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L’existence de l’Algérien est anxiogène; quand il ne sombre pas dans la maladie, il explose. 7 octobre, 2017

Posté par docteurboudarene dans : interviews , ajouter un commentaire

Cet entretien a paru dans le N°65 (septembre 2017) du magazine de la santé, Santé-Mag (p43-45). Entretien réalisé par Ourida Aït Ali.

Vous êtes l’auteur d’un ouvrage intitulé : « La violence sociale en Algérie : comprendre son émergence et sa progression » paru ce mois de septembre aux éditions Koukou. Comment appréhendez-vous cette problématique? L’individu serait-il naturellement violent ou est-ce la société qui le corrompt pour reprendre une célèbre phrase d’un éminent auteur ? 

Dans cet ouvrage, j’essaie de regarder ce phénomène de la violence avec lucidité. Contrairement à ce qui peut être imaginé, ce n’est pas le psychiatre qui fait une analyse « psychiatrique, psychologique ou encore psychosociologique » mais l’acteur social qui observe et tente de comprendre ce qui se passe dans sa communauté, dans la société dans laquelle il vit. Oui, la violence est croissante dans notre pays, cela est une réalité. Elle s’est emparée du corps social et le passage à l’acte agressif est devenu pratiquement la seule voie de résolution des conflits entre les individus.

Le dialogue passe par l’anathème, l’insulte, les coups, le pugilat voire le règlement de comptes entre factions rivales. C’est inquiétant et cela met en danger la paix sociale. Mais il ne faut pas penser que le passage à l’acte violent est un atavisme et que la société algérienne le porte en son sein de façon héréditaire ou génétique. De ce point de vue, je pense qu’il est une erreur de penser que l’algérien est violent par essence. Je ne crois pas non plus que la société par ses seuls dysfonctionnements et le désordre social qui en aurait découlé ait pu engendrer ce climat de violence. L’algérien est devenu violent, on l’a amené à le devenir. Son histoire récente et les conditions dans lesquelles il vit présentement l’ont conduit à ne connaitre rien d’autre que l’agressivité. La colonisation française, la guerre de libération nationale, la violence politique qui a surgi durant la révolution et qui a prévalu au lendemain de l’indépendance, la violence terroriste des années 90 sont autant de traumatismes qui n’ont pas pu ne pas laisser de séquelles dans la vie psychique des sujets. La pauvreté, la Hogra, l’injustice sociale, le manque de liberté et de démocratie dans lesquels le jeune algérien vit encore aujourd’hui s’y sont additionnés et ont fini par l’acculer dans ses derniers retranchements. Son existence est anxiogène, il est à bout, quand il ne sombre pas dans la maladie, il explose. Il devient agressif. Il est en permanence sur ses gardes et la violence devient pour lui un projet de vie. Quand il quitte son domicile, il est prêt au passage à l’acte. C’est pourquoi, nombreux sont les algériens qui circulent armés de toute sorte d’objets prêts à être utilisés…pour se défendre (?). Les victimes de cette situation de violence sont les maillons faibles de la société, les femmes et les enfants.

Je ne terminerai pas ma réponse à votre question sans souligner le rôle de l’école comme un rempart contre toute forme de violence, en particulier contre la femme. L’école est en effet l’endroit où les premiers apprentissages à la vie en communauté se font. Le dialogue, la tolérance, le partage, la générosité et l’empathie…des valeurs indispensables pour que le petit enfant devienne un citoyen apaisé et soucieux du destin de la communauté. Encore faut-il que l’école soit débarrassée de l’idéologie qui s’en est emparée pour devenir une véritable école républicaine. C’est la décision politique qu’il faudra sans doute prendre, au plus vite, si on veut bâtir une société apaisée, pacifique et si on veut éviter à notre pays un avenir funeste. Tout cela est détaillé dans le livre que je viens de publier. J’invite vos lecteurs à le lire.

La violence s’élargit tout en s’aggravant et les centres de santé ne sont même pas épargnés pourquoi s’attaquer à ces sanctuaires qui apportent soins et réconfort justement aux victimes d’agression, n’est ce pas paradoxal ?

Le passage à l’acte violent s’est en effet banalisé au sein de la société. Il n’y a aucune raison qu’il ne se produise pas aussi dans les structures publiques de la santé. Deux éléments – il faut le souligner – facilitent, dans ces endroits, le passage à l’acte violent. Il est indéniable que les services de santé dans notre pays sont anxiogènes par leur état de vétusté, quelques fois de délabrement avancé, et par l’organisation des soins, notamment en ce qui concerne les services des urgences. Les sujets qui arrivent dans ces lieux ont peur. Ils pensent d’emblée qu’ils seront mal accueillis et qu’ils n’auront pas les prestations de soins qu’ils nécessitent. Les parents et/ou les accompagnateurs sont également dans cet état d’esprit. Un état d’esprit qui met sous tension et qui préparent à l’agressivité. Chacun des usagers pense que « son urgence est prioritaire » et qu’il doit être servi avant tous les autres.

Les attentes interminables, la mauvaise organisation du flux des malades et la désorganisation qui s’en suit inquiètent d’autant plus et exacerbent les tensions. Il faut ajouter à cela le fait qu’il y a des carences concrètes en terme de prestations. Le cocktail qui fait le mécontentement et qui provoque l’explosion de violence. Les personnels de santé, médical et paramédical, sont les premiers à en faire les frais. Si quelquefois, la responsabilité de ces derniers dans la survenue de la violence est une fait avéré, il est injuste de mettre tous ces professionnels dans le même sac. Dans la majorité des cas, dans la difficulté, ils font leur travail avec beaucoup de dévouement. Quand bien même les pouvoirs publics tentent régulièrement de se défausser sur les personnels de soins et d’en faire les boucs émissaires de la faillite de notre système de santé, ces derniers ne sont en rien responsable de cette situation. Les usagers – les citoyens en souffrance – qui fréquentent les structures publiques de la santé devraient en prendre conscience et comprendre que les médecins et les infirmiers sont leurs alliés dans la lutte contre la souffrance et la maladie.

Les cabinets médicaux du secteur privé seront dorénavant astreints au système de la garde, la mise en œuvre de cette procédure allégera-t-elle la charge et la tension au sein du secteur public ?

Vous faites sans doute allusion à l’instruction N°5 du 05 août 2017 relative au service de garde pour les praticiens médicaux installés à titre privé. Voilà une fausse solution au vrai délabrement de notre système de soins. La garde des médecins libéraux me rappellent étrangement le « plâtre sur une jambe de bois ». Cette « circulaire » est à côté de la réalité. Elle a été promulguée dans la précipitation à la suite du décès d’une jeune femme et de son bébé dans la wilaya de Djelfa. Une tragique histoire qui a mis en évidence la faillite de notre système de santé.

La décision de faire faire d’autorité des gardes, dans leurs cabinets aux médecins libéraux, est en décalage avec le véritable souci que pose l’urgence du soin dans les structures de santé publique; au moins parce qu’un service médical de garde doit avoir d’une part la vocation de l’urgence et d’autre part disposer des moyens indispensables – le plateau technique – pour accomplir correctement cette mission, ce dont les médecins de ville ne disposent pas. Je ne souligne pas la nécessité et l’obligation d’assurer la sécurité aux praticiens de garde, ce que les pouvoirs publics peinent déjà pas à garantir dans les structures qui appartiennent à l’Etat. Cette instruction – cette décision – est absurde. Elle est une façon déguisée de tourner le dos aux vrais problèmes que rencontre le secteur public de la santé, elle est aussi une fausse solution pour y remédier. Comme si le délabrement de notre système de santé se limitait seulement à un problème de garde!

Le médecin libéral ne doit pas être le bouc émissaire et la victime expiatoire d’un système de soins moribond. Il n’y est pour rien. Si le ministre veut aller au chevet de ce grand malade qu’est notre système de santé, il doit faire preuve d’ingéniosité et trouver d’autres solutions. Il ne doit pas s’abimer dans une décision aussi autoritaire qu’inique car n’ayant pas associé les principaux concernés à la prise de cette décision. La pratique libéral est un choix, une liberté. Il est bien entendu que le praticien privé, comme son confrère du secteur public, n’est pas exonéré de ses devoirs. Mais il a aussi des droits et ils sont inaliénables. En l’occurrence, en faisant preuve d’autoritarisme, le ministre de la santé n’a pas respecté des partenaires, il a piétiné un droit élémentaire de ces derniers, celui d’être concertés.

Ce système de gardes – qui a existé par le passé et qui a été abandonné parce que peu opérant – est une fausse solution à un vrai problème. Comme toute fausse solution, il avortera. La galère pour nos concitoyens malades continuera.

D’aucun disent que nos CHU sont des mouroirs alors que paradoxalement ici et là notamment à Tizi-Ouzou on nous rapporte des performances en chirurgie malgré le manque de moyens, est ce l’arbre qui cache la foret ?

Dire de nos CHU qu’ils sont des mouroirs, c’est aller vite en besogne. Toutefois, il fait toutefois souligner que nos CHU ont beaucoup de difficultés à assumer leur vraie mission. Ils sont devenus de grands dispensaires que les citoyens, pour le plus petit bobo, viennent encombrer, notamment les urgences médicales et chirurgicales. Cela compromet la mission d’excellence et de formation qui leur est dévolue.

Mais il n’y a pas que cela, les CHU subissent aussi les contrecoups de la crise de notre système de soins. Ils sont pauvres et ne peuvent plus répondre à la demande de soins hautement spécialisé et onéreuse des citoyens. Les budgets dont ils disposent sont engloutis dans les salaires. Ils sont, de ce fait, dans l’incapacité d’honorer les demandes d’examens sophistiqués – les examens radiologiques et/ou biologiques qui sont généralement pratiqués dans le secteur privé – et de garantir des soins de qualité aux citoyens. A titre d’exemple, les CHU sont dans l’incapacité de prendre en charge correctement les cures de chimiothérapie et la plupart d’entre eux n’offrent pas aux malades la possibilité d’accéder à une cure de radiothérapie. Une histoire de budget également. Les listes d’attente, cela est bien connu, sont longues. Une situation qui écorne le caractère hautement spécialisée de la prestation médicale dans nos CHU.

Quand aux performances, je crois qu’il ne faut pas faire dans le mensonge et la démagogie. On ne peut pas prétendre à des performances si le minimum qui est échu n’est pas honoré. C’est bien de réaliser une greffe de rein de temps à autre mais c’est mieux d’en faire tous les jours et de prétendre devenir un pôle d’excellence dans le domaine. Force est de constater qu’aucun de nos CHU n’a atteint ce niveau, à plus forte raison celui de Tizi ouzou.

Nos CHU ne sont pas des mouroirs mais on ne peut pas dire qu’ils caracolent dans la performance. Quant à l’excellence, je pense qu’il faudra attendre encore longtemps pour seulement l’évoquer. Et ce n’est pas un problème de ressources humaines ou de compétences, les unes et l’autre s’acquièrent. Il s’agit d’un problème de politique sanitaire et les responsables, dans notre pays, n’ont pas de projet concret à proposer dans ce domaine. J’en veux pour preuve la difficulté des pouvoirs publics à accoucher de la nouvelle loi sanitaire.

Le déni démocratique est une violence politique absolue. 29 septembre, 2017

Posté par docteurboudarene dans : interviews , ajouter un commentaire

Cet entretien est paru ce jour, 29 septembre 2017, dans le quotidien El Watan (El Watan week end) sous la plume de Adlène Meddi.

« Pour que la violence sociale recule, la violence politique – la violence d’État – doit disparaitre du paysage social et politique national » : l’Etat n’a t-il pas le monopole de la violence ? N’est-ce pas sa coercivité qui justement régule la société et ses montées de fièvres ?  

Est-ce que l’Etat a le monopole de la violence? Il ne le devrait pas. Dans notre pays, c’est le régime au pouvoir qui a le monopole de la violence et il fait usage des institutions de l’Etat pour l’exercer. Ce régime est autoritaire, son désir est de conserver le pouvoir et d’annihiler toute forme de contestation sociale. Il faut neutraliser le peuple, lui faire peur, parce qu’un peuple qui vit dans la crainte est facile a soumettre. Il agit ainsi depuis l’indépendance de notre pays. Il a, durant des années, usé de violence politique: intimidations, emprisonnements, tortures et quelques fois éliminations physiques. Aujourd’hui, il ne peut plus se comporter ainsi. Le regard du monde…et il veut être fréquentable, démocratie oblige. Il a abandonné ces pratiques mais sa nature autoritaire est toujours là. Il change de méthode  et fait usage de la violence ordinaire pour faire taire toute forme d’expression qu’il juge contraires à ses intérêts. Il fait appel aux baltaguis. Des individus qui viennent perturber des activités syndicales ou politiques ou encore qui prennent possession des quartiers, intimident les habitants et jouent aux caïds au vu et au su des autorités publiques… Une pratique jusque là inconnue dans notre pays, une forme de délinquance d’Etat qui a jeté l’effroi dans la société et accentué le climat d’insécurité chez le citoyen. Nous en sommes là aujourd’hui. De ce point de vue, nous pouvons en effet dire que l’Etat régule les montées de fièvre et la violence dans la société. Ailleurs, dans le monde notamment dans les démocraties occidentales, l’Etat et ses institutions sont au service exclusif du citoyen qui est l’objet de toutes les attentions, parce que « ressource humaine » centrale du pays. Sachant que la sécurité de ce dernier est l’intention première, toutes les institutions de l’Etat vont au devant de toute forme de menaces – en particulier le conflit et la violence – pour les réduire. L’objectif étant de garantir la sécurité et le bonheur des individus, et d’apporter l’apaisement dans la société. Ce n’est pas le souci des tenants du pouvoir dans notre pays.

 

Le déni démocratique reste selon vous un moteur fort de la violence. Pourquoi ?

Le déni démocratique est consubstantiel de la privation des libertés. Il est une forme d’aliénation de l’individu et, à ce titre, il constitue une violence politique absolue. Si vous bâillonnez l’individu pour le contraindre au silence, si vous l’empêchez de s’exprimer, si vous l’étouffez, vous suscitez en lui la colère et le ressentiment, et vous l’amenez à vous détester. Parce qu’il se sent humilié et indigne, il nourrit à votre égard et à l’endroit de tout ce que vous représentez de la haine. La violence en retour n’est plus très loin et dès qu’une opportunité se présente, celle-ci – la violence – explose. Nous observons cela au quotidien dans notre pays. Les émeutes récurrentes et les attaques contre les édifices publics… Par ailleurs, l’absence de démocratie signifie aussi absence de dialogue et de débat dans la cité. Cela veut dire que les individus ne peuvent pas échanger des points de vue et des opinions, ils n’apprennent pas à se parler et à s’écouter les uns les autres. Ils n’apprennent pas à accepter l’opinion de l’autre et à être tolérants. Le dialogue est une vertu qui doit prévaloir à l’intérieur de la communauté parce qu’il permet le tissage de liens entre des sujets qui ont besoin d’apprendre à se connaitre, à s’apprécier et à se respecter. Un climat qui réduit les tensions et apporte l’apaisement en limitant la survenue des conflits. Le climat démocratique est précisément propice au dialogue, il contribue à cette action pédagogique nécessaire à l’éducation de la société à l’action civique et politique. Une société éduquée est une société généreuse, empathique dont les membres sont naturellement soucieux des biens et du destin communs. C’est aussi une société sereine et apaisée. Une telle société n’est pas dans le projet du régime au pouvoir dans notre pays, c’est pourquoi il veut la bâillonner. C’est pourquoi aussi il a verrouillé le champ politique et qu’il entrave toute forme d’organisation de la société civile. L’interdiction des cafés littéraires participe de cette volonté d’empêcher l’éveil des consciences et de ruiner tout espoir de voir la conscience sociale se mettre en place.

   

Comment éviter que la restauration de l’autorité de l’Etat, nécessaire pour combattre la violence, ne soit mal comprise par les tenants du Pouvoir ? 

Les tenants du pouvoir ont abusé de l’autorité de l’Etat et ont fait de celle-ci un instrument de répression et d’injustice. L’autorité de l’Etat a été systématiquement convoquée pour   soumettre la société par la peur, voire la terreur. Toutes les institutions de la République qui représentent l’Etat ont été concernées, les services de sécurité et la justice notamment. Aux yeux des citoyens, parce qu’elles sont au seul service des intérêts du régime au pouvoir, ces institutions sont disqualifiées; elles incarnent le mal et la violence absolue et, si elles sont craintes, elles ne sont pas respectées. Le citoyen a tourné le dos aux institutions de son pays.  Pour beaucoup, en particulier les jeunes, le divorce est déjà consommé avec la patrie. Tous les algériens veulent s’en aller, ils n’aiment plus leur pays. Ceux qui ont été à la responsabilité sont pour la grande majorité déjà partis. Plus personne n’a confiance. Un désastre. Que voulez vous que les tenants du pouvoir fassent de plus? La population est inquiète, un sentiment d’insécurité l’habite. Non seulement l’individu pense que l’Etat ne le protège pas et qu’il doit assurer sa propre sécurité mais il est convaincu aussi qu’il peut en être à tout moment la victime. Cette crainte permanente, cette menace sont parmi les éléments qui entretiennent l’agressivité chez les sujets et qui favorisent le passage à l’acte violent dans la cité. Quand je parle de restauration de l’autorité de l’Etat, je veux donc surtout dire que le pouvoir politique doit libérer ces institutions de son emprise afin qu’elles soient au service du citoyen et qu’elles assument pleinement leurs missions républicaines. Assurer la protection et la sécurité des individus, garantir l’ordre et la justice à tout instant et en tout lieu à travers le territoire national. Quand l’ordre est assuré – cela est indispensable – et quand la justice est juste, le sentiment de sécurité est restauré et la cité vit dans l’apaisement et la tranquillité.

 

La violence se banalise et se généralise alors que la violence terroriste commençait à baisser de puissance. Pourquoi ?

Je ne sais pas si la violence terroriste a vraiment baissé. Il n’y a peut-être plus de massacres collectifs et les exactions à l’endroit de la population ont tout à fait disparu mais les attentats contre les services de sécurité et l’armée sont toujours là. De mon point de vue, le terrorisme sévit toujours – des personnes y laissent leur vie et des familles sont régulièrement endeuillées. Le pouvoir n’a de cesse de nous répéter qu’il est (le terrorisme) est résiduel, il n’empêche que le premier ministre vient d’appeler à nouveau les terroristes à déposer les armes en échange du pardon de la nation. Il y a sans doute un objectif à atteindre par cette démarche – lequel? On nous le dira peut-être un jour – mais, de mon point de vue, il y a un aveu d’échec et quelque part la crainte de voir se renforcer la sédition terroriste à la faveur de la crise financière (et politique) qui se profile à l’horizon. Il ne faut pas oublier que l’idéologie qui a porté à bout de bras le terrorisme qui a prévalu durant la décennie rouge dans notre pays est toujours là. Elle s’est renforcée et sans doute enrichie aussi à l’ombre de la magnanimité du pouvoir. Aujourd’hui le pouvoir a peur de la subversion terroriste mais aussi du peuple. La première pouvant se nourrir de la révolte du second. Actuellement, la violence ordinaire reste ordinaire. Si elle constitue un danger pour la sécurité des personnes qu’il ne faut pas ignorer, personnellement elle ne me préoccupe pas. La menace est dans l’obstination du régime au pouvoir à mener le pays droit dans le mur. Il est responsable de la faillite et il continue – du haut de son arrogance et mépris coutumiers – à nous dire que lui seul peut sauver le pays.

L’autisme du pouvoir est une menace pour la paix sociale. 27 septembre, 2017

Posté par docteurboudarene dans : interviews , ajouter un commentaire

Cet entretien est paru dans le quotidien nationale « Liberté », ce jour 27 septembre 2017. Il fait suite à la parution de mon livre « violence sociale en Algérie, comprendre son émergence et sa progression » (éditions Koukou). Cette entretien a été réalisé par la journaliste Hammadi Nissa.

Dans votre livre intitulé « La violence sociale en Algérie, comprendre son émergence et sa progression » vous dites que le pouvoir en place abuse de  son autorité et use lui-même de violence depuis l’indépendance afin de soumettre le citoyen par la peur. Peut-il continuer longtemps dans cette voie sans compromettre sa survie ?

Je crois que chaque citoyen vous dira la même chose. Depuis l’indépendance de notre pays à ce jour, il y a privation des libertés et absence de démocratie. C’est un lieu commun. Pour ne parler que de lui, l’article 120 du FLN – parti unique – a durant des années interdit tout forme d’organisation sociale si celle-ci ne s’inscrit pas dans le cadre des organisations de masses du Front de libération nationale. Une véritable stratégie du contrôle des opinions et une mise sous surveillance permanente des consciences et de la conscience sociale. Par ailleurs, aucune personne ne pouvait prétendre accéder à la responsabilité dans notre pays si elle ne faisait pas allégeance. Il fallait être forcément militant du parti. C’est là une véritable aliénation des libertés et une violence d’Etat absolue. Pouvoir, FLN et Etat étaient, en ce temps, confondus. Mais il n’y a pas que cela. Des personnes ont été emprisonnées, torturées et d’autres physiquement éliminées parce qu’elles ne partageaient pas ou étaient opposées aux idées du système FLN. L’expression démocratique était interdite et une violence inouïe s’abattait systématiquement sur toute personne qui osait seulement porter une critique « désobligeante » sur le pouvoir en place. La société était soumise par la peur. En réalité, la violence politique a commencé avant l’indépendance. L’assassinat de Abane Ramdane, par ses frères d’armes, a inauguré les purges à l’intérieur du FLN révolutionnaire. Un fratricide, le meurtre originel, la violence qui a profané la révolution et qui l’a dépouillée de son caractère sacré. Dès lors, il n’y avait plus aucun obstacle. Tout était possible, permis. La répudiation, à l’été 1962, de la plateforme de la Soummam par la charte de Tripoli est à ce titre l’autre meurtre – symbolique cette fois – perpétré sur la personne de Abane Ramdane. La violence d’Etat qui s’en est suivi trouve dans cette logique meurtrière toute son intelligibilité. Prendre le pouvoir et le conserver. La violence terroriste qui s’est abattue sur le pays durant les années 90 s’inscrit dans cette logique de prise du pouvoir. Une spirale infernale qui ne peut pas ne pas avoir de relations avec les abus d’autorité et la violence du pouvoir que nous observons aujourd’hui.

Pour vous, la société algérienne est  une « cocotte minute en ébullition. En quoi  consistera l’acte de trop ?

Il est difficile de répondre à cette question, quand bien même je pense personnellement que l’acte de trop est déjà entrain de se jouer. Le pays est au bord de la banqueroute, le pouvoir en place en est responsable et il continue de nous dire que c’est lui qui va sauver le pays. Je pense que cette arrogance et ce mépris sont porteurs de danger plus aujourd’hui que par le passé. La peur est déjà dans la société, la panique ne manquera pas de survenir avec cette histoire de financement non conventionnel. Le recours à la planche à billets – une fausse monnaie, puisqu’elle n’a pas de contre-valeur marchande – inquiète au plus haut point la population. L’affolement du cours de l’Euro est un indice. Les citoyens, les plus nantis, échangent leurs économies contre cette monnaie étrangère en attendant que le petit peuple se rue sur les banques pour y retirer le peu qu’il aura épargné. L’affaire de Khalifa Bank est pas encore dans les mémoires. De nombreux citoyens ont été ruinés. Un traumatisme qui n’est prêt d’être oublié. Si la panique vient à s’emparer de la population, elle va précipiter la faillite du pays et aggraver le désordre social déjà existant. Le pouvoir en place sait cela, il sait aussi qu’il doit, s’il veut le bien de la nation, associer le citoyen – la société – à la résolution de cette crise. Au lieu de faire confiance à celui-ci et de l’impliquer, il continue de le mépriser et de lui interdire toute forme de participation à la décision politique. La violence de plus,  assurément l’acte de trop.

- Le dialogue a disparu de l’espace social et politique. Les syndicats autonomes sont marginalisés. Le Premier ministre a pris la décision de ne se concerter qu’avec les partis soutenant le programme du chef de l’Etat. Quelles répercussions pourraient avoir ces exclusions, surtout en ce temps de crise ?

 Le pouvoir s’est enfermé dans sa propre logique. Une obstination qui confine à l’autisme. Un comportement suicidaire pour le régime lui-même et une menace pour la paix sociale et l’avenir de la nation. Les syndicats autonomes et l’opposition politiques sont constitués de citoyens qui oeuvrent aussi pour le bien du pays, le régime ne doit avoir – en principe – aucune raison de s’en méfier. Mais ce dernier y voit là un menace pour sa propre survie, pour ses affaires. C’est le propre des régimes autoritaires pour ne pas dire totalitaires. Pour autant, le dialogue est vertueux, il est plus indispensable que jamais, en particulier aujourd’hui parce que nous sommes en temps de crise. La crise est multiforme, elle n’est pas seulement économique comme on essaie de nous le faire croire, elle est aussi politique et sociale. Je pense, en ce qui me concerne que la crise morale qui s’est emparé de notre pays est très grave. Notre société est défaite, déconstruite. Les mécanismes de régulation et les valeurs sur lesquels elle était adossée se sont effondrés. La ruse a remplacé l’intelligence, le travail et le mérite sont marginalisés par l’incompétence et l’escroquerie, l’exemplarité est rejetée au profit de la mystification. Le pouvoir politique en est responsable justement parce qu’il a – par sa gouvernance – disqualifié l’action citoyenne et militante au seul profit de ses intérêts claniques. Il est encore dedans, c’est pourquoi il ne veut pas associer les syndicats autonomes et l’opposition politique à son projet de sortie de crise. Si le divorce entre le régime politique en place et le peuple est consommé depuis longtemps, ce qui est inquiétant aujourd’hui est la menace qui pèse sur les institutions de la République. Si l’Etat vient à s’effondrer, le désordre social aidant, c’est l’avenir immédiat du pays qui sera mis en cause.

Vous pensez que la charte pour la réconciliation nationale n’a pas pu stopper le cycle de la violence parce qu’elle n’a pas rendu justice aux victimes. C’est une approche différente de celle du pouvoir qui affirme que les actes terroristes perpétrés actuellement en Algérie s’inscrivent dans une dimension transnationale.

Seuls les services de l’Etat connaissent les vraies revendications politiques des auteurs des actes terroristes qui sont encore perpétrés chez nous. Ils se revendiquent peut-être d’une appartenance idéologique transnationale – parce qu’orphelin, sans doute, d’une filiation locale. Cependant, qu’il soit transnational ou pas, un acte terroriste demeure un acte terroriste. Sa signification est une. Il y a là une volonté de faire mal à la société, d’en découdre. C’est sur le pourquoi de ce désir d’en découdre qu’il faut s’interroger. Les individus qui s’engagent dans cette logique ont nécessairement des griefs contre la société. Que ceux-ci soient drapés d’un discours politique ou qu’ils soient motivés par des arguments religieux ne les exonère pas de leur responsabilité devant la communauté nationale. La réalité est qu’avant de se revendiquer d’une dimension transnationale, le terrorisme était bien chez nous, il était antérieur et il était féroce. S’il a été réduit grâce notamment à la résistance du peuple algérien et à l’action de l’armée et des services de sécurité, le terreau sur lequel il a germé est toujours fertile et la matrice idéologique, dont il s’est nourri, est plus présente que jamais. Chacun peut le constater. Et c’est le fait de la loi sur la réconciliation nationale. Cette dernière a tourné précipitamment la page de la décennie rouge et a intimé l’ordre à la société de mettre le couvercle à la marmite, quitte à ce que celle-ci continue à bouillir de colère, de ressentiment et de haine. Est-ce cela qui est recherché par le reniement des engagements tenus par les lois de la concorde civile puis de la réconciliation nationale? Force est de constater que les responsables de cette tragédie n’ont pas été mis devant leurs actes et n’ont pas payé leur dette à la société. Force est de constater aussi que les victimes ont été spoliées des souffrances et de la douleur qui étaient les leurs, et qu’elles ont été dépossédées du droit à accorder ou non le pardon. Le pardon ne se décrète pas et personne ne peut prétendre, en dehors des victimes, l’offrir aux bourreaux. Ces dernières le donnent si les conditions s’y prêtent et si elles ont la force d’aller au fond d’elles mêmes chercher les ressources morales et psychologiques pour le faire. Or, elles ont été forcées à un deuil impossible.

- Vous affirmez que pour que la violence sociale recule, il faut que la violence  politique et la violence de l’Etat disparaissent du paysage national. Cette option est-elle possible à court terme ?

Oui, je pense que cela est possible, à condition, bien sûr que le régime au pouvoir se débarrasse de son arrogance et qu’il manifeste le désir d’émanciper à la fois l’action politique et civique. Il a une opportunité pour appeler la société à un pacte social. Le pays est en grave difficulté, le destin commun est menacé. Le consensus est possible si toutefois les décideurs – ceux là même qui nous ont conduit à cette situation de crise, il faut le souligner – acceptent de s’amender et de reconnaitre les erreurs commises. Le régime ne peut pas en effet prétendre trouver les solutions tout seul et continuer à ignorer la société civile et l’opposition politique nationales. Il faut qu’il accepte de partager le pouvoir et la responsabilité et éventuellement de s’en aller si le peuple le souhaite. Ce que je dis est peut-être emprunt de naïveté politique mais la moral et le sens du patriotisme doivent dans  ce moment de danger pour la nation. Le système doit mettre au dessus de sa propre survie celle du pays. L’avenir commun est l’affaire de tous les citoyens et chacun a le désir de participer à sa préservation et à sa construction. Je pense notamment à la jeunesse. C’est la vitalité de notre pays et elle est jusque là superbement ignorée par le pouvoir en place. Il faut pour cela que le pouvoir politique fasse confiance au citoyen, en particulier à celui qui est engagé dans l’action sur le terrain. Il ne doit pas s‘en méfier comme il ne doit pas vouloir systématiquement le brider en l’embrigadant notamment dans l’une ou l’autre organisation qui lui est assujettie. Il doit libérer l’initiative et laisser le génie s’exprimer, quand bien même il peut être subversif et mettre en danger son hégémonie. J’ai la profonde conviction que c’est cette démarche marquée par la libération des initiatives et l’expression du libre arbitre qui réduira la violence sociale et apportera l’apaisement nécessaire dont a besoin présentement notre pays.

La lutte contre le charlatanisme doit constituer une priorité de l’Etat, de tous les instants. 20 décembre, 2016

Posté par docteurboudarene dans : interviews , ajouter un commentaire

Entretien paru aujourd’hui 20 décembre 2016, sous la plume de Farid Belgacem, dans le quotidien national d’information Liberté

1 – La fermeture annoncée d’une clinique agrée par l’Etat et spécialisée dans la Rokia à Relizane vient s’ajouter au scandale du complément alimentaire Rahmat Rabi. Pourtant, il y a eu un grand engouement des Algériens. Qu’en pensez-vous docteur ?

Je dois d’abord préciser qu’il ne s’agit pas d’une clinique. Appelez cela comme vous voulez mais de grâce ne validez pas ce type de dérive en utilisant un vocable inapproprié pour désigner cet endroit. La sémantique est ici fondamentale. Il s’agit de la santé des citoyens et en l’occurrence la personne qui a ouvert cet espace n’est pas un professionnel de la santé. Il n’est pas un médecin. S’il prétend soigner des personnes, il s’engage dans rien d’autre que la pratique illégale de la médecine. C’est un usurpateur de titre, un imposteur. La loi est claire à ce sujet. Elle doit s’appliquer dans toute sa rigueur. Il faut fermer cet endroit, c’est clair, et poursuivre en justice les individus qui sont impliqués dans cette entreprise. Je crois comprendre selon ce que vous dites que la fermeture de ce lieu est en cours. Tant mieux.

Mais je dois dire tout de même qu’il est pour le moins étonnant que ce personnage ait fait autant de publicité autour de son entreprise alors qu’il aurait eu, il y a quelques mois des démêlées avec la justice, pour ses pratiques. Il aurait donc été « autorisé » à reprendre son activité malgré ce qui s’était produit. Quelque chose ne va pas, vous en conviendrez. L’ordre institutionnel, l’autorité de l’Etat n’a pas l’air d’avoir fonctionné. lire la suite…

Un entretien accordé à Farid Belgacem, journaliste au quotidien Liberté. 27 novembre, 2016

Posté par docteurboudarene dans : interviews , 1 commentaire

Farid Belgacem, journaliste au quotidien Liberté a réalisé un dossier sur les derniers séismes qui ont secoué la région de Médéa. Dans quelles conditions psychologiques les élèves, candidats au baccalauréat, ont passé les épreuves? Sachant que les sujets ont été durement traumatisés par, d’une part, ce phénomène naturel qu’est le tremblement de terre, et qu’ils sont d’autre part très fortement affectés par la fraude massive qui a entaché cet examen. Ce que j’ai essayé d’expliquer dans cet entretien. Pour des impératifs d’espace, la rédaction du journal a réduit, avec mon accord, la longueur de mon propos. Je livre aux lecteurs de mon blog son intégralité.

1 – Les candidats au baccalauréat 2016 dans la localité de Mihoub, à Médéa, se trouvent toujours dans un état de choc après le séisme du 29 mai dernier. Après une première épreuve déjà très difficile, ils sont appelés à refaire le baccalauréat à Médéa et à Blida, sachant que toutes les écoles de Mihoub ont été détruites. Comment ces facteurs pourraient-ils influer sur les candidats ?

Je ne sais pas si les candidats au baccalauréat, dans cette localité de Mihoub, sont vraiment dans un état de choc. Si c’est le cas, cela veut dire que ces élèves sont en proie à un malaise, à une détresse profonde et qu’ils sont dans l’attente angoissante d’un autre séisme dont l’imminence est proche. Voilà une situation intenable qui ne peut pas ne pas avoir une influence néfaste sur les capacités intellectuelles de ces élèves. Il m’est personnellement difficile d’imaginer comment peut être organisé, dans de telles conditions, un examen aussi déterminant que le baccalauréat, sans risquer de réduire substantiellement les chances de succès de ces élèves.

Faut-il souligner que cet examen est à lui seul un concentré de doutes, d’inquiétudes et de questionnements concernant l’avenir. Le baccalauréat n’est pas une composition ordinaire comme celles qu’un élève subit durant toute sa scolarité. Il est certes une épreuve scolaire qui ouvre au sujet les portes de l’université, mais il est aussi une espèce de passage initiatique, un rite symbolique, qui confère à l’élève un statut différent; il devient adulte. Une étape sociale, un droit d’accès à la maturité. Tous les regards sont tournés vers lui, il est le centre de l’intérêt de la famille, il ne doit pas décevoir. Il est face à un challenge. « Avec le bac en poche », il n’est plus l’élève, l’enfant; il est l’étudiant, l’adulte responsable. De ce point de vue, il n’est pas un hasard si, à l’université, l’initiative de l’organisation du travail est laissée à l’entière appréciation du sujet. Il est « assez grand » pour se débrouiller seul, il n’a plus besoin de la stricte organisation qui caractérise la vie de lycéen. Il a une bourse et gère son budget financier tout seul. Dans certains pays, la Belgique par exemple, le baccalauréat est remplacé par ce qui est appelé un examen de maturité. En outre, en accédant aux études supérieures, le sujet s’engage dans un processus qui fera de lui le citoyen qui a aura pris conscience de l’importance du rôle qu’il aura à jouer pour bâtir son avenir et pour participer l’édification du destin commun. L’échec à cet examen ne lui interdit donc pas seulement l’accès à des études universitaires, il le prive aussi de son entrée dans la communauté des adultes. lire la suite…

Violences faites aux femmes, une interview au quotidien « le Citoyen ». 24 novembre, 2016

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Cet entretien a été réalisé par Samia Acher du quotidien national d’information « Le Citoyen ». Il a paru en date du mercredi 9 décembre 2015, une journée avant l’adoption, par le sénat, du projet de loi criminalisant les violences à l’encontre des femmes.

1 – Quelles sont les causes de la violence envers les femmes ?

Je pense qu’il faut évoquer non pas les causes mais les origines de la violence faites aux femmes. De ce point de vue, celle-ci – la violence faite aux femmes – remonte à l’aube de l’humanité, à partir de laquelle cette violence tire sa légitimité. En effet, à leur origine, les sociétés humaines considéraient la femme comme un bouc émissaire et en faisaient un objet sacrificiel; une violence sacrée qui avait pour objectif de conjurer celles – les autres violences – qui pourraient mettre en danger de disparition la communauté. Si les sociétés humaines ne procèdent plus, de nos jours, au sacrifice de la femme, cette dernière n’en est pas moins le maillon faible. Elle conserve dans l’organisation des sociétés traditionnelles un rang inférieur à celui de son homologue masculin et continue d’être l’objet de toutes sortes de violence plus ou moins apparentes. lire la suite…

Le stress est un problème de salubrité publique 20 septembre, 2016

Posté par docteurboudarene dans : interviews , ajouter un commentaire

 J‘ai envie de donner aux lecteurs de mon blog l’occasion de lire (ou de relire) cet entretien réalisé par Saïd CHEKRI et paru dans le quotidien liberté le 23 juin 2005. Pourquoi? Parce que j’ai le sentiment qu’il colle plus que jamais à l’actualité nationale et qu’il donne un sens et une signification aux convulsions qui traversent notre société. En relisant cette interview, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que tout semble, depuis, s’être arrêté en Algérie. Un arrêt sans doute préjudiciable au regard des « mouvements d’humeur » (un euphémisme?) qui sont quotidiennement observés dans notre pays. Emeutes répétées, grèves, marches, etc., les signes d’un mécontentement généralisé qui a gagné tous les pans de la société.  Des soubresauts ignorés par le pouvoir quand ils ne sont pas carrément objets de manipulation ou de répressionUn peuple malmené par des aléas de la vie, sans doute imposés par une mauvaise gestion des affaires publiques et une gouvernance où l’injustice le dispute à l’incompétence et à l’incurie… Le résultat? Une société stressée qui se défait « sociologiquement » de façon inexorable avec le risque corollaire de l’installation définitive d’un désordre social ou pis que cela d’une situation d’anomie et de la violence qui lui est consubstantielle. Un danger potentiel pour l’avenir du pays. Le lecteur appréciera.

Pourquoi un livre sur le stress? Pourquoi aujourd’hui?
Il y a des centaines, peut-être des milliers, d’ouvrages sur le stress. Hans Selye, le père du concept de stress, a écrit à lui seul plusieurs centaines d’articles sur ce thème. Les progrès réalisés ces vingt dernières années, notamment dans le domaine des neurosciences, expliquent l’engouement actuel pour le stress. Ces progrès ont, sans doute, permis de mieux comprendre comment le cerveau dialogue avec le corps et comment la vie psychique, interface entre le sujet et son environnement, participe au maintien de la santé ou a contrario favorise l’émergence de la maladie. Dans ce livre, j’essaie de mettre en lumière les mécanismes par lesquels l’individu est conduit du « stress de la vie » et de la faillite de ses stratégies d’adaptation à la perte du sentiment de bien-être et à la naissance de la souffrance et par conséquent de la maladie. Je défends aussi l’idée que la santé et la maladie ne sont pas le fait du hasard. L’une et l’autre dépendant en effet étroitement de notre environnement physique et biologique mais aussi de notre environnement social, familial, professionnel, etc. Nous sommes en bonne ou mauvaise santé selon notre façon, propre à chacun, de négocier les événements de la vie. lire la suite…

Enlèvements et meurtres d’enfants: un entretien paru aujourd’hui dans le quotidien El Watan 11 septembre, 2016

Posté par docteurboudarene dans : interviews , 2 commentaires

Cet entretien a été réalisé par Ahcène Tahraoui du Quotidien national d’informations El Watan. Il a paru ce jour 11 septembre 2016.

1 – Les kidnappings et les meurtres des enfants prennent des proportions dangereuses en Algérie.  Comment expliquez-vous la propagation de ce type de crime, nouveau, dans notre société ?

Les enlèvements et assassinats des enfants sont en effet un phénomène nouveau. En tout cas leur répétition doit interpeler la communauté et les autorités publiques. Il se passe sans doute quelque chose dans la société qui n’est pas seulement en relation avec la violence ordinaire. Il s’agit de quelque chose de très grave qui met en danger la paix sociale. Nous ne pouvons pas, en effet, nous contenter de retenir l’idée qu’il s’agit de comportements en relation avec la simple délinquance. Le dernier enfant à avoir été enlevé et assassiné est ce petit garçon de Oum El Bouaghi. Il a été, selon ce que rapporte la presse, tué par sa propre tante. Quelle lecture pouvons nous faire de cet acte abject? Un enfant qui se fait assassiné par un membre de sa famille. Ce n’est pas un fait banal. L’enquête apportera sans doute des éléments d’explication et jettera la lumière sur les motivations qui ont conduit à cet assassinat, mais je peux dire sans risque de me fourvoyer dans des conjectures que l’appartenance familiale, que le lien de filiation, n’ont pas suffit dans ce cas à protéger l’enfant. Cela veut dire que les mécanismes régulateurs et les interdits qui organisent et fondent les relations à l’intérieur de la communauté familiale ne sont plus opérants. Quelque chose de grave s’est produit dans notre société. Appartenir à la même famille ou au même groupe social ne constitue plus une garantie de protection. Un cas de figure que l’on observe ou qui n’arrive que dans les communautés défaites, déconstruites et en proie à une situation de désordre social, d’anomie. La presse s’est régulièrement interrogée à ce sujet et a manifesté – à juste titre – son inquiétude sur la criminalité croissante à l’intérieur des familles. La société algérienne a changé, je crois qu’il est essentiel d’en prendre conscience afin d’apporter avec lucidité les solutions appropriées.

2 – Peut-on connaitre les causes qui contribuent à l’émergence de ces violences à l’égard des enfants ?

La violence ordinaire s’est accrue dans notre société. Une espèce de violence plus spécifique, disons plus orientée, en particulier envers les femmes et les enfants, est apparue depuis quelques années. Un fait qui n’est pas banal et qui doit être décodé. C’est ce que je viens de tenter d’expliquer. Mais si cette criminalité à l’intérieur des familles ou plus généralement dans la communauté concernent plus souvent les enfants et les femmes, c’est parce qu’ils en sont les maillons faibles. Pour des raisons différentes, bien sûr, et qu’il ne me sera pas possible d’expliquer ici. Il est certain que l’enfant est une proie facile qui est à la merci du prédateur potentiel. Un enfant ne peut pas se défendre et peut être abusé en particulier par le délinquant sexuel qui aura jeté son dévolu sur lui. Rien de plus aisé quand la victime est dans la ligne de mire de son bourreau. Les exemples d’enlèvements pour des raisons de pédophilie sont fréquents à travers le monde. Ils sont le fait d’individus antisociaux qui présentent des troubles de la personnalité. Des sujets habituellement identifiés comme des déséquilibrés psychiques qui ne reconnaissent aucune autorité et qui mènent une existence dans la transgression sociale permanente. Ce qui ne les exonère pas de leur responsabilité pénale et sociale. Si cette délinquance s’exprime aujourd’hui plus souvent dans notre société c’est parce que les remparts sociaux qui mettaient à l’abri l’enfant ne sont plus. L’enfant – comme la femme – sont sacralisés dans notre communauté. De toute évidence, ce n’est plus le cas. Les interdits, je le soulignais plus haut, qui servaient de digue protectrice sont tombés facilitant ainsi les comportements de prédation en créant l’opportunité.

3 – Quelles propositions préconisez-vous pour lutter contre ces crimes ?

Il faut que l’ordre social revienne. Pour cela, il faut appliquer la loi et réprimer sévèrement ce type de crime.  Cela est un lieu commun. Le code pénal a été amendé, dans ce sens, avec l’ajout de l’article 293 bis. Mais cela ne suffit pas. Chacun sait que l’ordre social est dans une relation dialectique avec l’ordre institutionnel. Cela veut dire que l’ordre doit revenir aussi dans le fonctionnement des institutions de la République. Cela veut dire aussi que la loi – pour qu’elle soit respectée et opérante – doit s’appliquer pour tous de la même façon. Or, la société assiste depuis plusieurs années à des scandales de corruption et de prévarication des richesses nationales qui ont concerné des responsables d’un haut niveau sans que ceux-ci ne soient inquiétés. Des crimes économiques qui sont restés impunis. Cela fait désordre et n’est pas bon pour l’autorité de l’Etat. L’exemplarité n’est pas un miroir aux alouettes, il est un facteur important, déterminant, pour assurer la pérennité de l’ordre social, par la présence notamment de modèles de probité et de droiture. Force est de constater que l’image que renvoie présentement l’autorité de l’Etat en est loin. Mais il n’y a pas que cela. La concorde civile et la réconciliation nationale ont d’une certaine façon failli et montré des limites dans leur application. Elles ont sans doute laissé dans l’esprit des citoyens, plus à raison qu’à tort, l’idée (la conviction) de l’impunité des auteurs des actes terroristes. Nombreux en effet ceux qui ont été absouts de leurs crimes pour s’être seulement repentis. Bien sûr, si cet épisode de l’histoire récente de notre pays n’a pas encore livré tous ses secrets, il est évident qu’il participe au désordre social qui s’est actuellement emparé de notre société. Si je dois résumer ma pensée, je dis qu’il faut punir sévèrement les auteurs de ces actes mais qu’il est primordial, sinon fondamental, de restaurer l’image d’une justice qui s’applique de façon impartiale pour tous. Le jour où la loi s’appliquera pour les intouchables, ceux qui sont considérés ou qui se considèrent comme tels, quels qu’ils soient, alors l’autorité de l’Etat reviendra et l’ordre social reviendra avec. Les interdits s’érigeront à nouveau dans la conscience  sociale, dans l’inconscient de chacun, et les mécanismes régulateurs sociaux se remettront naturellement en place.

Il est possible de faire de l’école un rempart contre les extrémismes 7 septembre, 2016

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C’est sous ce titre que le quotidien national d’information Liberté a publié – aujourd’hui, 8 novembre 2014 – l’entretien que j’ai accordé au journaliste Mourad Kezzar. Ce dernier, pour la rentrée scolaire, a produit un dossier qui évoque la tentation jihadiste chez les élèves algériens et le risque de voir notre école devenir un lieu de recrutement privilégié. C’est dans cette perspective que j’ai été interrogé et que j’ai essayé de répondre simplement et avec autant de clarté que possible; le thème étant particulièrement délicat et difficile à traiter dans les colonnes d’un quotidien d’information compte tenu des contraintes d’espace. Cet entretien a d’ailleurs été, avec mon accord, réduit par la rédaction du journal.

Voici l’interview telle qu’elle a été publiée.

Q1- Dans les années 1990, le contenu des programmes et l’activisme de certains enseignants et personnels administratifs ont joué un rôle dans le basculement de lycéens dans la violence armée pour le compte des groupes islamistes. Y a-t-il toujours ce risque ? Si oui, pourquoi ?

Oui, je suis persuadé que nous ne sommes pas sortis d’affaire. Je ne veux pas être mauvais augure, mais les années 90 ont laissé des séquelles qui ne sont pas étrangères à la violence qui s’est emparée aujourd’hui de la société algérienne et les circonstances qui nous y ont conduits sont toujours présentes. L’école algérienne a vécu une véritable inquisition et de nombreux élèves ont souffert de cette situation. Des parents ont assisté, impuissants, à une transformation radicale de leur enfant. Un enfant angoissé, à l’affut du moindre comportement du père et de la mère, et terrorisé à l’idée que l’un ou l’autre n’agisse pas conformément aux recommandations religieuses enseignées à l’école. Le port du vêtement, les habitudes alimentaires… tout est scruté par l’enfant, tout est dicté par l’enseignant, le moindre écart est vécu avec culpabilité par la progéniture et quelques fois rapporté à l’enseignant inquisiteur. L’élève est stigmatisé, il porte la honte de sa famille qui est voué aux gémonies. La mort, l’enfer, la damnation…  tout y passe, une épreuve morale terrible pour le jeune enfant. Un harcèlement psychologique en règle, insupportable pour l’esprit encore fragile de ce dernier, mais un matraquage qui fera bientôt de lui un inquisiteur, un persécuteur de ses propres parents. La garantie pour l’élève de retrouver sa place dans la communauté scolaire. lire la suite…

L’émigration clandestine, la « harga », un phénomène qui ne veut pas tarir. 23 août, 2016

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L’émigration clandestine, la harga, ne veut pas tarir. Un phénomène qui signe d’une part l’échec de la politique de répression « concoctée » par l’Etat algérien et confirme d’autre part – ce qui me parait plus important – le revers des différents programmes du président de la République. De toutes les manifestations du désespoir des jeunes algériens (émeutes, suicide, toxicomanies, etc.), le phénomène de l’émigration clandestine est celui qui caricature au mieux la faillite de la gouvernance du pays. Faut-il, en effet, souligner que ce phénomène a fait irruption au moment même où l’Algérie se trouve dans une aisance financière jamais encore observée depuis son indépendance ? Un enrichissement qui dure depuis maintenant le début des années 2000 et qui ne profite pas au citoyen.

« Douze candidats à l’émigration clandestine ont été interceptés par les garde-côtes algériens vendredi au large de Mostaganem a indiqué le commandement des gardes côtes… », un communiqué de l’APS (Algérie Presse Service) du 28 septembre 2013.
« Mardi dernier, 27 candidats à l’émigration clandestine, dont un mineur de 16 ans et un handicapé, avaient été interceptés par une patrouille des garde-côtes, au large des côtes d’Annaba et d’El Tarf », un autre communiqué de l’APS, en date du 24 septembre 2013. Des émigrants qui tentaient de traverser la méditerranée à bord de « deux embarcations artisanales». lire la suite…

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