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C’est un événement traumatisant. 31 octobre, 2017

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Une interview réalisée par Farid Belgacem et qui a paru aujourd’hui 31 octobre 2017 dans le quotidien Liberté.
Le journal est revenu sur les milliers d’étudiants qui ont pris d’assaut les centre culturel français pour passer le test d’aptitude à des études en France.
L’occasion pour réaliser un dossier sur l’université algérienne.

Les images auxquelles nous avons assisté dimanche dernier devant le Centre culturel français d’Alger, où des centaines d’étudiants se bousculaient devant le portillon pour obtenir un visa d’études, a soulevé une vague d’indignation et constitue un véritable traumatisme psychique collectif. Quel constat faites-vous à première vue ?

Ce que nous avons vu dans ces images est hors du commun, un événement traumatisant par son ampleur et qui soulève l’indignation par sa signification. Comment peut-il en être autrement? Une situation qui ressemble à un véritable exode. Les jeunes algériens veulent quitter en masse ce pays, pourquoi? C’est la question qu’il faut se poser. Le désir de faire des études n’explique pas à lui seul cette Harga massive. La réalité est que nos jeunes aspirent au bonheur et dans leur pays il leur est inaccessible. Ils veulent vivre dans des contrées normales où le travail et la compétence sont  des valeurs reconnues. Leur pays ignore le mérite, il célèbre la ruse et l’imposture et en fait les seuls arguments pour accéder à l’ascenseur social. Les jeunes algériens ont besoin d’espérance, cela leur est interdit sous le ciel d’Algérie. Ils veulent prendre part à la responsabilité, ils ne le peuvent pas. Ils veulent participer à la prise de décision et à la construction du destin commun, les portes leur sont fermées. Leur avenir est fait de désillusions. Ils cherchent un ailleurs où les promesses d’un avenir radieux sont possibles. Les algériens veulent rêver, ils veulent l’égalité des chances et la justice, ils veulent du travail et la liberté, en somme ils demandent à avoir une vie normale. Tout cela ne leur est pas permis dans leur pays. Ils vont le trouver sous d’autres cieux, en France et en Occident. Des pays où le bonheur n’est pas une chimère.

Au-delà du rêve auquel aspirent des milliers d’étudiants algériens, ne pensez-vous pas qu’il s’agit d’une déchéance de l’université algérienne, et, partant, d’une fuite massive provoquée de la matière grise ?

L’université algérienne est dans un état de délabrement avancée, tant sur les plans scientifique et pédagogique que du point de vue de la vie sociale des étudiants. Ce n’est un secret pour personne et les autorités le savent très bien. Les étudiants ne reçoivent pas l’enseignement qui leur est dû et leurs conditions de vie sociale sont indignes. La qualité de l’enseignement est médiocre et les diplômes qui sont délivrés en fin de cursus sont déconsidérés. Ils ne sont pas reconnus ailleurs dans le monde et notamment chez nos voisins de l’est et de l’ouest. Ce qui est lamentable. Quant aux conditions de vie dans les campus, elles sont simplement scandaleuses. Elles humilient l’être humain qu’est l’étudiant et déshonorent le futur cadre de la nation. Bourse insuffisante, restauration improbable, hébergement dans la promiscuité… Tout est réuni pour dégrader l’image de l’étudiant,  réduire à néant ses espérances et faire de lui un fuyard. Vous ajoutez à cela les fraudes, les plagiats et la prise en otage de l’université par le pouvoir avec l’obligation d’allégeance pour accéder à la responsabilité – le népotisme et les passes droits y sont la règle -, vous faites de cette institution un repoussoir. Ni l’étudiant, ni l’enseignant ne souhaitent travailler dans de telles conditions de déchéance. Ils s’en vont.

Ces images interviennent à la veille de la célébration du 63ème anniversaire du déclenchement de la guerre de libération nationale. N’est-ce pas là une altération du message des étudiants martyrs qui rêvaient d’une relève pour mieux gouverner l’Algérie ?

La révolution algérienne est loin. Elle est loin aussi dans l’esprit des jeunes que nous avons vu sur ces images. En réalité, ils ne la connaissent qu’à travers le discours des responsables qui dirigent aujourd’hui ce pays et, en l’occurrence, ces derniers sont à leurs yeux de mauvais modèles qu’ils rendent responsables de la situation désastreuse dans laquelle ils se trouvent. Les jeunes étudiants qui se sont sacrifiés pour que l’Algérie soit libre ont été oubliés et leur sacrifice occulté par ceux là même qui ont confisqué l’indépendance et mener la nation à cet état de dévastation. S’il y a un message que ces étudiants veulent délivrer – cette veille du premier novembre -, c’est celui de leur défiance vis à vis des autorités de ce pays, leur ras le bol de la légitimité historique et leur rejet de tout ce que ces responsables peuvent représenter. Ils disent aussi, clairement, l’échec lamentable de leur gouvernance et l’état de détresse vers lequel celle-ci a conduit la jeunesse algérienne.

« Justice n’a pas été rendue » en Algérie. 24 octobre, 2017

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« Justice n’a pas été rendue » en Algérie: c’est sous ce titre que Jeune Afrique a publié l’entretien que j’ ai donnée à Farid Alilat.
Interview publiée dans l’édition du 23 octobre 2017.

1 - La récente diffusion par la TV d’Etat d’images de massacres commis durant la décennie rouge a choqué les Algériens. Est-ce à dire que les traumas de cette guerre civile n’ont pas été évacués par la société?

Les algériens ont été terrorisés par ces années de barbarie et de sang. Le traumatisme est profond et les dommages causés à la vie psychique des sujets – notamment ceux qui ont été directement confrontés avec la mort – sont loin d’être guéris; la société toute entière en est encore meurtrie et nombreux sont les sujets qui ont sombré dans la maladie mentale. C’est pourquoi, le régime au pouvoir agite aujourd’hui l’épouvantail de la décennie rouge. Il veut susciter , réveiller l’effroi chez les personnes et immiscer la terreur dans les consciences. Faut-il rappeler que le terrorisme – pour résiduel qu’il soit, ce que nous dit le pouvoir – est toujours présent en Algérie et que la matrice idéologique qui l’a porté a plus que jamais infiltré la société? Le moment choisi pour diffuser ces images n’est donc pas anodin. L’Algérie est entrain de s’abimer dans une crise économique et politique dangereuse pour son avenir. Ceux qui l’ont amenée à cette situation sont honnis par le peuple mais ils ne veulent pas lâcher le pouvoir et continuent à nous dire que le salut de la nation est entre leurs mains. Ces images sont diffusées pour faire peur. L’idée étant qu’un peuple qui a peur est facile à soumettre. « C’est nous ou eux ». Le message est clair.

2 – Vous dites que la réconciliation nationale n’a pas stoppé le cycle de violence. Quelles en sont alors les raisons?

Une réconciliation qui se passe d’un des protagonistes, si je peux formuler les choses ainsi, n’en est pas une. Les bourreaux n’ont ni été mis devant de leurs responsabilités, ni confrontés à leurs victimes. La justice n’a pas été rendue et le pardon a été accordé aux bourreaux sans que les victimes ne soient impliquées dans cette démarche. Cela est un véritable déni de justice dans la mesure où les victimes ont été spoliées de leur deuil ainsi que de leur droit à accorder ou non le pardon à leurs bourreaux. Les lois sur la concorde civile et la réconciliation nationale n’ont pas respecté leurs engagements et leur mise en application ne s’est pas inspirée des expériences qui se sont produites ailleurs dans le monde, notamment à la fin de l’Apartheid en Afrique du Sud. En tournant dans la précipitation la page de cette tragédie, les pouvoirs publics ont absout le terrorisme des crimes qu’il a commis pendant que la douleur des victimes et les souffrances qu’elles ont endurées ont été superbement ignorées. Les dispositifs mis en place à l’avantage des terroristes repentis – afin qu’ils puissent retrouver une place dans la communauté nationale – ont été vécus comme une agression à l’endroit des victimes et de la société toute entière. Une démarche qui a par ailleurs été interprétée, par les citoyens mais aussi par les bourreaux, comme une reddition de la nation face à la subversion terroriste. Voilà pourquoi la violence ne s’est pas totalement éteinte et qu’elle peut à nouveau regagner en intensité.

3 – Qu’est ce qu’il y a de bon et de mauvais dans cette politique de la main tendue aux terroristes?

La politique de la main tendue telle qu’elle continue de se présenter encore aujourd’hui est mauvaise. Elle dure depuis presque 20 ans et participe d’une forme de complaisance vis à vis du terrorisme. De toute évidence, la magnanimité du pouvoir inscrit son objet dans la recherche de la paix au prix de l’abdication de la nation devant la sédition terroriste. Déclinée ainsi, cette main tendue ne signifie rien d’autre que la capitulation de la République, cela n’est pas bon pour l’avenir de la nation. Il y a quelques jours seulement, le premier ministre a de nouveau garanti aux terroristes, encore présents dans les maquis, le pardon de l’Etat s’ils venaient à se rendre. Pour autant, la magnanimité doit faire preuve de fermeté et mettre les limites morales aux objectifs assignés, en particulier au pardon à accorder.

 

 

 

 

 

L’existence de l’Algérien est anxiogène; quand il ne sombre pas dans la maladie, il explose. 7 octobre, 2017

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Cet entretien a paru dans le N°65 (septembre 2017) du magazine de la santé, Santé-Mag (p43-45). Entretien réalisé par Ourida Aït Ali.

Vous êtes l’auteur d’un ouvrage intitulé : « La violence sociale en Algérie : comprendre son émergence et sa progression » paru ce mois de septembre aux éditions Koukou. Comment appréhendez-vous cette problématique? L’individu serait-il naturellement violent ou est-ce la société qui le corrompt pour reprendre une célèbre phrase d’un éminent auteur ? 

Dans cet ouvrage, j’essaie de regarder ce phénomène de la violence avec lucidité. Contrairement à ce qui peut être imaginé, ce n’est pas le psychiatre qui fait une analyse « psychiatrique, psychologique ou encore psychosociologique » mais l’acteur social qui observe et tente de comprendre ce qui se passe dans sa communauté, dans la société dans laquelle il vit. Oui, la violence est croissante dans notre pays, cela est une réalité. Elle s’est emparée du corps social et le passage à l’acte agressif est devenu pratiquement la seule voie de résolution des conflits entre les individus.

Le dialogue passe par l’anathème, l’insulte, les coups, le pugilat voire le règlement de comptes entre factions rivales. C’est inquiétant et cela met en danger la paix sociale. Mais il ne faut pas penser que le passage à l’acte violent est un atavisme et que la société algérienne le porte en son sein de façon héréditaire ou génétique. De ce point de vue, je pense qu’il est une erreur de penser que l’algérien est violent par essence. Je ne crois pas non plus que la société par ses seuls dysfonctionnements et le désordre social qui en aurait découlé ait pu engendrer ce climat de violence. L’algérien est devenu violent, on l’a amené à le devenir. Son histoire récente et les conditions dans lesquelles il vit présentement l’ont conduit à ne connaitre rien d’autre que l’agressivité. La colonisation française, la guerre de libération nationale, la violence politique qui a surgi durant la révolution et qui a prévalu au lendemain de l’indépendance, la violence terroriste des années 90 sont autant de traumatismes qui n’ont pas pu ne pas laisser de séquelles dans la vie psychique des sujets. La pauvreté, la Hogra, l’injustice sociale, le manque de liberté et de démocratie dans lesquels le jeune algérien vit encore aujourd’hui s’y sont additionnés et ont fini par l’acculer dans ses derniers retranchements. Son existence est anxiogène, il est à bout, quand il ne sombre pas dans la maladie, il explose. Il devient agressif. Il est en permanence sur ses gardes et la violence devient pour lui un projet de vie. Quand il quitte son domicile, il est prêt au passage à l’acte. C’est pourquoi, nombreux sont les algériens qui circulent armés de toute sorte d’objets prêts à être utilisés…pour se défendre (?). Les victimes de cette situation de violence sont les maillons faibles de la société, les femmes et les enfants. lire la suite…

Le déni démocratique est une violence politique absolue. 29 septembre, 2017

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Cet entretien est paru ce jour, 29 septembre 2017, dans le quotidien El Watan (El Watan week end) sous la plume de Adlène Meddi.

« Pour que la violence sociale recule, la violence politique – la violence d’État – doit disparaitre du paysage social et politique national » : l’Etat n’a t-il pas le monopole de la violence ? N’est-ce pas sa coercivité qui justement régule la société et ses montées de fièvres ?  

Est-ce que l’Etat a le monopole de la violence? Il ne le devrait pas. Dans notre pays, c’est le régime au pouvoir qui a le monopole de la violence et il fait usage des institutions de l’Etat pour l’exercer. Ce régime est autoritaire, son désir est de conserver le pouvoir et d’annihiler toute forme de contestation sociale. Il faut neutraliser le peuple, lui faire peur, parce qu’un peuple qui vit dans la crainte est facile a soumettre. Il agit ainsi depuis l’indépendance de notre pays. Il a, durant des années, usé de violence politique: intimidations, emprisonnements, tortures et quelques fois éliminations physiques. Aujourd’hui, il ne peut plus se comporter ainsi. Le regard du monde…et il veut être fréquentable, démocratie oblige. Il a abandonné ces pratiques mais sa nature autoritaire est toujours là. Il change de méthode  et fait usage de la violence ordinaire pour faire taire toute forme d’expression qu’il juge contraires à ses intérêts. Il fait appel aux baltaguis. Des individus qui viennent perturber des activités syndicales ou politiques ou encore qui prennent possession des quartiers, intimident les habitants et jouent aux caïds au vu et au su des autorités publiques… Une pratique jusque là inconnue dans notre pays, une forme de délinquance d’Etat qui a jeté l’effroi dans la société et accentué le climat d’insécurité chez le citoyen. Nous en sommes là aujourd’hui. De ce point de vue, nous pouvons en effet dire que l’Etat régule les montées de fièvre et la violence dans la société. Ailleurs, dans le monde notamment dans les démocraties occidentales, l’Etat et ses institutions sont au service exclusif du citoyen qui est l’objet de toutes les attentions, parce que « ressource humaine » centrale du pays. Sachant que la sécurité de ce dernier est l’intention première, toutes les institutions de l’Etat vont au devant de toute forme de menaces – en particulier le conflit et la violence – pour les réduire. L’objectif étant de garantir la sécurité et le bonheur des individus, et d’apporter l’apaisement dans la société. Ce n’est pas le souci des tenants du pouvoir dans notre pays. lire la suite…

L’autisme du pouvoir est une menace pour la paix sociale. 27 septembre, 2017

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Cet entretien est paru dans le quotidien nationale « Liberté », ce jour 27 septembre 2017. Il fait suite à la parution de mon livre « violence sociale en Algérie, comprendre son émergence et sa progression » (éditions Koukou). Cette entretien a été réalisé par la journaliste Hammadi Nissa.

Dans votre livre intitulé « La violence sociale en Algérie, comprendre son émergence et sa progression » vous dites que le pouvoir en place abuse de  son autorité et use lui-même de violence depuis l’indépendance afin de soumettre le citoyen par la peur. Peut-il continuer longtemps dans cette voie sans compromettre sa survie ?

Je crois que chaque citoyen vous dira la même chose. Depuis l’indépendance de notre pays à ce jour, il y a privation des libertés et absence de démocratie. C’est un lieu commun. Pour ne parler que de lui, l’article 120 du FLN – parti unique – a durant des années interdit tout forme d’organisation sociale si celle-ci ne s’inscrit pas dans le cadre des organisations de masses du Front de libération nationale. Une véritable stratégie du contrôle des opinions et une mise sous surveillance permanente des consciences et de la conscience sociale. Par ailleurs, aucune personne ne pouvait prétendre accéder à la responsabilité dans notre pays si elle ne faisait pas allégeance. Il fallait être forcément militant du parti. C’est là une véritable aliénation des libertés et une violence d’Etat absolue. Pouvoir, FLN et Etat étaient, en ce temps, confondus. Mais il n’y a pas que cela. Des personnes ont été emprisonnées, torturées et d’autres physiquement éliminées parce qu’elles ne partageaient pas ou étaient opposées aux idées du système FLN. L’expression démocratique était interdite et une violence inouïe s’abattait systématiquement sur toute personne qui osait seulement porter une critique « désobligeante » sur le pouvoir en place. La société était soumise par la peur. En réalité, la violence politique a commencé avant l’indépendance. L’assassinat de Abane Ramdane, par ses frères d’armes, a inauguré les purges à l’intérieur du FLN révolutionnaire. Un fratricide, le meurtre originel, la violence qui a profané la révolution et qui l’a dépouillée de son caractère sacré. Dès lors, il n’y avait plus aucun obstacle. Tout était possible, permis. La répudiation, à l’été 1962, de la plateforme de la Soummam par la charte de Tripoli est à ce titre l’autre meurtre – symbolique cette fois – perpétré sur la personne de Abane Ramdane. La violence d’Etat qui s’en est suivi trouve dans cette logique meurtrière toute son intelligibilité. Prendre le pouvoir et le conserver. La violence terroriste qui s’est abattue sur le pays durant les années 90 s’inscrit dans cette logique de prise du pouvoir. Une spirale infernale qui ne peut pas ne pas avoir de relations avec les abus d’autorité et la violence du pouvoir que nous observons aujourd’hui. lire la suite…

La lutte contre le charlatanisme doit constituer une priorité de l’Etat, de tous les instants. 20 décembre, 2016

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Entretien paru aujourd’hui 20 décembre 2016, sous la plume de Farid Belgacem, dans le quotidien national d’information Liberté

1 – La fermeture annoncée d’une clinique agrée par l’Etat et spécialisée dans la Rokia à Relizane vient s’ajouter au scandale du complément alimentaire Rahmat Rabi. Pourtant, il y a eu un grand engouement des Algériens. Qu’en pensez-vous docteur ?

Je dois d’abord préciser qu’il ne s’agit pas d’une clinique. Appelez cela comme vous voulez mais de grâce ne validez pas ce type de dérive en utilisant un vocable inapproprié pour désigner cet endroit. La sémantique est ici fondamentale. Il s’agit de la santé des citoyens et en l’occurrence la personne qui a ouvert cet espace n’est pas un professionnel de la santé. Il n’est pas un médecin. S’il prétend soigner des personnes, il s’engage dans rien d’autre que la pratique illégale de la médecine. C’est un usurpateur de titre, un imposteur. La loi est claire à ce sujet. Elle doit s’appliquer dans toute sa rigueur. Il faut fermer cet endroit, c’est clair, et poursuivre en justice les individus qui sont impliqués dans cette entreprise. Je crois comprendre selon ce que vous dites que la fermeture de ce lieu est en cours. Tant mieux.

Mais je dois dire tout de même qu’il est pour le moins étonnant que ce personnage ait fait autant de publicité autour de son entreprise alors qu’il aurait eu, il y a quelques mois des démêlées avec la justice, pour ses pratiques. Il aurait donc été « autorisé » à reprendre son activité malgré ce qui s’était produit. Quelque chose ne va pas, vous en conviendrez. L’ordre institutionnel, l’autorité de l’Etat n’a pas l’air d’avoir fonctionné. lire la suite…

Un entretien accordé à Farid Belgacem, journaliste au quotidien Liberté. 27 novembre, 2016

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Farid Belgacem, journaliste au quotidien Liberté a réalisé un dossier sur les derniers séismes qui ont secoué la région de Médéa. Dans quelles conditions psychologiques les élèves, candidats au baccalauréat, ont passé les épreuves? Sachant que les sujets ont été durement traumatisés par, d’une part, ce phénomène naturel qu’est le tremblement de terre, et qu’ils sont d’autre part très fortement affectés par la fraude massive qui a entaché cet examen. Ce que j’ai essayé d’expliquer dans cet entretien. Pour des impératifs d’espace, la rédaction du journal a réduit, avec mon accord, la longueur de mon propos. Je livre aux lecteurs de mon blog son intégralité.

1 – Les candidats au baccalauréat 2016 dans la localité de Mihoub, à Médéa, se trouvent toujours dans un état de choc après le séisme du 29 mai dernier. Après une première épreuve déjà très difficile, ils sont appelés à refaire le baccalauréat à Médéa et à Blida, sachant que toutes les écoles de Mihoub ont été détruites. Comment ces facteurs pourraient-ils influer sur les candidats ?

Je ne sais pas si les candidats au baccalauréat, dans cette localité de Mihoub, sont vraiment dans un état de choc. Si c’est le cas, cela veut dire que ces élèves sont en proie à un malaise, à une détresse profonde et qu’ils sont dans l’attente angoissante d’un autre séisme dont l’imminence est proche. Voilà une situation intenable qui ne peut pas ne pas avoir une influence néfaste sur les capacités intellectuelles de ces élèves. Il m’est personnellement difficile d’imaginer comment peut être organisé, dans de telles conditions, un examen aussi déterminant que le baccalauréat, sans risquer de réduire substantiellement les chances de succès de ces élèves.

Faut-il souligner que cet examen est à lui seul un concentré de doutes, d’inquiétudes et de questionnements concernant l’avenir. Le baccalauréat n’est pas une composition ordinaire comme celles qu’un élève subit durant toute sa scolarité. Il est certes une épreuve scolaire qui ouvre au sujet les portes de l’université, mais il est aussi une espèce de passage initiatique, un rite symbolique, qui confère à l’élève un statut différent; il devient adulte. Une étape sociale, un droit d’accès à la maturité. Tous les regards sont tournés vers lui, il est le centre de l’intérêt de la famille, il ne doit pas décevoir. Il est face à un challenge. « Avec le bac en poche », il n’est plus l’élève, l’enfant; il est l’étudiant, l’adulte responsable. De ce point de vue, il n’est pas un hasard si, à l’université, l’initiative de l’organisation du travail est laissée à l’entière appréciation du sujet. Il est « assez grand » pour se débrouiller seul, il n’a plus besoin de la stricte organisation qui caractérise la vie de lycéen. Il a une bourse et gère son budget financier tout seul. Dans certains pays, la Belgique par exemple, le baccalauréat est remplacé par ce qui est appelé un examen de maturité. En outre, en accédant aux études supérieures, le sujet s’engage dans un processus qui fera de lui le citoyen qui a aura pris conscience de l’importance du rôle qu’il aura à jouer pour bâtir son avenir et pour participer l’édification du destin commun. L’échec à cet examen ne lui interdit donc pas seulement l’accès à des études universitaires, il le prive aussi de son entrée dans la communauté des adultes. lire la suite…

Violences faites aux femmes, une interview au quotidien « le Citoyen ». 24 novembre, 2016

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Cet entretien a été réalisé par Samia Acher du quotidien national d’information « Le Citoyen ». Il a paru en date du mercredi 9 décembre 2015, une journée avant l’adoption, par le sénat, du projet de loi criminalisant les violences à l’encontre des femmes.

1 – Quelles sont les causes de la violence envers les femmes ?

Je pense qu’il faut évoquer non pas les causes mais les origines de la violence faites aux femmes. De ce point de vue, celle-ci – la violence faite aux femmes – remonte à l’aube de l’humanité, à partir de laquelle cette violence tire sa légitimité. En effet, à leur origine, les sociétés humaines considéraient la femme comme un bouc émissaire et en faisaient un objet sacrificiel; une violence sacrée qui avait pour objectif de conjurer celles – les autres violences – qui pourraient mettre en danger de disparition la communauté. Si les sociétés humaines ne procèdent plus, de nos jours, au sacrifice de la femme, cette dernière n’en est pas moins le maillon faible. Elle conserve dans l’organisation des sociétés traditionnelles un rang inférieur à celui de son homologue masculin et continue d’être l’objet de toutes sortes de violence plus ou moins apparentes. lire la suite…

Le stress est un problème de salubrité publique 20 septembre, 2016

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 J‘ai envie de donner aux lecteurs de mon blog l’occasion de lire (ou de relire) cet entretien réalisé par Saïd CHEKRI et paru dans le quotidien liberté le 23 juin 2005. Pourquoi? Parce que j’ai le sentiment qu’il colle plus que jamais à l’actualité nationale et qu’il donne un sens et une signification aux convulsions qui traversent notre société. En relisant cette interview, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que tout semble, depuis, s’être arrêté en Algérie. Un arrêt sans doute préjudiciable au regard des « mouvements d’humeur » (un euphémisme?) qui sont quotidiennement observés dans notre pays. Emeutes répétées, grèves, marches, etc., les signes d’un mécontentement généralisé qui a gagné tous les pans de la société.  Des soubresauts ignorés par le pouvoir quand ils ne sont pas carrément objets de manipulation ou de répressionUn peuple malmené par des aléas de la vie, sans doute imposés par une mauvaise gestion des affaires publiques et une gouvernance où l’injustice le dispute à l’incompétence et à l’incurie… Le résultat? Une société stressée qui se défait « sociologiquement » de façon inexorable avec le risque corollaire de l’installation définitive d’un désordre social ou pis que cela d’une situation d’anomie et de la violence qui lui est consubstantielle. Un danger potentiel pour l’avenir du pays. Le lecteur appréciera.

Pourquoi un livre sur le stress? Pourquoi aujourd’hui?
Il y a des centaines, peut-être des milliers, d’ouvrages sur le stress. Hans Selye, le père du concept de stress, a écrit à lui seul plusieurs centaines d’articles sur ce thème. Les progrès réalisés ces vingt dernières années, notamment dans le domaine des neurosciences, expliquent l’engouement actuel pour le stress. Ces progrès ont, sans doute, permis de mieux comprendre comment le cerveau dialogue avec le corps et comment la vie psychique, interface entre le sujet et son environnement, participe au maintien de la santé ou a contrario favorise l’émergence de la maladie. Dans ce livre, j’essaie de mettre en lumière les mécanismes par lesquels l’individu est conduit du « stress de la vie » et de la faillite de ses stratégies d’adaptation à la perte du sentiment de bien-être et à la naissance de la souffrance et par conséquent de la maladie. Je défends aussi l’idée que la santé et la maladie ne sont pas le fait du hasard. L’une et l’autre dépendant en effet étroitement de notre environnement physique et biologique mais aussi de notre environnement social, familial, professionnel, etc. Nous sommes en bonne ou mauvaise santé selon notre façon, propre à chacun, de négocier les événements de la vie. lire la suite…

Enlèvements et meurtres d’enfants: un entretien paru aujourd’hui dans le quotidien El Watan 11 septembre, 2016

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Cet entretien a été réalisé par Ahcène Tahraoui du Quotidien national d’informations El Watan. Il a paru ce jour 11 septembre 2016.

1 – Les kidnappings et les meurtres des enfants prennent des proportions dangereuses en Algérie.  Comment expliquez-vous la propagation de ce type de crime, nouveau, dans notre société ?

Les enlèvements et assassinats des enfants sont en effet un phénomène nouveau. En tout cas leur répétition doit interpeler la communauté et les autorités publiques. Il se passe sans doute quelque chose dans la société qui n’est pas seulement en relation avec la violence ordinaire. Il s’agit de quelque chose de très grave qui met en danger la paix sociale. Nous ne pouvons pas, en effet, nous contenter de retenir l’idée qu’il s’agit de comportements en relation avec la simple délinquance. Le dernier enfant à avoir été enlevé et assassiné est ce petit garçon de Oum El Bouaghi. Il a été, selon ce que rapporte la presse, tué par sa propre tante. Quelle lecture pouvons nous faire de cet acte abject? Un enfant qui se fait assassiné par un membre de sa famille. Ce n’est pas un fait banal. L’enquête apportera sans doute des éléments d’explication et jettera la lumière sur les motivations qui ont conduit à cet assassinat, mais je peux dire sans risque de me fourvoyer dans des conjectures que l’appartenance familiale, que le lien de filiation, n’ont pas suffit dans ce cas à protéger l’enfant. Cela veut dire que les mécanismes régulateurs et les interdits qui organisent et fondent les relations à l’intérieur de la communauté familiale ne sont plus opérants. Quelque chose de grave s’est produit dans notre société. Appartenir à la même famille ou au même groupe social ne constitue plus une garantie de protection. Un cas de figure que l’on observe ou qui n’arrive que dans les communautés défaites, déconstruites et en proie à une situation de désordre social, d’anomie. La presse s’est régulièrement interrogée à ce sujet et a manifesté – à juste titre – son inquiétude sur la criminalité croissante à l’intérieur des familles. La société algérienne a changé, je crois qu’il est essentiel d’en prendre conscience afin d’apporter avec lucidité les solutions appropriées.

2 – Peut-on connaitre les causes qui contribuent à l’émergence de ces violences à l’égard des enfants ?

La violence ordinaire s’est accrue dans notre société. Une espèce de violence plus spécifique, disons plus orientée, en particulier envers les femmes et les enfants, est apparue depuis quelques années. Un fait qui n’est pas banal et qui doit être décodé. C’est ce que je viens de tenter d’expliquer. Mais si cette criminalité à l’intérieur des familles ou plus généralement dans la communauté concernent plus souvent les enfants et les femmes, c’est parce qu’ils en sont les maillons faibles. Pour des raisons différentes, bien sûr, et qu’il ne me sera pas possible d’expliquer ici. Il est certain que l’enfant est une proie facile qui est à la merci du prédateur potentiel. Un enfant ne peut pas se défendre et peut être abusé en particulier par le délinquant sexuel qui aura jeté son dévolu sur lui. Rien de plus aisé quand la victime est dans la ligne de mire de son bourreau. Les exemples d’enlèvements pour des raisons de pédophilie sont fréquents à travers le monde. Ils sont le fait d’individus antisociaux qui présentent des troubles de la personnalité. Des sujets habituellement identifiés comme des déséquilibrés psychiques qui ne reconnaissent aucune autorité et qui mènent une existence dans la transgression sociale permanente. Ce qui ne les exonère pas de leur responsabilité pénale et sociale. Si cette délinquance s’exprime aujourd’hui plus souvent dans notre société c’est parce que les remparts sociaux qui mettaient à l’abri l’enfant ne sont plus. L’enfant – comme la femme – sont sacralisés dans notre communauté. De toute évidence, ce n’est plus le cas. Les interdits, je le soulignais plus haut, qui servaient de digue protectrice sont tombés facilitant ainsi les comportements de prédation en créant l’opportunité.

3 – Quelles propositions préconisez-vous pour lutter contre ces crimes ?

Il faut que l’ordre social revienne. Pour cela, il faut appliquer la loi et réprimer sévèrement ce type de crime.  Cela est un lieu commun. Le code pénal a été amendé, dans ce sens, avec l’ajout de l’article 293 bis. Mais cela ne suffit pas. Chacun sait que l’ordre social est dans une relation dialectique avec l’ordre institutionnel. Cela veut dire que l’ordre doit revenir aussi dans le fonctionnement des institutions de la République. Cela veut dire aussi que la loi – pour qu’elle soit respectée et opérante – doit s’appliquer pour tous de la même façon. Or, la société assiste depuis plusieurs années à des scandales de corruption et de prévarication des richesses nationales qui ont concerné des responsables d’un haut niveau sans que ceux-ci ne soient inquiétés. Des crimes économiques qui sont restés impunis. Cela fait désordre et n’est pas bon pour l’autorité de l’Etat. L’exemplarité n’est pas un miroir aux alouettes, il est un facteur important, déterminant, pour assurer la pérennité de l’ordre social, par la présence notamment de modèles de probité et de droiture. Force est de constater que l’image que renvoie présentement l’autorité de l’Etat en est loin. Mais il n’y a pas que cela. La concorde civile et la réconciliation nationale ont d’une certaine façon failli et montré des limites dans leur application. Elles ont sans doute laissé dans l’esprit des citoyens, plus à raison qu’à tort, l’idée (la conviction) de l’impunité des auteurs des actes terroristes. Nombreux en effet ceux qui ont été absouts de leurs crimes pour s’être seulement repentis. Bien sûr, si cet épisode de l’histoire récente de notre pays n’a pas encore livré tous ses secrets, il est évident qu’il participe au désordre social qui s’est actuellement emparé de notre société. Si je dois résumer ma pensée, je dis qu’il faut punir sévèrement les auteurs de ces actes mais qu’il est primordial, sinon fondamental, de restaurer l’image d’une justice qui s’applique de façon impartiale pour tous. Le jour où la loi s’appliquera pour les intouchables, ceux qui sont considérés ou qui se considèrent comme tels, quels qu’ils soient, alors l’autorité de l’Etat reviendra et l’ordre social reviendra avec. Les interdits s’érigeront à nouveau dans la conscience  sociale, dans l’inconscient de chacun, et les mécanismes régulateurs sociaux se remettront naturellement en place.

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