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A propos des harragas: correspondance avec une universitaire française. 9 juin, 2017

Posté par docteurboudarene dans : autres écrits , trackback

Le problème des harragas se pose toujours avec autant d’acuité et est, corrélativement avec les problèmes que vit la jeunesse algérienne, plus que jamais d’actualité. – Parce que ce phénomène s’est accentué cet été et a fait quotidiennement l’objet d’écrits dans la presse nationale sans que les pouvoirs publics ne s’en émeuvent outre mesure et ne soient capables d’apporter  de solution autre que la répression. – Parce que le désespoir des candidats à l’émigration clandestine est tellement grand qu’ils refusent « activement » d’être arraisonnés par les gardes côtes. Faut-il rappeler en effet qu’un groupe de harragas, interpellé en haute mer, a jeté son embarcation contre la vedette des gardes côtes. Il y a eu deux morts dans cet accident. – Parce que les parents ont interpellé avec détermination l’Etat pour qu’il trouve de vraies solutions aux vrais problèmes de leurs enfants.

Il est indispensable de rappeler aux lecteurs que trois rencontres ont été initiées, depuis deux ans environ, par les pouvoirs publics – dont une par le Président de la République – pour réfléchir (?) aux problèmes réels de la jeunesse algérienne… sans lendemain.

Pendant ce temps, à l’étranger, des universitaires planchent sur ce phénomène qu’ils essaient de comprendre de leur point de vue, c’est-à-dire du point de vue du pays d’accueil et des législations en vigueur. Mais ils essaient également de comprendre le drame des harragas de l’autre point de vue, c’est-à-dire des motivations profondes qui amènent le sujet à se jeter dans cette aventure incertaine.

C’est dans cette perspective que Anne Marie MAISONNEUVE s’est intéressée à ce qui s’est écrit en Algérie sur ce drame humain, véritable, et qu’elle m’a adressé cette correspondance, que je livre à mes lecteurs. Je rappelle que j’ai écrit, à ce sujet, plusieurs contributions dans le quotidien national El Watan (rubrique « idées-débats »). Ces contributions peuvent être retrouvées dans mon blog (rubrique « articles de presse »).

- suicide, toxicomanie, harraga, jeunesse et désespérance

- jeunesse et loi de finances 2008

- harraga, délinquance ou quête du bonheur

- les jeunes, ces oubliés du plan d’action du Président

Voici mes échanges épistolaires avec Anne -Marie MAISONNEUVE.

Je ne la présente pas volontairement aux lecteurs. Elle s’en charge elle-même dans cette correspondance.

Docteur,

Je travaille beaucoup sur le thème des harragas à travers deux projets :

- le premier, sur lequel je travaille depuis 2 ans, est le récit autobiographique d’un maghrébin de 32 ans qui a fait 3 traversées : 1990 (tentative échouée), 1991 et 1998 (trois mois après avoir été expulsé d’un pays voisin de la France en 1997). En 18 ans de clandestinité, essentiellement en France, il a vécu une longue descente aux enfers sans parvenir pour autant à envisager un retour dans son pays. Ces dix dernières années, il a totalisé plus de huit années de prison (la moitié au seul motif de son séjour illégal, l’autre pour séjour illégal + délits mineurs liés à la précarité), 31 ans d’interdictions de territoire cumulées, sans compter une dizaine de passages en centre de rétention administrative (soit environ 4 mois d’enfermement supplémentaires). Actuellement, il est à nouveau en rétention et dans une impasse toujours aussi totale. Il n’est pas totalement brisé, ce qui révèle une certaine force compte tenu de ce qu’il a vécu, mais en grande souffrance. Son avenir est très incertain, il ne connait ni la société française (à laquelle il n’a jamais eu accès malgré 18 ans de présence) ni celle de son pays (dont il est parti très jeune).  

- Le deuxième est un mémoire bien plus généraliste destiné à aborder, de manière globale, le phénomène des harragas. Cette forme d’immigration est relativement marginale en France (90 % des migrants illégaux sont entrés avec un visa tourisme et parmi les 10 % restants, tous n’ont pas traversé la Méditerranée) mais suffisamment spectaculaire et symbolique pour justifier, aux yeux des états-nations, une répression très dure. Réalisé dans le cadre d’un certificat d’écologie humaine préparé à l’université de Bordeaux, ce mémoire servira de base, je le souhaite, à un documentaire sur ce même sujet.

M’autorisez-vous à vous citer, dans le cadre du mémoire, sous la forme suivante (relevée sur votre blog)? Pas de cinéma, pas d’infrastructures sportives, pas d’espaces culturels… « La misère culturelle, fait encore plus de dégâts que la misère sociale constate leDocteur Boudarene, psychiatre et député algérien:« L’un se réfugie dans la drogue pour oublier, l’autre se jette à l’eau pour s’en aller, celui qui est révolté s’attaque à la société et le plus désespéré met fin à ses jours. »

« Sur 100 élèves inscrits en première année primaire, seuls 5 arrivent à terminer leurs études universitaires. Tous ceux qui sont rejetés par le système scolaire viennent grossir le contingent des personnes qui sont déjà dans la rue et/ou les files d’attente sur le marché du travail… Ils s’accrochent à leur rêve d’un ailleurs idéalisé et forcément meilleur : Je sais que j’ai une chance sur mille… Mais si je reste, j’ai zéro chance. »

« Les sujets sans qualification, grandes victimes de la « mal vie » et « laissés pour compte », tournent le regard vers un occident mythique qui ne veut pas d’eux, ils rêvent. Leur vie est dans un ailleurs inconnu, imaginé, fantasmé et pour finir presque familier. »

J’aimerais aussi vous demander quelques précisions :

Quelles images ont-ils de cet occident devenu familier ?

Vous citez les vidéos qui circulent sous le manteau de harragas montrés comme des héros, de jeunes montrant qu’ils ont réussi, non seulement à accoster, mais aussi à obtenir des papiers. Dans le cas de la France, Il est devenu très difficile, quasiment impossible, pour un harraga, d’obtenir des papiers. N’y a-t-il pas des témoignages montrant l’impasse dans laquelle se trouvent coincés l’immense majorité des harragas lorsqu’ils sont en Europe ?

Les expulsés témoignent-ils et si oui, sont-ils entendus ? Quel regard porte sur eux la société algérienne ?

Plusieurs personnes m’ont parlé du Mektoub. On peut considérer que les jeunes qui font la harga bravent le destin. On peut aussi considérer qu’ils en sont victimes en ce sens où ils sont persuadés de ne pas avoir le choix. N’y a-t-il pas un rapport ambivalent des harragas avec le mektoub ?

Quand on parle des harragas, on parle aussi d’Annaba,  souvent citée comme « capitale des harragas ». Mais d’où viennent t-ils ?

Ce phénomène engendre t-il des répercussions socio-économiques, voire environnementales dans la ville d’Annaba, ou dans des zones « d’exode » ?

Je vous remercie infiniment de vos réponses et vous prie d’accepter, docteur, mes salutations les meilleures.

En court extrait, les dernières lignes du récit autobiographique d’un harraga

Pour ceux qui n’ont pas de papiers, il n’y a ni  liberté, ni fraternité, ni égalité. On quitte notre pays, avec des rêves de paradis plein la tête. On brûle tout : les frontières, notre passé, notre nom… on est même prêt à nous brûler nous-mêmes parce qu’on s’imagine qu’on n’a plus rien à perdre. C’est pour ça qu’on nous appelle les harragas, ceux qui brûlent. On débarque en Europe, on se dit qu’on a la chance d’être arrivés vivants, on a le cœur qui bat et qui parfois s’emballe, mais en vérité, on n’est plus personne. Combien de parents pleurent en imaginant leurs enfants dans la mer, coulés, noyés dans la souffrance et dans la fin de leurs rêves de France ? Combien d’entre-nous survivent comme ils peuvent avec le stress, l’angoisse et la peur ? On est encore vivants, mais pas tout à fait morts, et on continuer d’espérer, on cherche à se persuader qu’un jour ça finira par s’améliorer, mais plus les années passent et plus on se consume. Pour finir, on meurt à petit feu et c’est pire que de brûler d’un coup.

Jamais je n’aurais imaginé ces huit jours dans la mer. Jamais je n’aurais imaginé vivre dans la rue et ces dix ans prison. Jamais je n’aurais imaginé cet enfant, mon fils, qui n’a pas connu son père. Al harga wala hogra. Mieux vaut brûler qu’être humilié. Je rêve de ne plus rêver.

Anne Marie Maisonneuve

Bonsoir,

Bien sûr que vous pouvez utiliser ce que j’ai écrit sur les harragas. Le texte que vous avez lu sur mon blog a été publié dans un quotidien algérien d’information en langue française. Il est donc du domaine public et peut être cité. Cela ne peut que me flatter. Je  vous en remercie.     
Vous me demandez un certain nombre de renseignements. Je vous les donnerai avec plaisir si vous pouvez me donner un peu de temps. Je suis en ce moment  un peu débordé par des tracas domestiques survenus juste après mon retour de vacances… et que je suis en train de régler. Rien d’important, cela ne devra pas durer.  Vous faites ce travail dans quel cadre. Vous êtes psychologue? médecin? autre?… Pour mon information, sans plus.               
 Bien à vous.  
Dr Boudarène          

Bonjour,

Merci pour votre réponse. J’espère que vous règlerez vos problèmes sans trop de difficultés. Pour  ma part, une réponse d’ici une dizaine de jours serait parfaite. Après, ce sera plus difficile car je dois rendre mon mémoire sur les harragas en septembre.
Je ne suis pas psychologue ou médecin, plutôt issue du monde de la communication (institutionnelle,publicitaire, éditoriale, événementielle…) mais je m’intéresse beaucoup à l’homme dans son environnement au sens large. Mon travail en agence de communication, tel que je devais le pratiquer, ne répondait plus à mesaspirations et j’ai repris des études, en l’occurrence le certificat international d’écologie humaine (diplôme de 3° cycle sous l’égide de l’OMS) à la faculté de Bordeaux. Par ailleurs, je suis auteur de romans et de livres documentaires pour la jeunesse et les adultes ; je réalise aussi quelques articles et reportages pour la presse magazine.         
Interpellée par la politique des quotas en France, j’ai publié en mars 2008 le livre « Paroles clandestines, les étrangers en situation irrégulière en France » chez Syros en partenariat avec la Cimade (association intervenant dans les centres de rétention). J’ai découvert, à cette occasion, la situation kafkaïenne des « ni-ni » (ni régularisables, ni expulsables) : ni régularisables car ne répondant à aucun des critères permettant une quelconque régularisation, parfois sous le coup d’une interdiction de territoire ; ni-expulsables (par exemple parce qu’ils appartiennent à la fois à une catégorie protégée et interdite de territoire, qu’ils sont issus d’un pays où ils ne peuvent être effectivement reconduits, qu’aucun laissez-passer consulaire ne leur a été délivré…).      
De fil en aiguille, peut-être aussi parce que je suis sensible aux problèmes identitaires, je me suis intéressée aux migrants qui ne divulguent pas leur identité pour ne pas être expulsés. Quels blocages suffisamment puissants peuvent justifier le cycle infernal dans lequel certains sont entrés depuis des années : rétention, remise en liberté sans autorisation de rester en France (donc jusqu’au prochain contrôle), prison, rétention, remise en liberté, prison… ? C’est le cas de Karim, qui avait témoigné pour moi en 2007 et qui, par ailleurs, ressentait le besoin de se confier, son cœur étant « rempli » après des années de silence ». Le projet de récit autobiographique en a naturellement découlé, un projet complexe en raison des périodes d’enfermement dont il fait régulièrement l’objet et des troubles qu’il a développés, mais qui l’aide à redonner un sens à sa vie… Je ne suis pas sûre pour autant que cela suffise à le tirer d’affaire.  
Je me suis aussi interrogée sur le sens d’un discours politique qui stigmatise l’immigration irrégulière à travers l’image inquiétante des clandestins, et notamment celle des « cohortes d’Africains (du nord et sub-sahariens) miséreux et sans instruction à l’assaut des plages d’Europe », une image très présente dans l’imaginaire français alors que 90 % des migrants en situation irrégulière (estimés entre 200 000 et 400 000) sont entrés en France avec un visa tourisme (beaucoup moins photogénique, il est vrai, qu’un bateau de naufragés) et que les 10 % restants ne sont pas tous des harragas. Au regard des 4,9 millions d’immigrés légaux en France, les clandestins, et notamment les harragas, représentent un phénomène marginal. Il l’est encore plus si on le compare au rapport des Nations Unies qui a chiffré les besoins globaux des pays européens à 159 millions de personnes d’ici à 2025 (le besoin estimé pour la seule France étant de 760 000 nouveaux immigrés par an). Il y a dans ce combat, qui occupe le cœur du débat politique, quelque chose d’irrationnel. La harga et la lutte contre l’immigration irrégulière ont dans le fond un point commun : un aspect spectaculaire et hautement symbolique. L’une remet en cause, de manière provocante, l’ordre établi ; l’autre tente de préserver, de manière tout aussi provocante, la souveraineté d’États nations inquiets par les bouleversements en cours et à venir. Je m’intéresse donc aux harragas à travers un cas individuel et une étude plus généraliste. Cette double approche est tout à fait intéressante. Le mémoire me sert aussi de base de travail pour réaliser un travail plus journalistique. Il existe en effet un certain nombre de réalisations du point de vue algérien, mais peu de travaux abordant ce thème en France.           

 Espérant avoir répondu à votre interrogation.         
 Bien cordialement.   Anne Marie Maisonneuve-de Sauvage, auteure sous le nom de Virginie Lydie.

Bonjour, 

Vous faites un travail passionnant et j’avoue que je suis admiratif devant la quantité de travail que vous fournissez pour tenter de répondre à toutes ces questions qui concernent notre monde d’aujourd’hui. Notamment à tenter de donner un sens à ce besoin indispensable, presque atavique (?), qu’éprouvent les individus des pays du sud à aller, contre vents et marées (!), vers le nord. Où on y vit mieux. Bien sûr, ce mieux est difficile à définir. Il est un tout qui contient, avec des dosages plus ou moins variables selon les sujets, toutes sortes de besoins et de désirs plus ou moins vrais, plus ou moins imaginaires. Manger à sa faim, satisfaire des manques et combler des privations (besoins matériels), recherche de liberté, de démocratie…

Vous savez, cette migration des gnous (pardonnez moi cette comparaison) que rien n’arrête. Ni les fauves qui attendent patiemment dans la savane le passage de la harde, ni les crocodiles qui se regroupent dans le fleuve pour la curée…       
Ce qui se passe aujourd’hui en Algérie avec les harragas me rappellent étrangement cette migration. A l’approche de l’été, elle s’intensifie pour constituer de véritables « boats people » que rien n’arrête. Ni les dangers de la mer, ni les lois qui viennent d’être votées et qui punissent sévèrement les auteurs de ce « délit », encore moins les patrouilles permanentes de gardes côtes qui écument les eaux territoriales algériennes.      
Beaucoup de jeunes harragas disent qu’ils ne veulent plus vivre dans l’humiliation quotidienne. C’est pourquoi ils veulent partir. Là où il est possible de vivre dignement mais surtout là où il leur semble qu’il y de la justice et que l’individu n’est pas méprisé. L’Occident est rentré dans tous les ménages grâce à la télévision satellite. On y voit l’aisance matérielle, on y regarde quotidiennement le bien-être dans lequel baignent les citoyens de cette partie du monde. On y entend aussi que les droits de l’Homme sont respectés et que la dignité humaine et la Liberté sont sacrées.          
Plus prosaïque est la facilité à accéder aux bien matériels. Tous ces jeunes qui veulent partir ont comme exemple, un cousin, un voisin… qui a réussi là bas et qui revient chaque été au pays avec voiture, cadeaux, argent, etc. L’algérien sait qu’il est possible de réussir là bas pour peu qu’il travaille.
Il est vrai que beaucoup d’algériens sont partis avec des visas et y sont restés clandestins. S’il s’agit là d’une situation pour le moins difficile, parce que ces personnes restent plusieurs années sans revenir au pays, il reste qu’ils arrivent à vivre décemment de leur travail et à subvenir aux besoins de leurs familles restées au pays.  
Il y a un grand nombre de harragas qui ont réussi à arriver sur les côtes espagnoles ou italiennes et à rejoindre des relais sociaux (cousins, voisins, amis) qui les ont pris en charge sans que les autorités de ces pays ne s’en rendent compte. Personne ne sait depuis quand ils sont là. Et eux ne disent pas qu’ils sont rentrés en harraga.           
Pendant des années, des individus ont utilisé cette voie pour émigrer sans que personne ne s’en rende compte ou ne s’en soucie. Du moins en ce qui concerne l’Algérie. Ce phénomène a pris de l’ampleur depuis trois ou quatre ans et est devenu plus visible. Vous savez, aujourd’hui, l’Algérie vit une hémorragie. Tous les jeunes veulent partir. Ce sont tous des harragas potentiels. Et partir clandestinement, avec un visa de séjour ou une autorisation de vivre dans le pays d’accueil, ne changent pas grand chose. C’est ce désir de fuir dont il faut tenir compte et de notre point de vue d’algérien, c’est cela qui est inquiétant.          
Il est évident que de nombreux harragas se sont retrouvés dans l’impasse et que certains ont du être expulsés. Ce n’est que partie remise et cela ne décourage nullement les candidats au voyage. Même ceux qui ont échoué sont prêts à recommencer. Ils ne vivent pas leur échec comme une humiliation mais généralement comme une épreuve qu’ils ont perdue, sans plus.
Chacun pense que son destin ou sa chance ou encore sa combativité et sa détermination le mèneront, lui, vers la réussite. Vous pensez bien que l’échec d’une personne ne peut en aucun cas cacher le succès de tous ceux qui ont réussi.
La relation au Mektoub (le destin) est très élastique mais surtout conjoncturelle et très intéressée. Le désir de tenter l’aventure est un choix volontaire sans aucune relation exprimée avec le Mektoub. Le sujet est dans la logique du contrôle de son avenir et de son destin. Il pense que c’est lui qui va le faire (son avenir) et que tout dépend de ses capacités, de sa détermination et de sa volonté à réussir. Je crois d’ailleurs que c’est pour cela que le harraga ne se résigne pas et qu’il est prêt à prendre tous les risques. Il a compris que la vie qu’il mène en Algérie n’est pas une fatalité et qu’il peut agir. La référence au Mektoub intervient quand le sujet a échoué, qu’il est vaincu par le découragement et qu’il a perdu le contrôle. Peut être aussi pour ne pas assumer la responsabilité du non succès de son entreprise. « Je n’ai pas réussi, ce n’est pas ma faute, c’est le destin qui l’a voulu ». Une façon comme une autre d’amortir le désarroi généré par la situation.          
Peut être aussi, une façon très intéressée (?) de rejeter la responsabilité de son acte (au regard de la loi) sur une force extérieure qui lui a commandé de commettre le délit!!!…
Annaba n’est pas loin des côtes italiennes. C’est pourquoi c’est de cette ville ou de sa région que les algériens embarquent pour partir. Les candidats au départ ne sont pas tous de la ville. Beaucoup viennent d’ailleurs. Il en est de même concernant les villes d’Oran ou de Mostaganem, qui sont à l’ouest du pays et qui ne sont pas loin des côtes espagnoles.       
Toutes les régions du pays sont concernées par ce phénomène. L’impact économique sur le pays est insignifiant. C’est l’Algérie qui ne donne pas beaucoup d’espoir à ses enfants. 70% des algériens ont moins de 30 ans, soit 25 millions. 12 millions sont en âge de travailler. Le taux de chômage officiel est de 10% mais chacun sait ici qu’il est réellement autour de 30% et peut être plus. Les perspectives sont bouchées pour tous ces jeunes qui veulent partir. Toutes les perspectives. Le travail permet à l’individu de recouvrer sa dignité et sa liberté. C’est le premier besoin, un besoin élémentaire. L’Algérie ne veut pas l’offrir à ses enfants. C’est pourquoi ces derniers ne l’aiment plus et qu’ils veulent la quitter.
Voilà, j’espère que j’ai répondu à votre attente. Bonne lecture.    
Si je peux encore vous être d’un quelconque secours, n’hésitez pas.        
Merci pour ce que vous faites.         
Bien à vous.   
Dr Boudarène            

NB: Vous trouverez dans mon blog, des textes que j’ai publiés dans la presse nationale et qui parlent un peu de la jeunesse algérienne et de ses problèmes (rubrique article de presse).       

Bonjour,

Merci beaucoup pour ce mail qui répond parfaitement à mes attentes.       
Je vais passer quelques jours en Tunisie pour voir l’homme dont je faisais le récit autobiographique. Il a été expulsé en Tunisie et le retour est d’autant plus dur qu’il était très fragilisé (conduites addictives plus ou moins élevées selon les périodes d’angoisse, un premier diagnostic évoquant un stress post-traumatique et un trouble de la personnalité de type borderline avait été posé, le doute sur un trouble bipolaire planait en sus… Le tout sur fond de multiples tentatives de suicide impulsives). Il n’a pu bénéficier d’un suivi psy que tardivement, il y a moins d’un an, et de manière très brève car interrompu par les emprisonnements et maintenant l’expulsion.     
Son cas n’est pas isolé. Taire son identité évite l’expulsion à court terme, mais c’est, sur le long terme, la plus mauvaise des solutions pour rester en France. A partir du moment où il y a une interdiction de territoire français (ITF), c’est foutu car la personne est sur les fichiers de recherche de la police et passe systématiquement au tribunal en cas de contrôle. Elle vit traquée : prison, rétention, remise en liberté sans avoir le droit de rester en France, donc libre mais traquée… Pour ceux qui sont isolés (ou qui tombent dans l’isolement), c’est dramatique. Les proches, quand ils existent se désolidarisent car ils ont peur de se voir retirer leur titre de séjour. Même les Français ont peur de poursuites pour « délit de solidarité ». Il y a un risque réel de tomber dans la grande exclusion. J’ai entendu plusieurs clandestins dire que s’ils avaient su, ils ne seraient pas partis, mais ils n’arrivent pas à rentrer pour autant.
Je vous recontacterai avec plaisir si j’arrive à mener à bien le projet de reportage.
Avec tous mes remerciements.         

Anne-Marie Maisonneuve-de Sauvage     


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