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C’est un événement traumatisant. 31 octobre, 2017

Posté par docteurboudarene dans : interviews , trackback

Une interview réalisée par Farid Belgacem et qui a paru aujourd’hui 31 octobre 2017 dans le quotidien Liberté.
Le journal est revenu sur les milliers d’étudiants qui ont pris d’assaut les centre culturel français pour passer le test d’aptitude à des études en France.
L’occasion pour réaliser un dossier sur l’université algérienne.

Les images auxquelles nous avons assisté dimanche dernier devant le Centre culturel français d’Alger, où des centaines d’étudiants se bousculaient devant le portillon pour obtenir un visa d’études, a soulevé une vague d’indignation et constitue un véritable traumatisme psychique collectif. Quel constat faites-vous à première vue ?

Ce que nous avons vu dans ces images est hors du commun, un événement traumatisant par son ampleur et qui soulève l’indignation par sa signification. Comment peut-il en être autrement? Une situation qui ressemble à un véritable exode. Les jeunes algériens veulent quitter en masse ce pays, pourquoi? C’est la question qu’il faut se poser. Le désir de faire des études n’explique pas à lui seul cette Harga massive. La réalité est que nos jeunes aspirent au bonheur et dans leur pays il leur est inaccessible. Ils veulent vivre dans des contrées normales où le travail et la compétence sont  des valeurs reconnues. Leur pays ignore le mérite, il célèbre la ruse et l’imposture et en fait les seuls arguments pour accéder à l’ascenseur social. Les jeunes algériens ont besoin d’espérance, cela leur est interdit sous le ciel d’Algérie. Ils veulent prendre part à la responsabilité, ils ne le peuvent pas. Ils veulent participer à la prise de décision et à la construction du destin commun, les portes leur sont fermées. Leur avenir est fait de désillusions. Ils cherchent un ailleurs où les promesses d’un avenir radieux sont possibles. Les algériens veulent rêver, ils veulent l’égalité des chances et la justice, ils veulent du travail et la liberté, en somme ils demandent à avoir une vie normale. Tout cela ne leur est pas permis dans leur pays. Ils vont le trouver sous d’autres cieux, en France et en Occident. Des pays où le bonheur n’est pas une chimère.

Au-delà du rêve auquel aspirent des milliers d’étudiants algériens, ne pensez-vous pas qu’il s’agit d’une déchéance de l’université algérienne, et, partant, d’une fuite massive provoquée de la matière grise ?

L’université algérienne est dans un état de délabrement avancée, tant sur les plans scientifique et pédagogique que du point de vue de la vie sociale des étudiants. Ce n’est un secret pour personne et les autorités le savent très bien. Les étudiants ne reçoivent pas l’enseignement qui leur est dû et leurs conditions de vie sociale sont indignes. La qualité de l’enseignement est médiocre et les diplômes qui sont délivrés en fin de cursus sont déconsidérés. Ils ne sont pas reconnus ailleurs dans le monde et notamment chez nos voisins de l’est et de l’ouest. Ce qui est lamentable. Quant aux conditions de vie dans les campus, elles sont simplement scandaleuses. Elles humilient l’être humain qu’est l’étudiant et déshonorent le futur cadre de la nation. Bourse insuffisante, restauration improbable, hébergement dans la promiscuité… Tout est réuni pour dégrader l’image de l’étudiant,  réduire à néant ses espérances et faire de lui un fuyard. Vous ajoutez à cela les fraudes, les plagiats et la prise en otage de l’université par le pouvoir avec l’obligation d’allégeance pour accéder à la responsabilité – le népotisme et les passes droits y sont la règle -, vous faites de cette institution un repoussoir. Ni l’étudiant, ni l’enseignant ne souhaitent travailler dans de telles conditions de déchéance. Ils s’en vont.

Ces images interviennent à la veille de la célébration du 63ème anniversaire du déclenchement de la guerre de libération nationale. N’est-ce pas là une altération du message des étudiants martyrs qui rêvaient d’une relève pour mieux gouverner l’Algérie ?

La révolution algérienne est loin. Elle est loin aussi dans l’esprit des jeunes que nous avons vu sur ces images. En réalité, ils ne la connaissent qu’à travers le discours des responsables qui dirigent aujourd’hui ce pays et, en l’occurrence, ces derniers sont à leurs yeux de mauvais modèles qu’ils rendent responsables de la situation désastreuse dans laquelle ils se trouvent. Les jeunes étudiants qui se sont sacrifiés pour que l’Algérie soit libre ont été oubliés et leur sacrifice occulté par ceux là même qui ont confisqué l’indépendance et mener la nation à cet état de dévastation. S’il y a un message que ces étudiants veulent délivrer – cette veille du premier novembre -, c’est celui de leur défiance vis à vis des autorités de ce pays, leur ras le bol de la légitimité historique et leur rejet de tout ce que ces responsables peuvent représenter. Ils disent aussi, clairement, l’échec lamentable de leur gouvernance et l’état de détresse vers lequel celle-ci a conduit la jeunesse algérienne.

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