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La lutte contre le charlatanisme doit constituer une priorité de l’Etat, de tous les instants. 20 décembre, 2016

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Entretien paru aujourd’hui 20 décembre 2016, sous la plume de Farid Belgacem, dans le quotidien national d’information Liberté

1 – La fermeture annoncée d’une clinique agrée par l’Etat et spécialisée dans la Rokia à Relizane vient s’ajouter au scandale du complément alimentaire Rahmat Rabi. Pourtant, il y a eu un grand engouement des Algériens. Qu’en pensez-vous docteur ?

Je dois d’abord préciser qu’il ne s’agit pas d’une clinique. Appelez cela comme vous voulez mais de grâce ne validez pas ce type de dérive en utilisant un vocable inapproprié pour désigner cet endroit. La sémantique est ici fondamentale. Il s’agit de la santé des citoyens et en l’occurrence la personne qui a ouvert cet espace n’est pas un professionnel de la santé. Il n’est pas un médecin. S’il prétend soigner des personnes, il s’engage dans rien d’autre que la pratique illégale de la médecine. C’est un usurpateur de titre, un imposteur. La loi est claire à ce sujet. Elle doit s’appliquer dans toute sa rigueur. Il faut fermer cet endroit, c’est clair, et poursuivre en justice les individus qui sont impliqués dans cette entreprise. Je crois comprendre selon ce que vous dites que la fermeture de ce lieu est en cours. Tant mieux.

Mais je dois dire tout de même qu’il est pour le moins étonnant que ce personnage ait fait autant de publicité autour de son entreprise alors qu’il aurait eu, il y a quelques mois des démêlées avec la justice, pour ses pratiques. Il aurait donc été « autorisé » à reprendre son activité malgré ce qui s’était produit. Quelque chose ne va pas, vous en conviendrez. L’ordre institutionnel, l’autorité de l’Etat n’a pas l’air d’avoir fonctionné. lire la suite…

Un entretien accordé à Farid Belgacem, journaliste au quotidien Liberté. 27 novembre, 2016

Posté par docteurboudarene dans : interviews , 1 commentaire

Farid Belgacem, journaliste au quotidien Liberté a réalisé un dossier sur les derniers séismes qui ont secoué la région de Médéa. Dans quelles conditions psychologiques les élèves, candidats au baccalauréat, ont passé les épreuves? Sachant que les sujets ont été durement traumatisés par, d’une part, ce phénomène naturel qu’est le tremblement de terre, et qu’ils sont d’autre part très fortement affectés par la fraude massive qui a entaché cet examen. Ce que j’ai essayé d’expliquer dans cet entretien. Pour des impératifs d’espace, la rédaction du journal a réduit, avec mon accord, la longueur de mon propos. Je livre aux lecteurs de mon blog son intégralité.

1 – Les candidats au baccalauréat 2016 dans la localité de Mihoub, à Médéa, se trouvent toujours dans un état de choc après le séisme du 29 mai dernier. Après une première épreuve déjà très difficile, ils sont appelés à refaire le baccalauréat à Médéa et à Blida, sachant que toutes les écoles de Mihoub ont été détruites. Comment ces facteurs pourraient-ils influer sur les candidats ?

Je ne sais pas si les candidats au baccalauréat, dans cette localité de Mihoub, sont vraiment dans un état de choc. Si c’est le cas, cela veut dire que ces élèves sont en proie à un malaise, à une détresse profonde et qu’ils sont dans l’attente angoissante d’un autre séisme dont l’imminence est proche. Voilà une situation intenable qui ne peut pas ne pas avoir une influence néfaste sur les capacités intellectuelles de ces élèves. Il m’est personnellement difficile d’imaginer comment peut être organisé, dans de telles conditions, un examen aussi déterminant que le baccalauréat, sans risquer de réduire substantiellement les chances de succès de ces élèves.

Faut-il souligner que cet examen est à lui seul un concentré de doutes, d’inquiétudes et de questionnements concernant l’avenir. Le baccalauréat n’est pas une composition ordinaire comme celles qu’un élève subit durant toute sa scolarité. Il est certes une épreuve scolaire qui ouvre au sujet les portes de l’université, mais il est aussi une espèce de passage initiatique, un rite symbolique, qui confère à l’élève un statut différent; il devient adulte. Une étape sociale, un droit d’accès à la maturité. Tous les regards sont tournés vers lui, il est le centre de l’intérêt de la famille, il ne doit pas décevoir. Il est face à un challenge. « Avec le bac en poche », il n’est plus l’élève, l’enfant; il est l’étudiant, l’adulte responsable. De ce point de vue, il n’est pas un hasard si, à l’université, l’initiative de l’organisation du travail est laissée à l’entière appréciation du sujet. Il est « assez grand » pour se débrouiller seul, il n’a plus besoin de la stricte organisation qui caractérise la vie de lycéen. Il a une bourse et gère son budget financier tout seul. Dans certains pays, la Belgique par exemple, le baccalauréat est remplacé par ce qui est appelé un examen de maturité. En outre, en accédant aux études supérieures, le sujet s’engage dans un processus qui fera de lui le citoyen qui a aura pris conscience de l’importance du rôle qu’il aura à jouer pour bâtir son avenir et pour participer l’édification du destin commun. L’échec à cet examen ne lui interdit donc pas seulement l’accès à des études universitaires, il le prive aussi de son entrée dans la communauté des adultes. lire la suite…

Violences faites aux femmes, une interview au quotidien « le Citoyen ». 24 novembre, 2016

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Cet entretien a été réalisé par Samia Acher du quotidien national d’information « Le Citoyen ». Il a paru en date du mercredi 9 décembre 2015, une journée avant l’adoption, par le sénat, du projet de loi criminalisant les violences à l’encontre des femmes.

1 – Quelles sont les causes de la violence envers les femmes ?

Je pense qu’il faut évoquer non pas les causes mais les origines de la violence faites aux femmes. De ce point de vue, celle-ci – la violence faite aux femmes – remonte à l’aube de l’humanité, à partir de laquelle cette violence tire sa légitimité. En effet, à leur origine, les sociétés humaines considéraient la femme comme un bouc émissaire et en faisaient un objet sacrificiel; une violence sacrée qui avait pour objectif de conjurer celles – les autres violences – qui pourraient mettre en danger de disparition la communauté. Si les sociétés humaines ne procèdent plus, de nos jours, au sacrifice de la femme, cette dernière n’en est pas moins le maillon faible. Elle conserve dans l’organisation des sociétés traditionnelles un rang inférieur à celui de son homologue masculin et continue d’être l’objet de toutes sortes de violence plus ou moins apparentes. lire la suite…

Le stress est un problème de salubrité publique 20 septembre, 2016

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 J‘ai envie de donner aux lecteurs de mon blog l’occasion de lire (ou de relire) cet entretien réalisé par Saïd CHEKRI et paru dans le quotidien liberté le 23 juin 2005. Pourquoi? Parce que j’ai le sentiment qu’il colle plus que jamais à l’actualité nationale et qu’il donne un sens et une signification aux convulsions qui traversent notre société. En relisant cette interview, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que tout semble, depuis, s’être arrêté en Algérie. Un arrêt sans doute préjudiciable au regard des « mouvements d’humeur » (un euphémisme?) qui sont quotidiennement observés dans notre pays. Emeutes répétées, grèves, marches, etc., les signes d’un mécontentement généralisé qui a gagné tous les pans de la société.  Des soubresauts ignorés par le pouvoir quand ils ne sont pas carrément objets de manipulation ou de répressionUn peuple malmené par des aléas de la vie, sans doute imposés par une mauvaise gestion des affaires publiques et une gouvernance où l’injustice le dispute à l’incompétence et à l’incurie… Le résultat? Une société stressée qui se défait « sociologiquement » de façon inexorable avec le risque corollaire de l’installation définitive d’un désordre social ou pis que cela d’une situation d’anomie et de la violence qui lui est consubstantielle. Un danger potentiel pour l’avenir du pays. Le lecteur appréciera.

Pourquoi un livre sur le stress? Pourquoi aujourd’hui?
Il y a des centaines, peut-être des milliers, d’ouvrages sur le stress. Hans Selye, le père du concept de stress, a écrit à lui seul plusieurs centaines d’articles sur ce thème. Les progrès réalisés ces vingt dernières années, notamment dans le domaine des neurosciences, expliquent l’engouement actuel pour le stress. Ces progrès ont, sans doute, permis de mieux comprendre comment le cerveau dialogue avec le corps et comment la vie psychique, interface entre le sujet et son environnement, participe au maintien de la santé ou a contrario favorise l’émergence de la maladie. Dans ce livre, j’essaie de mettre en lumière les mécanismes par lesquels l’individu est conduit du « stress de la vie » et de la faillite de ses stratégies d’adaptation à la perte du sentiment de bien-être et à la naissance de la souffrance et par conséquent de la maladie. Je défends aussi l’idée que la santé et la maladie ne sont pas le fait du hasard. L’une et l’autre dépendant en effet étroitement de notre environnement physique et biologique mais aussi de notre environnement social, familial, professionnel, etc. Nous sommes en bonne ou mauvaise santé selon notre façon, propre à chacun, de négocier les événements de la vie. lire la suite…

Enlèvements et meurtres d’enfants: un entretien paru aujourd’hui dans le quotidien El Watan 11 septembre, 2016

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Cet entretien a été réalisé par Ahcène Tahraoui du Quotidien national d’informations El Watan. Il a paru ce jour 11 septembre 2016.

1 – Les kidnappings et les meurtres des enfants prennent des proportions dangereuses en Algérie.  Comment expliquez-vous la propagation de ce type de crime, nouveau, dans notre société ?

Les enlèvements et assassinats des enfants sont en effet un phénomène nouveau. En tout cas leur répétition doit interpeler la communauté et les autorités publiques. Il se passe sans doute quelque chose dans la société qui n’est pas seulement en relation avec la violence ordinaire. Il s’agit de quelque chose de très grave qui met en danger la paix sociale. Nous ne pouvons pas, en effet, nous contenter de retenir l’idée qu’il s’agit de comportements en relation avec la simple délinquance. Le dernier enfant à avoir été enlevé et assassiné est ce petit garçon de Oum El Bouaghi. Il a été, selon ce que rapporte la presse, tué par sa propre tante. Quelle lecture pouvons nous faire de cet acte abject? Un enfant qui se fait assassiné par un membre de sa famille. Ce n’est pas un fait banal. L’enquête apportera sans doute des éléments d’explication et jettera la lumière sur les motivations qui ont conduit à cet assassinat, mais je peux dire sans risque de me fourvoyer dans des conjectures que l’appartenance familiale, que le lien de filiation, n’ont pas suffit dans ce cas à protéger l’enfant. Cela veut dire que les mécanismes régulateurs et les interdits qui organisent et fondent les relations à l’intérieur de la communauté familiale ne sont plus opérants. Quelque chose de grave s’est produit dans notre société. Appartenir à la même famille ou au même groupe social ne constitue plus une garantie de protection. Un cas de figure que l’on observe ou qui n’arrive que dans les communautés défaites, déconstruites et en proie à une situation de désordre social, d’anomie. La presse s’est régulièrement interrogée à ce sujet et a manifesté – à juste titre – son inquiétude sur la criminalité croissante à l’intérieur des familles. La société algérienne a changé, je crois qu’il est essentiel d’en prendre conscience afin d’apporter avec lucidité les solutions appropriées.

2 – Peut-on connaitre les causes qui contribuent à l’émergence de ces violences à l’égard des enfants ?

La violence ordinaire s’est accrue dans notre société. Une espèce de violence plus spécifique, disons plus orientée, en particulier envers les femmes et les enfants, est apparue depuis quelques années. Un fait qui n’est pas banal et qui doit être décodé. C’est ce que je viens de tenter d’expliquer. Mais si cette criminalité à l’intérieur des familles ou plus généralement dans la communauté concernent plus souvent les enfants et les femmes, c’est parce qu’ils en sont les maillons faibles. Pour des raisons différentes, bien sûr, et qu’il ne me sera pas possible d’expliquer ici. Il est certain que l’enfant est une proie facile qui est à la merci du prédateur potentiel. Un enfant ne peut pas se défendre et peut être abusé en particulier par le délinquant sexuel qui aura jeté son dévolu sur lui. Rien de plus aisé quand la victime est dans la ligne de mire de son bourreau. Les exemples d’enlèvements pour des raisons de pédophilie sont fréquents à travers le monde. Ils sont le fait d’individus antisociaux qui présentent des troubles de la personnalité. Des sujets habituellement identifiés comme des déséquilibrés psychiques qui ne reconnaissent aucune autorité et qui mènent une existence dans la transgression sociale permanente. Ce qui ne les exonère pas de leur responsabilité pénale et sociale. Si cette délinquance s’exprime aujourd’hui plus souvent dans notre société c’est parce que les remparts sociaux qui mettaient à l’abri l’enfant ne sont plus. L’enfant – comme la femme – sont sacralisés dans notre communauté. De toute évidence, ce n’est plus le cas. Les interdits, je le soulignais plus haut, qui servaient de digue protectrice sont tombés facilitant ainsi les comportements de prédation en créant l’opportunité.

3 – Quelles propositions préconisez-vous pour lutter contre ces crimes ?

Il faut que l’ordre social revienne. Pour cela, il faut appliquer la loi et réprimer sévèrement ce type de crime.  Cela est un lieu commun. Le code pénal a été amendé, dans ce sens, avec l’ajout de l’article 293 bis. Mais cela ne suffit pas. Chacun sait que l’ordre social est dans une relation dialectique avec l’ordre institutionnel. Cela veut dire que l’ordre doit revenir aussi dans le fonctionnement des institutions de la République. Cela veut dire aussi que la loi – pour qu’elle soit respectée et opérante – doit s’appliquer pour tous de la même façon. Or, la société assiste depuis plusieurs années à des scandales de corruption et de prévarication des richesses nationales qui ont concerné des responsables d’un haut niveau sans que ceux-ci ne soient inquiétés. Des crimes économiques qui sont restés impunis. Cela fait désordre et n’est pas bon pour l’autorité de l’Etat. L’exemplarité n’est pas un miroir aux alouettes, il est un facteur important, déterminant, pour assurer la pérennité de l’ordre social, par la présence notamment de modèles de probité et de droiture. Force est de constater que l’image que renvoie présentement l’autorité de l’Etat en est loin. Mais il n’y a pas que cela. La concorde civile et la réconciliation nationale ont d’une certaine façon failli et montré des limites dans leur application. Elles ont sans doute laissé dans l’esprit des citoyens, plus à raison qu’à tort, l’idée (la conviction) de l’impunité des auteurs des actes terroristes. Nombreux en effet ceux qui ont été absouts de leurs crimes pour s’être seulement repentis. Bien sûr, si cet épisode de l’histoire récente de notre pays n’a pas encore livré tous ses secrets, il est évident qu’il participe au désordre social qui s’est actuellement emparé de notre société. Si je dois résumer ma pensée, je dis qu’il faut punir sévèrement les auteurs de ces actes mais qu’il est primordial, sinon fondamental, de restaurer l’image d’une justice qui s’applique de façon impartiale pour tous. Le jour où la loi s’appliquera pour les intouchables, ceux qui sont considérés ou qui se considèrent comme tels, quels qu’ils soient, alors l’autorité de l’Etat reviendra et l’ordre social reviendra avec. Les interdits s’érigeront à nouveau dans la conscience  sociale, dans l’inconscient de chacun, et les mécanismes régulateurs sociaux se remettront naturellement en place.

Il est possible de faire de l’école un rempart contre les extrémismes 7 septembre, 2016

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C’est sous ce titre que le quotidien national d’information Liberté a publié – aujourd’hui, 8 novembre 2014 – l’entretien que j’ai accordé au journaliste Mourad Kezzar. Ce dernier, pour la rentrée scolaire, a produit un dossier qui évoque la tentation jihadiste chez les élèves algériens et le risque de voir notre école devenir un lieu de recrutement privilégié. C’est dans cette perspective que j’ai été interrogé et que j’ai essayé de répondre simplement et avec autant de clarté que possible; le thème étant particulièrement délicat et difficile à traiter dans les colonnes d’un quotidien d’information compte tenu des contraintes d’espace. Cet entretien a d’ailleurs été, avec mon accord, réduit par la rédaction du journal.

Voici l’interview telle qu’elle a été publiée.

Q1- Dans les années 1990, le contenu des programmes et l’activisme de certains enseignants et personnels administratifs ont joué un rôle dans le basculement de lycéens dans la violence armée pour le compte des groupes islamistes. Y a-t-il toujours ce risque ? Si oui, pourquoi ?

Oui, je suis persuadé que nous ne sommes pas sortis d’affaire. Je ne veux pas être mauvais augure, mais les années 90 ont laissé des séquelles qui ne sont pas étrangères à la violence qui s’est emparée aujourd’hui de la société algérienne et les circonstances qui nous y ont conduits sont toujours présentes. L’école algérienne a vécu une véritable inquisition et de nombreux élèves ont souffert de cette situation. Des parents ont assisté, impuissants, à une transformation radicale de leur enfant. Un enfant angoissé, à l’affut du moindre comportement du père et de la mère, et terrorisé à l’idée que l’un ou l’autre n’agisse pas conformément aux recommandations religieuses enseignées à l’école. Le port du vêtement, les habitudes alimentaires… tout est scruté par l’enfant, tout est dicté par l’enseignant, le moindre écart est vécu avec culpabilité par la progéniture et quelques fois rapporté à l’enseignant inquisiteur. L’élève est stigmatisé, il porte la honte de sa famille qui est voué aux gémonies. La mort, l’enfer, la damnation…  tout y passe, une épreuve morale terrible pour le jeune enfant. Un harcèlement psychologique en règle, insupportable pour l’esprit encore fragile de ce dernier, mais un matraquage qui fera bientôt de lui un inquisiteur, un persécuteur de ses propres parents. La garantie pour l’élève de retrouver sa place dans la communauté scolaire. lire la suite…

L’émigration clandestine, la « harga », un phénomène qui ne veut pas tarir. 23 août, 2016

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L’émigration clandestine, la harga, ne veut pas tarir. Un phénomène qui signe d’une part l’échec de la politique de répression « concoctée » par l’Etat algérien et confirme d’autre part – ce qui me parait plus important – le revers des différents programmes du président de la République. De toutes les manifestations du désespoir des jeunes algériens (émeutes, suicide, toxicomanies, etc.), le phénomène de l’émigration clandestine est celui qui caricature au mieux la faillite de la gouvernance du pays. Faut-il, en effet, souligner que ce phénomène a fait irruption au moment même où l’Algérie se trouve dans une aisance financière jamais encore observée depuis son indépendance ? Un enrichissement qui dure depuis maintenant le début des années 2000 et qui ne profite pas au citoyen.

« Douze candidats à l’émigration clandestine ont été interceptés par les garde-côtes algériens vendredi au large de Mostaganem a indiqué le commandement des gardes côtes… », un communiqué de l’APS (Algérie Presse Service) du 28 septembre 2013.
« Mardi dernier, 27 candidats à l’émigration clandestine, dont un mineur de 16 ans et un handicapé, avaient été interceptés par une patrouille des garde-côtes, au large des côtes d’Annaba et d’El Tarf », un autre communiqué de l’APS, en date du 24 septembre 2013. Des émigrants qui tentaient de traverser la méditerranée à bord de « deux embarcations artisanales». lire la suite…

les harragas:il faut un éveil des consciences 9 juin, 2016

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Entretien réalisé par Amina Azzoun et paru dans le jeune indépendant le 18 mars 2008

Les statistiques montrent que le phénomène «harraga» est en nette augmentation : comment expliquez-vous cela ? Les motivations peuvent elles se limiter à l’aspect social et matériel ?

Le phénomène, « la harraga » ira en augmentant parce que de plus en plus de jeunes, et de moins jeunes d’ailleurs, émargent chaque matin au désespoir et à l’humiliation. La misère sociale et matérielle est bien sûr la principale motivation invoquée par tous ces candidats à l’émigration, clandestine notamment. Mais ce n’est pas la seule. Je crois que les jeunes algériens ont soif de vivre. Ils sont au chômage, ils sont pauvres mais ils mènent aussi une vie de privation de toutes choses. Il n’y a pas de cinéma, le cinéma fait rêver. Il n’y pas de possibilités de faire du sport, le sport crée les liens et les renforce, le sportest source de détente et d’apaisement. Il n’y a pas d’espaces culturels, le théâtre et la mise en scène permettent au génie populaire de s’exprimer et de réduire les tensions intérieures et les tensions entre les individus. La musique adoucit les mœurs, c’est là une vérité qui ne trouve malheureusement pas de prolongement dans le quotidien des jeunes de notre pays. lire la suite…

« L’algérien n’est pas génétiquement agressif ». Une interview parue dans le quotidien national « Horizons ». 3 mai, 2016

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La journaliste Neïla Benrahal du quotidien gouvernemental « Horizons » m’a interrogé au sujet de l’homicide. Il semble que ce phénomène est en croissance constante dans notre pays. Je ne sais pas si cela est vérifié par des études statistiques fiables mais si cela s’avère exact, il faudra que les pouvoirs publics et la société s’y penchent sérieusement pour comprendre pourquoi ce phénomène est en évolution et pour envisager les solutions à apporter pour le réduire. Voici les questions de la journaliste et mes réponses. Cet entretien a été publié en date du 27 avril 2016 sous le titre « L’algérien n’est pas génétiquement agressif ». Mais, il y a un mais, l’interview a été censurée. Un paragraphe entier qui explique comment la violence s’est enracinée dans la société a été entièrement occulté. Sans que j’en sois préalablement informé. D’ailleurs, j’ai découvert accidentellement  cet entretien sur le Net. Je rappelle que le quotidien Horizons est un journal gouvernemental. Ceci explique cela. Je livre aux lecteurs de mon blog, l’intégralité de l’interview avec en italique, ce qui a disparu des colonnes du journal.

1 – Comment expliquer la hausse significative du nombre des homicides volontaires ces derniers mois?

Je ne sais pas s’il y a vraiment une progression manifeste – comme vous semblez le croire – des homicides volontaires. S’il ne faut pas occulter, ou même seulement minimiser le phénomène, il faut garder la raison et ne pas faire dans l’alarmiste en nous laissant tromper par une sur-médiatisation due notamment à une plus grande couverture médiatique du territoire national et donc d’une plus grande circulation de l’information.

Est-ce que la société algérienne – par son fonctionnement et/ou ses dysfonctionnements – sécrète aujourd’hui plus de meurtriers, plus d’homicides ? Si cela est le cas, pourquoi? Voilà des questions qui méritent d’être posées. Il est vrai que la violence s’est emparée de la société et que les passages à l’acte agressif ont augmenté de façon exponentielle, en tout cas au regard de ce qui est rapporté par les services de sécurité. Une violence ordinaire – chacun a pu en faire le constat – qui constitue présentement la voie préférée pour résoudre les conflits entre individus. Des comportements qui interpellent la société dans ses fondements et ses lois, dans son organisation et ses mécanismes régulateurs. lire la suite…

Mahmoud Boudarène*, président de la section de Tizi-Ouzou du Syndicat national des médecins libéraux: «Il y a un recul de plus en plus prononcé des médecins de famille» 6 mars, 2016

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Le Syndicat national des médecins libéraux (SNML) est un nouveau venu sur la scène syndicale. Agréé au mois de novembre dernier, ce syndicat, qui réunit, comme l’indique son nom, des praticiens généralistes et spécialistes exerçant en dehors du secteur public, est en phase de structuration. Le docteur Boudarène, un psychiatre activant dans la ville des Genêts, qui en préside la section de Tizi-Ouzou, nous dit dans cet entretien pourquoi il est urgent de structurer des praticiens qui vivent dans un environnement chargé de contraintes d’ordre juridique, administratif ou socioprofessionnel que la structure traditionnelle, l’Ordre médical, ne peut prendre en charge. Notre interlocuteur souligne ce paradoxe : « Beaucoup de nos confrères y voient déjà un “double emploi” avec le Conseil de l’ordre des médecins. Pourtant, en dehors du fait que l’un et l’autre s’adressent aux médecins, tout le reste les sépare» ; le Conseil de l’ordre concerne tous les praticiens, qu’ils soient libéraux ou qu’ils exercent dans le secteur public. Il a pour mission de veiller à la bonne morale et au respect de la déontologie dans l’exercice de la médecine, alors que cet aspect de la pratique médicale ne fait pas partie des attributions d’un syndicat dont l’objectif essentiel est de défendre les intérêts socioprofessionnels des médecins qui sont différents de ceux des praticiens du secteur public – qui ont une tutelle qui veille sur leurs intérêts. Organisés et réunis dans une structure de type corporatiste, les médecins libéraux peuvent se protéger. Le syndicat peut être un cadre pour des rencontres conviviales où les adhérents auront à apprendre à mieux se connaître et à mieux organiser leurs relations professionnelles, notamment en matière d’échanges entre spécialistes et médecins généralistes, tant en ce qui concerne l’information médicale que la circulation du patient entre praticiens généralistes et praticiens spécialistes. Ayant une connaissance éprouvée du terrain du fait de sa longue pratique en tant que médecin libéral, le docteur Boudarène fait part d’un phénomène insoupçonné. «Il y a un recul de plus en plus prononcé du nombre de médecins généralistes qu’on appelle aussi médecins de famille», s’inquiète-t-il. Entretien.

Mahmoud Boudarne lire la suite…

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