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Changement et Démocratie, à quand le tour de l’Algérie ? 9 janvier, 2017

Posté par docteurboudarene dans : articles de presse , trackback

Je livre aux lecteurs du blog une autre version du texte précédent « Changement et démocratie en Algérie? Une nécessité en marche. » Cette contribution a été envoyée au quotidien El Watan, pour publication il y a environ 15 jours. Elle n’a pas encore été publiée. Compte tenu de l’évolution des événements, il me semble qu’il faut l’actualiser. C’est pourquoi j’ai fait cette nouvelle mouture, que j’ai proposée pour publication au quotidien d’informations Liberté. J’espère que les lecteurs de ce blog y trouveront quelques satisfactions. 

Changement et Démocratie, à quand le tour de l’Algérie ? (article publié dans le quotidien national Liberté du lundi 28 mars 2011)
Une question qui suscite l’espoir pour un véritable changement dans notre pays mais qui soulève aussi l’inquiétude légitime des lendemains incertains. Les nouvelles qui parviennent des pays voisins, en particulier de la Libye, ne sont pas pour rassurer. Est-ce pour cette raison que la fièvre de la contagion n’a pas encore atteint le peuple algérien et que « la mayonnaise de la contestation n’a pas pris » ? En partie, sans doute.

Pour autant, tous les ingrédients sont réunis pour que l’Algérie quitte le cycle de la violence des émeutes « alimentaires », qui émaillent la vie sociale depuis plusieurs années, pour s’inscrire à son tour dans ce mouvement de la revendication politique qui a gagné tous les pays arabes. La misère sociale a enfermé les sujets dans le désespoir tandis que le verrouillage des espaces d’expression leur a interdit toute possibilité d’épanouissement personnel et la manifestation de leur libre arbitre. Une situation qui a fait de l’algérien non pas un citoyen mais un sujet, moralement désarmé. Un projet savamment entretenu par le pouvoir.

Le jeune algérien est particulièrement victime de cette logique. Avec ou sans diplôme, il est vite happé par la rue et va grossir le contingent des personnes qui sont dans les files d’attente, déjà largement encombrées, du marché de l’emploi. Il sait qu’il n’aura pas de travail. Autour de lui, frères et sœurs, voisins, ou encore amis, sont dans la même situation.

Son futur émarge d’emblée dans la pauvreté. Prétendre à un logement, une voiture, des voyages, des loisirs…  un rêve impossible. Les espaces culturels sont inexistants. Il n’y a pas de cinéma, de théâtre et il n’y a pas de lieux pour l’exercice du sport. L’oisiveté est l’occupation quotidienne et le recours à la consommation de drogues constitue habituellement le seul moment d’évasion. Haschich, alcool et psychotropes sont les artifices utilisés pour oublier ou pour s’offrir un instant de bonheur, l’illusion éphémère d’un bien-être. La misère culturelle, il faut bien le dire, fait encore plus de dégâts que la pauvreté.

Mais il n’y a pas que cela et si le jeune algérien mène une vie de privation de toutes choses et a une grande soif de plaisirs, il aspire aussi à plus de liberté et veut participer à la construction de son destin et de celui de ses concitoyens. Il est mis à l’écart de la vie sociale, c’est une certitude, mais il est également exclu de la vie politique. Les pouvoirs publics le tiennent éloigné des décisions qui engagent son avenir. Ils restent sourds à ses appels et ne veulent pas entendre sa détresse. Le pouvoir politique a toujours fait dans le déni de la réalité et n’a pas voulu voir les changements survenus dans la société. Il a assis son pouvoir exclusivement sur la génération qui a libéré le pays et a ignoré celle (la génération) de l’après guerre. Un peu plus de 90% des algériens sont nés après 1962, ils ont l’âge de l’indépendance et n’ont pas connu la guerre. Toute cette population – tout le peuple ( ?) – a été marginalisée et injustement exclue de la décision politique, au seul profit d’une famille révolutionnaire insatiable et qui a régné, sans partage, sur le pays.

Le jeune algérien a la conviction qu’il n’a pas d’avenir dans son pays. Il sait que ses connaissances sont inutiles et que sa détermination à vouloir entreprendre n’a aucun sens. Il souffre parce qu’il n’a pas la liberté de faire des choix et d’exercer son libre arbitre. Il est malheureux parce qu’il a forgé la certitude qu’il n’a pas l’initiative sur son destin et qu’il ne peut pas se réaliser dans son pays. Il est désespéré parce qu’il a conscience que son bien être n’est pas la préoccupation des pouvoirs publics et que l’Etat n’a pas de projet pour lui. Il est dans une impasse, il est pris au piège, son destin et son avenir sont compromis. Un constat pessimiste, sans doute, mais une indéniable réalité nationale.

Additionnées, la misère sociale, l’injustice et l’exclusion créent un concentré de désespoir, de ressentiment et de haine… Voici fabriqué le terreau où se recrutent les comportements extrêmes, où la violence prend racine avec la menace que celle-ci fait peser sur la paix sociale.

Pour autant, l’Algérie n’a jamais été aussi riche. Des recettes des hydrocarbures plus que confortables et une paillasse de 170 milliards de dollars de réserves. Un bas de laine qui ne profite pas aux citoyens. Moins de 1% (un pour cent) du budget de l’Etat est consacré annuellement aux loisirs et au bien-être de la jeunesse.

Le pouvoir a donc l’argent mais il n’a pas les bonnes idées pour donner du bonheur au peuple et surtout pour redonner de l’espoir aux jeunes générations chez lesquelles gronde une révolte qu’il ne sera pas possible de contenir trop longtemps. Les émeutes et les contestations sociales de toutes sortes sont quotidiennes.

Près de 10000 jacqueries ont émaillé, durant l’année 2010, la vie sociale en Algérie.  900 par mois. Un chiffre effarant! Bien sûr, cela fait désordre et l’Etat, plus à tort qu’à raison, réagit d’abord par la répression – pour faire valoir l’ordre institutionnel -, puis il cède à la pression de la rue… pour s’offrir la paix sociale. Les affrontements avec les services de sécurité sont devenus une règle. Les jeunes émeutiers et les services de sécurité ont fini par bien se connaître, ils sont devenus  des belligérants presque naturels. La violence et l’émeute sont la réponse collective au désespoir de l’individu, quand la collectivité se reconnaît dans la détresse de chacun. Une façon de s’exprimer qui constitue, aujourd’hui, le canal officiel privilégié par les citoyens pour « prendre langue » avec les autorités. Et ça marche… l’Etat délie la bourse, il en a les moyens, et nombre de revendications sociales sont immédiatement satisfaites.

Un « deal » qui pervertit le fonctionnement des institutions de la République, un laisser-faire évident et un dangereux recul de l’autorité de l’Etat, une erreur tactique qui prend en otage l’ordre institutionnel et compromet à terme l’ordre social. Pour autant, c’est cela qui semble, aujourd’hui, souhaité par les pouvoirs publics. Pourquoi ?

Parce que ces révoltes, qui n’ont jusque là aucune revendication politique clairement exprimée, sont autant de soupapes de sécurité qui réduisent la pression sociale et retardent momentanément (?) la survenue de l’insurrection généralisée … de la révolution. Chacun sait que les révolutions sont subversives et qu’elles sont toujours portées par l’aspiration au changement et à la liberté. Ce que ne veut pas le régime algérien. En particulier, parce que se dresse, aujourd’hui, le spectre de la contagion par les soulèvements des peuples voisins. Au mieux, le syndrome tunisien ou égyptien gagnera l’Algérie ; au pire, c’est ce qui se passe en Libye qui tentera la rue algérienne, avec les graves conséquences que l’on connaît.

Deux scenarii qui ne sont certainement pas, ni l’un ni l’autre, du goût du pouvoir politique qui nous dirige. Un risque qui est cependant pris très au sérieux au plus haut sommet de l’Etat puisque des mesures sociales urgentes sont décidées et des promesses de changement et de réformes politiques sont formulées. Des décisions qui occultent les vraies aspirations citoyennes et qui n’abordent pas les réels problèmes politiques auxquels est confronté le pays depuis plusieurs années. Des mesures destinées à la consommation interne et dont l’objectif est d’apaiser un front social en ébullition ; en réalité des décisions dont le but essentiel est de rassurer une opinion occidentale très inquiète quant à  l’avenir de ses approvisionnements énergétiques. Le conflit Libyen coûte déjà très cher aux consommateurs occidentaux. Il ne faut surtout pas que l’Algérie soit tentée par la même aventure. C’est pourquoi le satisfecit des USA et de l’Union européenne est vite parvenu pour réitérer leur soutien aux réformes promises par le pouvoir. « Le Royaume Uni n’a pas d’amis et n’a pas d’ennemis, il a des intérêts ». Un propos de Winston Churchill qui s’applique tout à fait pour la circonstance.

Pour autant, le peuple algérien semble, pour l’instant, ne pas être séduit par les expériences de nos voisins. « La mayonnaise ne prend pas », probablement parce que les revendications des peuples voisins n’entrent pas en résonnance avec les préoccupations de nos concitoyens. Les expériences tunisienne, égyptienne ou libyenne ne sont pas, pour des raisons sociologiques et pour des considérations politiques propre à chacun des pays, des modèles « prêts à porter » qui peuvent être importés chez nous ; ou des prototypes qu’il est possible de « copier/coller ».  De plus, chacun, ici, a encore fraichement en mémoire le souvenir d’octobre 1988, avec ses tourments et ses espoirs déçus. Une révolution démocratique qui a été dévoyée et qui a enfanté de la barbarie terroriste de ces vingt (20) dernières années. Un traumatisme qui a laissé des blessures psychiques encore béantes. C’est pourquoi la rue algérienne a préféré, plutôt, s’engouffrer massivement dans les revendications sociales. Marches et sitting se multiplient. Chacun sait ce qu’il veut et les exigences sont, aux yeux de tous les protestataires, légitimes et moins porteuses de risque. Les exigences et les besoins étant différents, les revendications se font en rangs dispersés et la fédération des énergies n’est pas possible. Une aubaine pour le pouvoir.

En réalité, la montée de la contestation politique est confrontée à la même logique de dispersion. La pléthore de sigles – association, commission, front… -, inconnus jusque là, qui appellent au changement du régime ne rassurent, sans doute, pas le citoyen.  Vers qui se tourner ? A qui faire confiance ? Et les appels au changement de quelques personnalités politiques nationales ont ajouté à la confusion. Une cacophonie qui paralyse, à n’en pas douter, la synergie des volontés.

Toutefois, l’absence de réaction de la rue algérienne – un sursis accordé au régime – ne doit pas réjouir et être interprétée comme une victoire à mettre à l’actif des décisions « alimentaires » prises récemment par le gouvernement, ou à la levée de l’état d’urgence ou encore aux promesses de procéder à réformes politiques. Personne n’est dupe. Les expériences de nos voisins et le mécontentement de plus en plus grand qui se manifeste à l’intérieur de nos frontières devraient à contrario interpeler le pouvoir et constituer une opportunité à mettre à profit pour arrêter d’ignorer les aspirations du peuple, une occasion à saisir pour aller vers la construction d’un pacte social, avec tous les acteurs politiques et tous les partenaires sociaux. Un moment inespéré pour réduire la crise de confiance qui ruine les relations entre le peuple et les pouvoirs publics ; dans tous les cas, des conditions favorables qu’il ne faut pas rater pour prendre rendez vous avec l’histoire, car le vent du changement qui souffle actuellement sur la rive sud de la Méditerranée ne peut pas ne pas, un jour prochain, concerner l’Algérie.

Vingt cinq millions d’algériens ont moins de trente ans. Une donnée démographique superbement ignorée par le pouvoir mais qui devrait pourtant empêcher les décideurs de dormir. Car, si cette population ne construit pas – parce qu’elle est marginalisée – l’avenir de notre pays, elle peut, à contrario, en être la « bombe sociale » qui va le compromettre. Des jeunes qui ont de grands besoins de consommation, sans doute, mais qui sont également l’avenir et la vitalité de la nation. Des jeunes qui ont besoin de contribuer à l’effort d’édification de la nation. Pourtant, des citoyens qui ne peuvent même pas, aujourd’hui, prétendre à une vie décente et digne.

Disposer d’un travail et en vivre honnêtement, une nécessité, un besoin élémentaire, un droit humain. Qu’il soit diplômé ou non, le jeune algérien qui arrive sur le marché de l’emploi veut un travail qui lui permette de se projeter dans l’avenir et d’être l’artisan de son autonomie et de sa liberté. Le travail, une « denrée » qui n’est pas disponible dans notre pays, un instrument de l’épanouissement personnel mais aussi le moyen indispensable pour bâtir son bonheur et participer à la construction de celui (le bonheur) de ses concitoyens.

Chacun sait que l’accès au travail est, aujourd’hui, l’une des principales revendications des contestations sociales qui émaillent la vie politique et sociale dans notre pays. C’est aussi une des raisons qui amènent, de plus en plus nombreux, nos concitoyens à quitter le pays pour aller trouver ce travail dans les contrées occidentales. Ils ont conscience que dans ces pays, travailler a, au-delà des aspects économiques, une valeur émancipatrice et restauratrice de la dignité à laquelle ils n’ont pas accès dans leur pays. 

Le pouvoir a minimisé la signification de la harga qui a pris, depuis quelques années, de l’ampleur ; il n’a pas, non plus, voulu voir l’importance grandissante de l’impact des émeutes qui se sont dangereusement généralisées dans le pays, comme il a négligé les raisons qui amènent encore nos jeunes concitoyens à devoir s’engouffrer dans l’aventure terroriste. Il a obstinément détourné son regard de la détresse exprimée par ces comportements et a été incapable d’envisager les issues de sortie appropriées. Il continue aujourd’hui encore de faire dans le déni et l’autisme, il privilégie la répression et les solutions qui maintiennent dans la dépendance les individus et les empêchent de vivre pleinement leur citoyenneté. Un comportement irresponsable qui fait courir un risque certain pour la stabilité de la nation. L’Algérie n’a jamais connu autant de contestations sociales simultanées. La révolte gronde dans les quartiers, dans les villages et les hameaux les plus reculés du pays. Les chômeurs ne sont pas seuls a menacer, les universitaires – étudiants et enseignants – sont également mécontents, le monde de l’éducation et les praticiens de la santé publique, médecins et para-médicaux, ne sont pas en reste, les gardes communaux, les chercheurs en physique nucléaire, les enseignants contractuels, les pompiers, les travailleurs de la présidence…L’Algérie ressemble à un seau troué qui fuit de toutes parts.

En guise de réponses aux vrais problèmes qui hypothèquent dangereusement l’avenir du pays, le pouvoir fait dans la manœuvre et propose de fausses solutions. Il met en place, une fois de plus, une stratégie faite de fausses promesses et de colmatage par une politique d’assistance au citoyen. Comme à l’accoutumée, des sommes faramineuses vont être dépensées pour acheter momentanément la paix sociale. Gagner du temps, c’est le but recherché et c’est le souci véritable des décideurs. Ils savent, aujourd’hui, qu’une course contre la montre est engagée et que l’issue est improbable. Un challenge dérisoire parce qu’il est peut-être déjà trop tard. Les autocraties et les monarchies totalitaires arabes sont entrain de tomber une à une et la menace sur l’unité et la souveraineté de certains de ces pays semble actuellement une réalité tangible. Pendant ce temps, le pouvoir algérien, fidèle à sa logique, donne la pathétique image d’un pompier qui tente de prévenir un incendie qu’il sait pourtant inévitable et qu’il ne fait que différer, si l’avilissante réalité quotidienne des jeunes algériens demeure.

« Sans liberté vraie et sans honneur, je ne puis vivre ».

Albert Camus écrivait cela pour dénoncer les conditions de vie indignes imposées aux algériens par l’empire colonial français. Est-ce que ces conditions ont changé depuis que l’insurrection de novembre 1954 a chassé le colonialisme de notre pays ? Rien n’est moins sûr. 50 ans après l’indépendance, l’Algérie est assurément un pays riche mais une nation qui n’est pas prospère.

36 millions d’habitants, une population jeune, exclue de la décision, humiliée par une misère quotidienne et rongée par le désespoir. Il y a trop de pauvreté dans notre pays et les inégalités sociales sont flagrantes ; il y a trop d’injustice, de hogra et de corruption ; le citoyen souffre du manque de liberté et a soif de démocratie. Une situation qui ne peut pas et ne doit pas durer. L’histoire est également en marche pour l’Algérie, une lumière, un espoir mais elle peut être porteuse de périls. Le régime politique actuel doit en prendre acte. Dans tous les cas, ce dernier s’est largement discrédité par une gouvernance marquée par l’injustice et la brutalité. Parce que le temps fait son œuvre, les caciques du pouvoir sont « biologiquement » condamnés à disparaître. Mais avant, les uns et les autres peuvent encore rendre service à la nation et entrer dans l’histoire par la grande porte. Ils savent ce qui leur reste à faire.

Commentaires»

  1. bonjour Mahmoud
    J apprécie cette contribution
    Espérons que l Algérie sorte de cet état de reniement car comme tu le dis tous les ingrédients sont la pour s en sortir
    Ne tombons dans aucun piège ( comme celui dans lequel se sont embourbés nos voisins)
    cette république ( ? ) est trop vieille plus d un demi siècle
    La démocratie ? Le peuple n a jamais été souverain
    Les hommes se battent pour le pouvoir pour rien la porte de sortie est la même pour tous : the Death
    j espère que le peuple meme ventre vide fera travailler ses méninges et s en sortir par le haut
    Cordialement DH

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