophilie sont fréquents à travers le monde. Ils sont le fait d’individus antisociaux qui présentent des troubles de la personnalité. Des sujets habituellement identifiés comme des déséquilibrés psychiques qui ne reconnaissent aucune autorité et qui mènent une existence dans la transgression sociale permanente. Ce qui ne les exonère pas de leur responsabilité pénale et sociale. Si cette délinquance s’exprime aujourd’hui plus souvent dans notre société c’est parce que les remparts sociaux qui mettaient à l’abri l’enfant ne sont plus. L’enfant – comme la femme – sont sacralisés dans notre communauté. De toute évidence, ce n’est plus le cas. Les interdits, je le soulignais plus haut, qui servaient de digue protectrice sont tombés facilitant ainsi les comportements de prédation en créant l’opportunité.

3 – Quelles propositions préconisez-vous pour lutter contre ces crimes ?

Il faut que l’ordre social revienne. Pour cela, il faut appliquer la loi et réprimer sévèrement ce type de crime.  Cela est un lieu commun. Le code pénal a été amendé, dans ce sens, avec l’ajout de l’article 293 bis. Mais cela ne suffit pas. Chacun sait que l’ordre social est dans une relation dialectique avec l’ordre institutionnel. Cela veut dire que l’ordre doit revenir aussi dans le fonctionnement des institutions de la République. Cela veut dire aussi que la loi – pour qu’elle soit respectée et opérante – doit s’appliquer pour tous de la même façon. Or, la société assiste depuis plusieurs années à des scandales de corruption et de prévarication des richesses nationales qui ont concerné des responsables d’un haut niveau sans que ceux-ci ne soient inquiétés. Des crimes économiques qui sont restés impunis. Cela fait désordre et n’est pas bon pour l’autorité de l’Etat. L’exemplarité n’est pas un miroir aux alouettes, il est un facteur important, déterminant, pour assurer la pérennité de l’ordre social, par la présence notamment de modèles de probité et de droiture. Force est de constater que l’image que renvoie présentement l’autorité de l’Etat en est loin. Mais il n’y a pas que cela. La concorde civile et la réconciliation nationale ont d’une certaine façon failli et montré des limites dans leur application. Elles ont sans doute laissé dans l’esprit des citoyens, plus à raison qu’à tort, l’idée (la conviction) de l’impunité des auteurs des actes terroristes. Nombreux en effet ceux qui ont été absouts de leurs crimes pour s’être seulement repentis. Bien sûr, si cet épisode de l’histoire récente de notre pays n’a pas encore livré tous ses secrets, il est évident qu’il participe au désordre social qui s’est actuellement emparé de notre société. Si je dois résumer ma pensée, je dis qu’il faut punir sévèrement les auteurs de ces actes mais qu’il est primordial, sinon fondamental, de restaurer l’image d’une justice qui s’applique de façon impartiale pour tous. Le jour où la loi s’appliquera pour les intouchables, ceux qui sont considérés ou qui se considèrent comme tels, quels qu’ils soient, alors l’autorité de l’Etat reviendra et l’ordre social reviendra avec. Les interdits s’érigeront à nouveau dans la conscience  sociale, dans l’inconscient de chacun, et les mécanismes régulateurs sociaux se remettront naturellement en place.

La peine de mort remise au goût du jour en Algérie : une fausse solution à un vrai problème. 10 septembre, 2016

Posté par docteurboudarene dans : articles de presse , ajouter un commentaire

Cette contribution a été publiée en date du 24 mars 2013 dans le quotidien national d’informations « Liberté », sous le titre suivant: « Retour sur le monstrueux meurtre de Haroun et Ibrahim, deux enfants de Constantine: pourquoi ? ».

Je la repropose aujourd’hui aux lecteurs de mon blog, parce que l’Assemblée nationale algérienne vient de voter l’introduction dans le code pénal d’un article spécifique (293 bis) qui remet au goût du jour la peine de mort… En dépit du moratoire qui suspend, depuis 1993, l’application de la peine capitale et en contradiction avec les conventions des droits de l’homme ratifiées par l’Algérie. Le pouvoir politique apporte ainsi une fausse solution à un vrai problème. Une opération de charme à destination de la population? N’oublions pas que l’élection présidentielle se profile à l’horizon.

L’article dont il est question stipule ceci: « quiconque par violence, menaces, fraude ou par tout autre moyen, enlève ou tente d’enlever un mineur de moins de 18 ans est puni de la réclusion à perpétuité. Si la personne enlevée a été soumise à des tortures corporelles ou si l’enlèvement avait pour but le paiement d’une rançon ou si la victime décède, le coupable est passible de la peine prévue à l’alinéa premier de l’article 263 du présent code». Lequel article 263 prévoit la peine capitale pour ce type de délit.

Je rappelle à mes lecteurs que l’introduction de cette nouvelle disposition dans la loi fait suite à une promesse faite, par les pouvoirs publics, afin de réduire l’émotion qui s’était emparée de la population après l’enlèvement et l’assassinat des deux enfants de Constantine, et éteindre la colère grandissante qui montait dans la société. Une colère qui prend son origine dans un malaise sociale grave,  antérieur à cet événement. Ce que j’avais essayé, en ce temps, d’expliquer dans cette contribution. Bonne lecture. lire la suite…

Une femme a été immolée: à nouveau il y a menace sur la paix sociale en Algérie 8 septembre, 2016

Posté par docteurboudarene dans : autres écrits , ajouter un commentaire

Une femme a été aspergée d’essence et brûlée.
Elle meurt, dix jours plus tard, des suites des brûlures.
Dans l’anonymat, enfin presque.
Elle avait 34 ans.
Le responsable de cette « immolation » est un homme.
C’était à Constantine.
Un événement qui a traversé l’opinion publique comme un banal fait divers.
Pourtant, voilà un acte qui doit interpeler la conscience sociale et interroger l’autorité publique.
Un acte qui vient s’ajouter à d’autres qui participent des mêmes motivations et sans doute de la même logique.
Cet acte n’est pas ordinaire, il a un message qu’il faut comprendre et il est une erreur de l’inscrire dans la simple rubrique de la délinquance sociale.
Une femme a été assassinée parce que c’est une femme. Ce fait est à comprendre comme cela. Et de façon implicite, il lui est reproché quelque chose.
Mais je ne vais pas conjecturer sur les motivations qui ont amené cet individu à commettre ce meurtre, il faut attendre les résultats de l’enquête.
Toutefois, je constate que les passages à l’acte de ce type se multiplient dans notre pays. Comme si leurs auteurs s’autorisaient à disposer de leurs victimes, de la vie de celles-ci.
« J’ai le droit de vie ou de mort sur toi ».
Cela est d’autant plus vrai quand la victime est de sexe féminin.
Une espèce de droit divin, coutumier, tutoriel – que sais-je encore? – que le bourreau s’arroge.
Il y a quelques mois, à M’sila, un individu renverse avec sa voiture une jeune femme parce qu’il voulait absolument la posséder, en faire son objet de plaisir, sa proie.
« Tu dois être à moi, sinon je t’élimine ».
Non, je crois qu’il se passe quelque chose de grave dans notre pays.
Il est entrain de s’ériger une mentalité dangereuse pour la paix sociale.
Un scénario, que nous avons déjà vécu, est entrain de se réécrire. Personne ne peut dire que cela se fait à notre insu.
Une violence insidieuse, particulière, différente de la violence sociale « ordinaire » est entrain de (re)prendre possession de la société. Celle-ci, cette violence – pour (ré)infiltrer aisément le corpus social -, se drape des oripeaux de la tradition ou de la religion pour se revendiquer du droit céleste. Une espèce de légitimation morale qui autorise toutes les dérives.
Nous avons connu cette situation.
Une logique qui avait prévalu, il y a plusieurs années, dans l’affaire des femmes de Hassi Messaoud. Des femmes de moeurs légères nous avait-on dit, en ce temps.
Est-ce les mêmes raisons qui ont amené à l’assassinat de cette jeune femme de Constantine?
Cette forme de violence s’abrite derrière la violence sociale ordinaire pour avancer, pour occuper l’espace social, avec pour seul but: faire peur, terroriser la société afin de la soumettre.
Une démarche politique qui est loin de la banale violence sociale mais qui n’hésite pas à s’en servir au besoin.
Le passage à l’acte volontairement spectaculaire et public participe de cette stratégie.
C’est pourquoi la conscience sociale doit être plus que jamais interpelée; c’est pourquoi aussi l’autorité publique doit prendre ses responsabilités et agir vite pour ne pas laisser le pays replonger dans la violence des années 90.

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