navigation

La violence contre les femmes est structurelle en Algérie. 27 février, 2018

Posté par docteurboudarene dans : interviews , ajouter un commentaire

« La violence contre les femmes est structurelle en Algérie ».

C’est sous ce titre qu’est paru le 21 février dernier – dans le quotidien national d’information, La Cité - l’entretien que j’ai accordé à Hafit Zaouche.

1 – Pouvez-vous présenter votre dernier ouvrage « la violence sociale en Algérie » ?

Mon livre est une somme de réflexions. Si j’ai pu en faire une réalité c’est aussi grâce à vous journalistes. Il y avait bien longtemps que ce phénomène de la violence sociale me préoccupait. J’avais – en tant qu’acteur social, militant politique, mais aussi psychiatre – été souvent interpelé par ce qui se passait dans notre société. Je ne savais pas par quel bout prendre ce phénomène et comment il fallait l’aborder. Des journalistes m’ont tour à tour interrogé sur les différents aspects de la violence sociale. Les guerres de gangs, la violence dans les stades, les enlèvements et viols d’enfants, les violences faites aux femmes… Des entretien qui m’ont permis de structurer ma pensée et de mettre en place « le fil d’Ariane » nécessaire à la cohérence de ma pensée. J’ai aussi écrit des contributions dans la presse nationale sur des sujets divers mais annexes, comme la peine de mort, la toponymie dans notre pays, les conditions de vie des algériens, le suicide, les conduites addictives, la gouvernance et la violence politique, la violence terroriste… Des réflexions ont conféré du sens au phénomène de la violence sociale dans notre pays. De tout cela est né ce livre. Il est perfectible, sans doute, je suis satisfait du résultat. Voilà un livre qui peut, en toute modestie, trouver une place dans une bibliothèque universitaire.

2 – Feu Slimane Medhar a beaucoup écrit sur la violence sociale, adhérez-vous à sa façon d’appréhender le phénomène ?

Le Pr Medhar est psychosociologue. Il a consacré l’essentiel de sa carrière à scruter la société et à en décoder les mécanismes les plus intimes. Son intérêt s’est naturellement porté sur la société algérienne traditionnelle et sa logique de fonctionnement. Un travail couronné par l’écriture d’un ouvrage dont le titre est « La violence sociale en Algérie » qu’il ne faut pas confondre avec le titre du mien « La violence sociale en Algérie, comprendre son émergence et sa progression ». Est-ce que j’adhère à sa vision des choses? Je ne crois pas qu’il faille voir les choses en ces termes. Je ne pose pas le même regard sur ce phénomène, cela est une vérité facile à constater pour peu qu’on fasse l’effort de lire l’un et l’autre ouvrage. Le Pr Medhar est psychosociologue, ce que je ne suis pas. Je suis psychiatre, ce qu’il n’est pas. Je pense que de ce point de vue les choses sont assez claires. J’ai d’ailleurs, dans l’avertissement aux lecteurs, souligné que je n’avais la prétention de proposer un ouvrage de sociologie ou encore d’anthropologie. Mon regard sur la violence qui s’est emparée de notre société est d’abord celui de l’acteur social, du militant politique et ensuite du psychiatre que je suis. Cela ne m’interdit pas bien sûr « de mettre les pieds » – si je peux formuler les choses ainsi -  dans le champ de la sociologie. J’ai accepté de prendre ce risque et je l’assume. Pour le reste, je crois que les deux ouvrages sont fondamentalement différents.

3 – Vous avez écrit, dans votre livre, que la société a besoin d’être soumise à une sorte de catharsis pour expurger toutes ses peurs, afin de sortir du repli sur soi ?

Je ne sais pas si j’ai formulé les choses ainsi. Je faisais sans doute dans mon propos allusion aux années du terrorisme. Un traumatisme psychique qui a concerné les individus mais qui marqué de son empreinte toute la communauté. Nous ne connaissons pas l’ampleur des dégâts occasionnés par cette période noire de la vie nationale, pour autant les pouvoirs publics font dans le déni comme si les retombées n’avaient pas d’existence réelle. Les dégâts sont pourtant là et le seul moyen de les mettre en relief – et éventuellement d’y apporter un début de solution – est d’évoquer ce traumatisme et de parler de cette tragédie nationale. Les pouvoirs publics, à leur tête le président de la République, ont décidé de mettre le couvercle au puits alors que le dialogue autour de ces événements auraient permis justement la catharsis sociale indispensable à la fois pour exorciser les peurs et les haines et pour panser les plaies psychiques. Au lieu de cela, une réconciliation nationale oublieuse a été imposée aux algériens. Les bourreaux n’ont pas été mis devant de leurs responsabilités comme ils n’ont pas été confrontés à leurs victimes. La justice n’a pas été rendue et le pardon a été accordé aux bourreaux sans que les victimes ne soient impliquées dans cette démarche. Les lois sur la concorde civile et la réconciliation nationale n’ont pas respecté leurs engagements et leur mise en application ne s’est pas préoccupé de faire la lumière sur cette tragédie afin d’en connaitre toute la vérité et d’appliquer la justice. En tournant dans la précipitation la page de cette tragédie, les pouvoirs publics ont absout le terrorisme des crimes qu’il a commis pendant que la douleur des victimes et les souffrances qu’elles ont endurées ont été ignorées. La politique de la main tendue telle qu’elle continue de se présenter encore aujourd’hui est déplorable. Elle dure depuis presque 20 ans et participe d’une forme de complaisance vis à vis du terrorisme. La magnanimité du pouvoir inscrit son objet dans la recherche de la paix au prix de l’abdication de la nation devant la sédition terroriste. Déclinée ainsi, cette main tendue ne signifie rien d’autre que la capitulation de la République, cela est condamnable et n’est pas bon pour l’avenir de la nation. Il y a quelques semaines, le premier ministre a de nouveau garanti aux terroristes, encore présents dans les maquis, le pardon de l’Etat s’ils venaient à se rendre. Pour autant, l’indulgence des pouvoirs public doit faire preuve de fermeté et mettre les limites morales aux objectifs assignés, en particulier au pardon à accorder.

4 – La société Algérienne est-elle trop violente ? Quelles sont les raisons de la recrudescence de  la violence dans notre société ? 

La violence est croissante dans notre pays. Elle s’est emparée du corps social et le passage à l’acte agressif est devenu pratiquement la seule voie de résolution des conflits entre les individus. Le dialogue passe par l’anathème, l’insulte, les coups, le pugilat voire le règlement de comptes entre factions rivales ou encore par des guerres entre les communautés. L’algérien est devenu violent, cela est une réalité. Toutefois, je ne crois pas que la société, par ses seuls dysfonctionnements et le désordre social qui en aurait découlé, ait pu engendrer ce climat de violence. L’algérien n’est pas né violent, il a été amené à le devenir. Son histoire récente et les conditions dans lesquelles il vit présentement l’ont conduit à ne connaitre rien d’autre que l’agressivité. La colonisation française, la guerre de libération nationale, la violence politique qui a surgi durant la révolution et qui a prévalu au lendemain de l’indépendance, la violence terroriste des années 90 sont autant de traumatismes qui n’ont pas pu ne pas laisser de séquelles dans la vie psychique des sujets. La pauvreté, la Hogra, l’injustice sociale, le manque de liberté et de démocratie dans lesquels le jeune algérien vit encore aujourd’hui s’y sont additionnés et ont fini par l’acculer dans ses derniers retranchements. Je ne crois pas que nous soyons naturellement ou culturellement violent. On ne nait pas violent, la vie que nous menons et ses aléas heureux ou malheureux nous forgent et font de nous des êtres apaisés ou au contraire des êtres potentiellement agressifs. Notre personnalité – notre psychologie – et notre caractère ou tempérament – notre biologie – s’orientent vers telle ou telle autre situation selon l’empreinte qui y est faite par les événements qui ont jalonné notre existence. Si nous avons grandi dans un climat de violence familiale ou sociale, nous ne pouvons pas ne pas porter les stigmates de cette situation. Un climat familial « insécure » dans l’enfance peut par exemple nous amener à reproduire la violence dont on a été soi-même victime. Une société qui « cultive » la violence génère nécessairement des comportements violents, ce qui arrive quand celle-ci est désorganisée et que ses mécanismes régulateurs et les interdits fondamentaux – digues protectrices qui assurent la sécurité à l’intérieur de la communauté – sont effondrés. L’existence de l’algérien est anxiogène. Parce qu’il est acculé, il est à bout et en constante ébullition; quand il ne se fait pas violence et ne sombre pas dans la maladie, il explose vers l’extérieur et ne sait qu’être hargneux et agressif. Il est alors en permanence sur ses gardes et la violence est devenu pour lui mode d’être, un projet de vie. Quand il quitte son domicile, il est prêt au passage à l’acte. C’est pourquoi, nombreux sont les algériens qui circulent armés de toute sorte d’objets prêts à être utilisés…pour se défendre. Les victimes de cette situation de violence sont les maillons faibles de la société, les femmes et les enfants.

5 – La violence semble être un geste banal en Algérie, elle ne dérange presque personne, êtes-vous de cet avis ? 

Si la violence parait aujourd’hui banal dans notre société, elle n’en est pas moins inquiétante. Elle dérange et chacun de nous en a peur. Nous avons tous besoin de nous sentir en sécurité. Un besoin indispensable à l’épanouissement de chacun et au maintien de la paix sociale. Le besoin de sécurité est d’autant plus grand que l’insécurité – il est plus juste de parler de sentiment d’insécurité – est grand(e). Si nous avons peur, nous avons aussi besoin de nous sentir à l’abri de toutes formes d’agression, d’être protégé. Cela est un besoin élémentaire. Il est au bas de la pyramide de Maslow, juste au dessus des besoins physiologiques, manger, boire, dormir, satisfaire sa sexualité… Pour rappel la pyramide de Maslow établit la hiérarchie des besoins de l’être humain. Par ailleurs, le besoin de sécurité est consacré par la convention universelle des droits de l’Homme. Son article 3 stipule que « Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne ». C’est le rôle et l’obligation des Etats de garantir la protection des citoyens. Une exigence qu’il est utile de souligner, d’abord parce que notre pays a ratifié la convention internationale des droits de l’Homme, ensuite parce que dans son article 26, la constitution algérienne stipule que l’Etat est le garant de la sécurité des populations. Notre sentiment d’insécurité est aujourd’hui plus grand parce que l’Etat n’assume réellement pas ce rôle de protection des personnes. Notre besoin de protection est proportionnel.

6 – Nous assistons à une inquiétante augmentation de la violence faite aux femmes, pourquoi selon vous ? L’Algérien a-t-il un problème avec les femmes ?

Les violences faites aux femmes ne sont pas observées uniquement dans notre société. Elles existent partout et prennent des aspects divers. De la simple discrimination dans l’accès au travail et à la responsabilité au harcèlement moral et/ou sexuel ou encore à l’agression caractérisée proprement dite, le viol par exemple ou l’agression physique. Depuis que le monde est monde, la femme est le bouc émissaire de la violence sociale, elle en est la victime expiatoire. Dans les temps les plus anciens, elle était sacrifiée pour conjurer la montée de la violence dans la communauté. Dans notre pays, la violence à l’encontre des femmes est structurelle. Elle s’inscrit dans les mécanismes qui participent au maintien de l’équilibre social, lesquels mécanismes tirent leur légitimité des pesanteurs sociologiques (le patriarcat) et des considérations religieuses. La société algérienne vit présentement de graves contradictions. Elle aspire à la modernité mais elle est aussi, du fait des traditions et de la religion, crispée sur des valeurs en opposition au désir d’émancipation, notamment des femmes. C’est ainsi que la constitution algérienne fait de la femme l’égale de l’homme en tous points et que le code du statut personnel (le code de la famille), en contradiction avec la loi fondamentale, en fait une mineure à vie. Des ambigüités qui autorisent sans doute les violences qui lui sont infligées dans son foyer mais aussi dans son travail ou plus généralement dans l’espace public. Je ne terminerai pas ma réponse à votre question sans souligner le rôle de l’école comme un rempart contre toute forme de violence, en particulier contre la femme. L’école est en effet l’endroit où les premiers apprentissages à la vie en communauté se font. Le dialogue, la tolérance, le partage, la générosité et l’empathie…des valeurs indispensables pour que le petit enfant devienne un citoyen apaisé et soucieux du destin de la communauté. Encore faut-il que l’école soit débarrassée de l’idéologie qui s’en est emparée pour devenir une véritable école républicaine. C’est la décision politique qu’il faudra sans doute prendre, au plus vite, si on veut bâtir une société apaisée, pacifique et si on veut éviter à notre pays un avenir funeste. Tout cela est détaillé dans le livre que je viens de publier. J’invite vos lecteurs à le lire.

7 – Que préconisez-vous comme solution pour diminuer au moins la violence dans notre société ?

Les algériens ont des problèmes nombreux, ils doivent être résolus sans que ces derniers ne soient obligés de manifester ou de passer à l’acte violent. Les jeunes, particulièrement, attendent des réponses à leurs difficultés quotidiennes, à la mal-vie dans laquelle ils pataugent à longueur de journée. Ils ont besoin d’espaces culturels, de cinémas, d’infrastructures où ils peuvent faire de l’exercice, du sport. Ils ont besoin de s’associer, de créer, d’exprimer leur génie dans des activités communes, solidaires, dans des mouvements qui oeuvrent pour le bien-être de la communauté. Les algériens ont besoin d’espaces de rencontres, de convivialité, de partage afin que les individus apprennent à se connaitre, à se reconnaitre, à créer des liens sociaux solides et puissants. Apprendre à vivre ensemble, voilà le rempart à ériger face à la violence. Les jeunes algériens étouffent dans leur pays, ils ont également besoin de liberté et de démocratie. Ils veulent participer à la construction du destin commun et prendre part à la décision politique. Hermétique à ces besoins, le pouvoir politique réagit comme s’il était frappé d’une cécité qui l’empêche de voir les véritables raisons qui sont à l’origine de la progression de la violence sociale dans notre pays. En réalité, il préfère une société sans cohésion, défaite et terrorisée par le climat de violence ambiant, parce qu’une société effrayée est facile à contrôler et à soumettre.

Un entretien autour de la violence sociale paru dans le magazine mensuel Dziri. 19 février, 2018

Posté par docteurboudarene dans : interviews , ajouter un commentaire

Cet entretien est paru dans le magazine féminin, Dziri de ce mois de février 2018. Un dossier autour de la violence sociale.

1 – La violence aujourd’hui, semble omniprésente sous toutes ses formes : physique et psychologique ; violences dans les familiales, à l’école, au travail, violence politique ; crimes et délits – de la petite délinquance à la grande criminalité. Quels sont les facteurs qui participent à l’émergence de cette violence ?

Deux éléments fondamentaux contribuent à l’émergence et à la progression de la violence sociale dans notre pays. Le désordre social et le désordre institutionnel. Deux éléments qui ont une relation dialectique, l’un participant à l’édification et à la consolidation de l’autre. L’un et l’autre ne constituent plus présentement les remparts nécessaires à l’émergence de la violence. Il faut souligner que l’algérien n’est pas agressif ou violent de naissance, comme il est dit ici ou là. Les circonstances et la vie qu’il mène, l’ont conduit à le devenir. 1 – L’histoire tourmentée de notre pays – la colonisation et la guerre d’indépendance, 2 – la violence qui a prévalu durant ces vingt dernières années – le terrorisme et la barbarie dont il s’est rendu responsable. 3 – la nature du système politique qui préside aux destinées de notre pays depuis l’indépendance – un système qui bâillonne le citoyen, le prive de sa liberté, entrave son désir de s’organiser et de participer à la construction du destin commun, 4 – la pauvreté grandissante du peuple et les inégalités sociales, l’injustice et la hogra, 5 – Les pesanteurs sociologiques (le patriarcat) et religieuses pour ce qui concerne notamment les violences faites aux femmes. Ce sont là les principaux éléments dont il faut tenir compte pour bien comprendre pourquoi la violence sociale est en progression dans notre pays et pourquoi la société algérienne est en ébullition permanente et qu’elle est prête à exploser. lire la suite…

C’est un événement traumatisant. 31 octobre, 2017

Posté par docteurboudarene dans : interviews , ajouter un commentaire

Une interview réalisée par Farid Belgacem et qui a paru aujourd’hui 31 octobre 2017 dans le quotidien Liberté.
Le journal est revenu sur les milliers d’étudiants qui ont pris d’assaut les centre culturel français pour passer le test d’aptitude à des études en France.
L’occasion pour réaliser un dossier sur l’université algérienne.

Les images auxquelles nous avons assisté dimanche dernier devant le Centre culturel français d’Alger, où des centaines d’étudiants se bousculaient devant le portillon pour obtenir un visa d’études, a soulevé une vague d’indignation et constitue un véritable traumatisme psychique collectif. Quel constat faites-vous à première vue ?

Ce que nous avons vu dans ces images est hors du commun, un événement traumatisant par son ampleur et qui soulève l’indignation par sa signification. Comment peut-il en être autrement? Une situation qui ressemble à un véritable exode. Les jeunes algériens veulent quitter en masse ce pays, pourquoi? C’est la question qu’il faut se poser. Le désir de faire des études n’explique pas à lui seul cette Harga massive. La réalité est que nos jeunes aspirent au bonheur et dans leur pays il leur est inaccessible. Ils veulent vivre dans des contrées normales où le travail et la compétence sont  des valeurs reconnues. Leur pays ignore le mérite, il célèbre la ruse et l’imposture et en fait les seuls arguments pour accéder à l’ascenseur social. Les jeunes algériens ont besoin d’espérance, cela leur est interdit sous le ciel d’Algérie. Ils veulent prendre part à la responsabilité, ils ne le peuvent pas. Ils veulent participer à la prise de décision et à la construction du destin commun, les portes leur sont fermées. Leur avenir est fait de désillusions. Ils cherchent un ailleurs où les promesses d’un avenir radieux sont possibles. Les algériens veulent rêver, ils veulent l’égalité des chances et la justice, ils veulent du travail et la liberté, en somme ils demandent à avoir une vie normale. Tout cela ne leur est pas permis dans leur pays. Ils vont le trouver sous d’autres cieux, en France et en Occident. Des pays où le bonheur n’est pas une chimère.

Au-delà du rêve auquel aspirent des milliers d’étudiants algériens, ne pensez-vous pas qu’il s’agit d’une déchéance de l’université algérienne, et, partant, d’une fuite massive provoquée de la matière grise ?

L’université algérienne est dans un état de délabrement avancée, tant sur les plans scientifique et pédagogique que du point de vue de la vie sociale des étudiants. Ce n’est un secret pour personne et les autorités le savent très bien. Les étudiants ne reçoivent pas l’enseignement qui leur est dû et leurs conditions de vie sociale sont indignes. La qualité de l’enseignement est médiocre et les diplômes qui sont délivrés en fin de cursus sont déconsidérés. Ils ne sont pas reconnus ailleurs dans le monde et notamment chez nos voisins de l’est et de l’ouest. Ce qui est lamentable. Quant aux conditions de vie dans les campus, elles sont simplement scandaleuses. Elles humilient l’être humain qu’est l’étudiant et déshonorent le futur cadre de la nation. Bourse insuffisante, restauration improbable, hébergement dans la promiscuité… Tout est réuni pour dégrader l’image de l’étudiant,  réduire à néant ses espérances et faire de lui un fuyard. Vous ajoutez à cela les fraudes, les plagiats et la prise en otage de l’université par le pouvoir avec l’obligation d’allégeance pour accéder à la responsabilité – le népotisme et les passes droits y sont la règle -, vous faites de cette institution un repoussoir. Ni l’étudiant, ni l’enseignant ne souhaitent travailler dans de telles conditions de déchéance. Ils s’en vont.

Ces images interviennent à la veille de la célébration du 63ème anniversaire du déclenchement de la guerre de libération nationale. N’est-ce pas là une altération du message des étudiants martyrs qui rêvaient d’une relève pour mieux gouverner l’Algérie ?

La révolution algérienne est loin. Elle est loin aussi dans l’esprit des jeunes que nous avons vu sur ces images. En réalité, ils ne la connaissent qu’à travers le discours des responsables qui dirigent aujourd’hui ce pays et, en l’occurrence, ces derniers sont à leurs yeux de mauvais modèles qu’ils rendent responsables de la situation désastreuse dans laquelle ils se trouvent. Les jeunes étudiants qui se sont sacrifiés pour que l’Algérie soit libre ont été oubliés et leur sacrifice occulté par ceux là même qui ont confisqué l’indépendance et mener la nation à cet état de dévastation. S’il y a un message que ces étudiants veulent délivrer – cette veille du premier novembre -, c’est celui de leur défiance vis à vis des autorités de ce pays, leur ras le bol de la légitimité historique et leur rejet de tout ce que ces responsables peuvent représenter. Ils disent aussi, clairement, l’échec lamentable de leur gouvernance et l’état de détresse vers lequel celle-ci a conduit la jeunesse algérienne.

« Justice n’a pas été rendue » en Algérie. 24 octobre, 2017

Posté par docteurboudarene dans : interviews , ajouter un commentaire

« Justice n’a pas été rendue » en Algérie: c’est sous ce titre que Jeune Afrique a publié l’entretien que j’ ai donnée à Farid Alilat.
Interview publiée dans l’édition du 23 octobre 2017.

1 - La récente diffusion par la TV d’Etat d’images de massacres commis durant la décennie rouge a choqué les Algériens. Est-ce à dire que les traumas de cette guerre civile n’ont pas été évacués par la société?

Les algériens ont été terrorisés par ces années de barbarie et de sang. Le traumatisme est profond et les dommages causés à la vie psychique des sujets – notamment ceux qui ont été directement confrontés avec la mort – sont loin d’être guéris; la société toute entière en est encore meurtrie et nombreux sont les sujets qui ont sombré dans la maladie mentale. C’est pourquoi, le régime au pouvoir agite aujourd’hui l’épouvantail de la décennie rouge. Il veut susciter , réveiller l’effroi chez les personnes et immiscer la terreur dans les consciences. Faut-il rappeler que le terrorisme – pour résiduel qu’il soit, ce que nous dit le pouvoir – est toujours présent en Algérie et que la matrice idéologique qui l’a porté a plus que jamais infiltré la société? Le moment choisi pour diffuser ces images n’est donc pas anodin. L’Algérie est entrain de s’abimer dans une crise économique et politique dangereuse pour son avenir. Ceux qui l’ont amenée à cette situation sont honnis par le peuple mais ils ne veulent pas lâcher le pouvoir et continuent à nous dire que le salut de la nation est entre leurs mains. Ces images sont diffusées pour faire peur. L’idée étant qu’un peuple qui a peur est facile à soumettre. « C’est nous ou eux ». Le message est clair.

2 – Vous dites que la réconciliation nationale n’a pas stoppé le cycle de violence. Quelles en sont alors les raisons?

Une réconciliation qui se passe d’un des protagonistes, si je peux formuler les choses ainsi, n’en est pas une. Les bourreaux n’ont ni été mis devant de leurs responsabilités, ni confrontés à leurs victimes. La justice n’a pas été rendue et le pardon a été accordé aux bourreaux sans que les victimes ne soient impliquées dans cette démarche. Cela est un véritable déni de justice dans la mesure où les victimes ont été spoliées de leur deuil ainsi que de leur droit à accorder ou non le pardon à leurs bourreaux. Les lois sur la concorde civile et la réconciliation nationale n’ont pas respecté leurs engagements et leur mise en application ne s’est pas inspirée des expériences qui se sont produites ailleurs dans le monde, notamment à la fin de l’Apartheid en Afrique du Sud. En tournant dans la précipitation la page de cette tragédie, les pouvoirs publics ont absout le terrorisme des crimes qu’il a commis pendant que la douleur des victimes et les souffrances qu’elles ont endurées ont été superbement ignorées. Les dispositifs mis en place à l’avantage des terroristes repentis – afin qu’ils puissent retrouver une place dans la communauté nationale – ont été vécus comme une agression à l’endroit des victimes et de la société toute entière. Une démarche qui a par ailleurs été interprétée, par les citoyens mais aussi par les bourreaux, comme une reddition de la nation face à la subversion terroriste. Voilà pourquoi la violence ne s’est pas totalement éteinte et qu’elle peut à nouveau regagner en intensité.

3 – Qu’est ce qu’il y a de bon et de mauvais dans cette politique de la main tendue aux terroristes?

La politique de la main tendue telle qu’elle continue de se présenter encore aujourd’hui est mauvaise. Elle dure depuis presque 20 ans et participe d’une forme de complaisance vis à vis du terrorisme. De toute évidence, la magnanimité du pouvoir inscrit son objet dans la recherche de la paix au prix de l’abdication de la nation devant la sédition terroriste. Déclinée ainsi, cette main tendue ne signifie rien d’autre que la capitulation de la République, cela n’est pas bon pour l’avenir de la nation. Il y a quelques jours seulement, le premier ministre a de nouveau garanti aux terroristes, encore présents dans les maquis, le pardon de l’Etat s’ils venaient à se rendre. Pour autant, la magnanimité doit faire preuve de fermeté et mettre les limites morales aux objectifs assignés, en particulier au pardon à accorder.

 

 

 

 

 

L’existence de l’Algérien est anxiogène; quand il ne sombre pas dans la maladie, il explose. 7 octobre, 2017

Posté par docteurboudarene dans : interviews , ajouter un commentaire

Cet entretien a paru dans le N°65 (septembre 2017) du magazine de la santé, Santé-Mag (p43-45). Entretien réalisé par Ourida Aït Ali.

Vous êtes l’auteur d’un ouvrage intitulé : « La violence sociale en Algérie : comprendre son émergence et sa progression » paru ce mois de septembre aux éditions Koukou. Comment appréhendez-vous cette problématique? L’individu serait-il naturellement violent ou est-ce la société qui le corrompt pour reprendre une célèbre phrase d’un éminent auteur ? 

Dans cet ouvrage, j’essaie de regarder ce phénomène de la violence avec lucidité. Contrairement à ce qui peut être imaginé, ce n’est pas le psychiatre qui fait une analyse « psychiatrique, psychologique ou encore psychosociologique » mais l’acteur social qui observe et tente de comprendre ce qui se passe dans sa communauté, dans la société dans laquelle il vit. Oui, la violence est croissante dans notre pays, cela est une réalité. Elle s’est emparée du corps social et le passage à l’acte agressif est devenu pratiquement la seule voie de résolution des conflits entre les individus.

Le dialogue passe par l’anathème, l’insulte, les coups, le pugilat voire le règlement de comptes entre factions rivales. C’est inquiétant et cela met en danger la paix sociale. Mais il ne faut pas penser que le passage à l’acte violent est un atavisme et que la société algérienne le porte en son sein de façon héréditaire ou génétique. De ce point de vue, je pense qu’il est une erreur de penser que l’algérien est violent par essence. Je ne crois pas non plus que la société par ses seuls dysfonctionnements et le désordre social qui en aurait découlé ait pu engendrer ce climat de violence. L’algérien est devenu violent, on l’a amené à le devenir. Son histoire récente et les conditions dans lesquelles il vit présentement l’ont conduit à ne connaitre rien d’autre que l’agressivité. La colonisation française, la guerre de libération nationale, la violence politique qui a surgi durant la révolution et qui a prévalu au lendemain de l’indépendance, la violence terroriste des années 90 sont autant de traumatismes qui n’ont pas pu ne pas laisser de séquelles dans la vie psychique des sujets. La pauvreté, la Hogra, l’injustice sociale, le manque de liberté et de démocratie dans lesquels le jeune algérien vit encore aujourd’hui s’y sont additionnés et ont fini par l’acculer dans ses derniers retranchements. Son existence est anxiogène, il est à bout, quand il ne sombre pas dans la maladie, il explose. Il devient agressif. Il est en permanence sur ses gardes et la violence devient pour lui un projet de vie. Quand il quitte son domicile, il est prêt au passage à l’acte. C’est pourquoi, nombreux sont les algériens qui circulent armés de toute sorte d’objets prêts à être utilisés…pour se défendre (?). Les victimes de cette situation de violence sont les maillons faibles de la société, les femmes et les enfants. lire la suite…

Le déni démocratique est une violence politique absolue. 29 septembre, 2017

Posté par docteurboudarene dans : interviews , ajouter un commentaire

Cet entretien est paru ce jour, 29 septembre 2017, dans le quotidien El Watan (El Watan week end) sous la plume de Adlène Meddi.

« Pour que la violence sociale recule, la violence politique – la violence d’État – doit disparaitre du paysage social et politique national » : l’Etat n’a t-il pas le monopole de la violence ? N’est-ce pas sa coercivité qui justement régule la société et ses montées de fièvres ?  

Est-ce que l’Etat a le monopole de la violence? Il ne le devrait pas. Dans notre pays, c’est le régime au pouvoir qui a le monopole de la violence et il fait usage des institutions de l’Etat pour l’exercer. Ce régime est autoritaire, son désir est de conserver le pouvoir et d’annihiler toute forme de contestation sociale. Il faut neutraliser le peuple, lui faire peur, parce qu’un peuple qui vit dans la crainte est facile a soumettre. Il agit ainsi depuis l’indépendance de notre pays. Il a, durant des années, usé de violence politique: intimidations, emprisonnements, tortures et quelques fois éliminations physiques. Aujourd’hui, il ne peut plus se comporter ainsi. Le regard du monde…et il veut être fréquentable, démocratie oblige. Il a abandonné ces pratiques mais sa nature autoritaire est toujours là. Il change de méthode  et fait usage de la violence ordinaire pour faire taire toute forme d’expression qu’il juge contraires à ses intérêts. Il fait appel aux baltaguis. Des individus qui viennent perturber des activités syndicales ou politiques ou encore qui prennent possession des quartiers, intimident les habitants et jouent aux caïds au vu et au su des autorités publiques… Une pratique jusque là inconnue dans notre pays, une forme de délinquance d’Etat qui a jeté l’effroi dans la société et accentué le climat d’insécurité chez le citoyen. Nous en sommes là aujourd’hui. De ce point de vue, nous pouvons en effet dire que l’Etat régule les montées de fièvre et la violence dans la société. Ailleurs, dans le monde notamment dans les démocraties occidentales, l’Etat et ses institutions sont au service exclusif du citoyen qui est l’objet de toutes les attentions, parce que « ressource humaine » centrale du pays. Sachant que la sécurité de ce dernier est l’intention première, toutes les institutions de l’Etat vont au devant de toute forme de menaces – en particulier le conflit et la violence – pour les réduire. L’objectif étant de garantir la sécurité et le bonheur des individus, et d’apporter l’apaisement dans la société. Ce n’est pas le souci des tenants du pouvoir dans notre pays. lire la suite…

L’autisme du pouvoir est une menace pour la paix sociale. 27 septembre, 2017

Posté par docteurboudarene dans : interviews , ajouter un commentaire

Cet entretien est paru dans le quotidien nationale « Liberté », ce jour 27 septembre 2017. Il fait suite à la parution de mon livre « violence sociale en Algérie, comprendre son émergence et sa progression » (éditions Koukou). Cette entretien a été réalisé par la journaliste Hammadi Nissa.

Dans votre livre intitulé « La violence sociale en Algérie, comprendre son émergence et sa progression » vous dites que le pouvoir en place abuse de  son autorité et use lui-même de violence depuis l’indépendance afin de soumettre le citoyen par la peur. Peut-il continuer longtemps dans cette voie sans compromettre sa survie ?

Je crois que chaque citoyen vous dira la même chose. Depuis l’indépendance de notre pays à ce jour, il y a privation des libertés et absence de démocratie. C’est un lieu commun. Pour ne parler que de lui, l’article 120 du FLN – parti unique – a durant des années interdit tout forme d’organisation sociale si celle-ci ne s’inscrit pas dans le cadre des organisations de masses du Front de libération nationale. Une véritable stratégie du contrôle des opinions et une mise sous surveillance permanente des consciences et de la conscience sociale. Par ailleurs, aucune personne ne pouvait prétendre accéder à la responsabilité dans notre pays si elle ne faisait pas allégeance. Il fallait être forcément militant du parti. C’est là une véritable aliénation des libertés et une violence d’Etat absolue. Pouvoir, FLN et Etat étaient, en ce temps, confondus. Mais il n’y a pas que cela. Des personnes ont été emprisonnées, torturées et d’autres physiquement éliminées parce qu’elles ne partageaient pas ou étaient opposées aux idées du système FLN. L’expression démocratique était interdite et une violence inouïe s’abattait systématiquement sur toute personne qui osait seulement porter une critique « désobligeante » sur le pouvoir en place. La société était soumise par la peur. En réalité, la violence politique a commencé avant l’indépendance. L’assassinat de Abane Ramdane, par ses frères d’armes, a inauguré les purges à l’intérieur du FLN révolutionnaire. Un fratricide, le meurtre originel, la violence qui a profané la révolution et qui l’a dépouillée de son caractère sacré. Dès lors, il n’y avait plus aucun obstacle. Tout était possible, permis. La répudiation, à l’été 1962, de la plateforme de la Soummam par la charte de Tripoli est à ce titre l’autre meurtre – symbolique cette fois – perpétré sur la personne de Abane Ramdane. La violence d’Etat qui s’en est suivi trouve dans cette logique meurtrière toute son intelligibilité. Prendre le pouvoir et le conserver. La violence terroriste qui s’est abattue sur le pays durant les années 90 s’inscrit dans cette logique de prise du pouvoir. Une spirale infernale qui ne peut pas ne pas avoir de relations avec les abus d’autorité et la violence du pouvoir que nous observons aujourd’hui. lire la suite…

La lutte contre le charlatanisme doit constituer une priorité de l’Etat, de tous les instants. 20 décembre, 2016

Posté par docteurboudarene dans : interviews , ajouter un commentaire

Entretien paru aujourd’hui 20 décembre 2016, sous la plume de Farid Belgacem, dans le quotidien national d’information Liberté

1 – La fermeture annoncée d’une clinique agrée par l’Etat et spécialisée dans la Rokia à Relizane vient s’ajouter au scandale du complément alimentaire Rahmat Rabi. Pourtant, il y a eu un grand engouement des Algériens. Qu’en pensez-vous docteur ?

Je dois d’abord préciser qu’il ne s’agit pas d’une clinique. Appelez cela comme vous voulez mais de grâce ne validez pas ce type de dérive en utilisant un vocable inapproprié pour désigner cet endroit. La sémantique est ici fondamentale. Il s’agit de la santé des citoyens et en l’occurrence la personne qui a ouvert cet espace n’est pas un professionnel de la santé. Il n’est pas un médecin. S’il prétend soigner des personnes, il s’engage dans rien d’autre que la pratique illégale de la médecine. C’est un usurpateur de titre, un imposteur. La loi est claire à ce sujet. Elle doit s’appliquer dans toute sa rigueur. Il faut fermer cet endroit, c’est clair, et poursuivre en justice les individus qui sont impliqués dans cette entreprise. Je crois comprendre selon ce que vous dites que la fermeture de ce lieu est en cours. Tant mieux.

Mais je dois dire tout de même qu’il est pour le moins étonnant que ce personnage ait fait autant de publicité autour de son entreprise alors qu’il aurait eu, il y a quelques mois des démêlées avec la justice, pour ses pratiques. Il aurait donc été « autorisé » à reprendre son activité malgré ce qui s’était produit. Quelque chose ne va pas, vous en conviendrez. L’ordre institutionnel, l’autorité de l’Etat n’a pas l’air d’avoir fonctionné. lire la suite…

Un entretien accordé à Farid Belgacem, journaliste au quotidien Liberté. 27 novembre, 2016

Posté par docteurboudarene dans : interviews , 1 commentaire

Farid Belgacem, journaliste au quotidien Liberté a réalisé un dossier sur les derniers séismes qui ont secoué la région de Médéa. Dans quelles conditions psychologiques les élèves, candidats au baccalauréat, ont passé les épreuves? Sachant que les sujets ont été durement traumatisés par, d’une part, ce phénomène naturel qu’est le tremblement de terre, et qu’ils sont d’autre part très fortement affectés par la fraude massive qui a entaché cet examen. Ce que j’ai essayé d’expliquer dans cet entretien. Pour des impératifs d’espace, la rédaction du journal a réduit, avec mon accord, la longueur de mon propos. Je livre aux lecteurs de mon blog son intégralité.

1 – Les candidats au baccalauréat 2016 dans la localité de Mihoub, à Médéa, se trouvent toujours dans un état de choc après le séisme du 29 mai dernier. Après une première épreuve déjà très difficile, ils sont appelés à refaire le baccalauréat à Médéa et à Blida, sachant que toutes les écoles de Mihoub ont été détruites. Comment ces facteurs pourraient-ils influer sur les candidats ?

Je ne sais pas si les candidats au baccalauréat, dans cette localité de Mihoub, sont vraiment dans un état de choc. Si c’est le cas, cela veut dire que ces élèves sont en proie à un malaise, à une détresse profonde et qu’ils sont dans l’attente angoissante d’un autre séisme dont l’imminence est proche. Voilà une situation intenable qui ne peut pas ne pas avoir une influence néfaste sur les capacités intellectuelles de ces élèves. Il m’est personnellement difficile d’imaginer comment peut être organisé, dans de telles conditions, un examen aussi déterminant que le baccalauréat, sans risquer de réduire substantiellement les chances de succès de ces élèves.

Faut-il souligner que cet examen est à lui seul un concentré de doutes, d’inquiétudes et de questionnements concernant l’avenir. Le baccalauréat n’est pas une composition ordinaire comme celles qu’un élève subit durant toute sa scolarité. Il est certes une épreuve scolaire qui ouvre au sujet les portes de l’université, mais il est aussi une espèce de passage initiatique, un rite symbolique, qui confère à l’élève un statut différent; il devient adulte. Une étape sociale, un droit d’accès à la maturité. Tous les regards sont tournés vers lui, il est le centre de l’intérêt de la famille, il ne doit pas décevoir. Il est face à un challenge. « Avec le bac en poche », il n’est plus l’élève, l’enfant; il est l’étudiant, l’adulte responsable. De ce point de vue, il n’est pas un hasard si, à l’université, l’initiative de l’organisation du travail est laissée à l’entière appréciation du sujet. Il est « assez grand » pour se débrouiller seul, il n’a plus besoin de la stricte organisation qui caractérise la vie de lycéen. Il a une bourse et gère son budget financier tout seul. Dans certains pays, la Belgique par exemple, le baccalauréat est remplacé par ce qui est appelé un examen de maturité. En outre, en accédant aux études supérieures, le sujet s’engage dans un processus qui fera de lui le citoyen qui a aura pris conscience de l’importance du rôle qu’il aura à jouer pour bâtir son avenir et pour participer l’édification du destin commun. L’échec à cet examen ne lui interdit donc pas seulement l’accès à des études universitaires, il le prive aussi de son entrée dans la communauté des adultes. lire la suite…

Violences faites aux femmes, une interview au quotidien « le Citoyen ». 24 novembre, 2016

Posté par docteurboudarene dans : interviews , ajouter un commentaire

Cet entretien a été réalisé par Samia Acher du quotidien national d’information « Le Citoyen ». Il a paru en date du mercredi 9 décembre 2015, une journée avant l’adoption, par le sénat, du projet de loi criminalisant les violences à l’encontre des femmes.

1 – Quelles sont les causes de la violence envers les femmes ?

Je pense qu’il faut évoquer non pas les causes mais les origines de la violence faites aux femmes. De ce point de vue, celle-ci – la violence faite aux femmes – remonte à l’aube de l’humanité, à partir de laquelle cette violence tire sa légitimité. En effet, à leur origine, les sociétés humaines considéraient la femme comme un bouc émissaire et en faisaient un objet sacrificiel; une violence sacrée qui avait pour objectif de conjurer celles – les autres violences – qui pourraient mettre en danger de disparition la communauté. Si les sociétés humaines ne procèdent plus, de nos jours, au sacrifice de la femme, cette dernière n’en est pas moins le maillon faible. Elle conserve dans l’organisation des sociétés traditionnelles un rang inférieur à celui de son homologue masculin et continue d’être l’objet de toutes sortes de violence plus ou moins apparentes. lire la suite…

12345

KeepOpen |
Voyages |
quand j'ai la parole ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Copro89
| Mots de Tête d'Algérie
| ZEN D ESPRIT