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Lounès Matoub, 18 ans après sa disparition, il est toujours présent parmi les siens. 26 juin, 2016

Posté par docteurboudarene dans : autres écrits , trackback

« Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux ».
Je reprends, aujourd’hui, cette citation de Etienne de la Boétie, pour rendre hommage à Lounès Matoub.
Je ne sais pas s’il connaissait ce personnage mais il a fait – intuitivement – de ce propos son crédo.
Lounès avait refusé de plier le genou.
Son désir de liberté qui était chevillé à son caractère – entier, fougueux, combattif – n’était pas négociable, quel qu’en fût le prix à payer.
Il a payé de sa vie.
Mais je suis certain – moi qui le connaissait peu mais assez pour dire cela – qu’il ne regrette rien et que s’il devait recommencer, il aurait agi de la même façon.
Il aurait pris le même risque.
Sa personne comptait peu, une particularité des personnes généreuses.
Lounès Matoub était comme ça. Sans concession quand il s’agit de sa souveraineté, de son libre arbitre.
Il était d’ailleurs comme ça en toute chose.
Il ne négociait pas ses convictions – je dis bien convictions et non pas certitudes.
Parce que Lounès n’avait pas de certitudes, il avait même beaucoup de doutes.
Il aimait confronter son opinion et n’hésitait pas à regarder autrement les choses quand un avis contraire lui paraissait plus juste, plus pertinent.
Il savait qu’il devait s’améliorer et aimait apprendre.
C’était cela Lounès Matoub.
Il paraissait intraitable mais il était capable de souplesse, de flexibilité. Il savait reconnaître les qualités des autres.
C’était un artiste et un artiste, c’est malléable.
Mais il était dur quand cela était necéssaire.
Cela est vrai pour un certain nombre de choses, pour des principes qui lui paraissaient inaliénables: son identité, sa kabylité, son amazighité mais aussi son algérianité, quand bien même beaucoup amputaient et ampute toujours sa pensée de cette aspect de sa quête identitaire… pour des raisons que chacun peut comprendre.
Lounès adorait par dessus tout sa Kabylie natale, c’était ses tripes, sa raison d’être, son amour premier; mais il aimait aussi son pays, l’Algérie dont il se revendiquait toujours.
Tout le reste, pour lui, pouvait se discuter et je crois pouvoir dire que c’était cela qui faisait son charisme.
Derrière son apparence d’enfant terrible, il était capable d’écouter et d’évoluer.
Un atout qui a été amplifié par ses capacités extraordinaires à faire de son art – la chanson – un instrument de contestation.
De la belle poésie nourrie de la langue du terroir et des musiques joliment composées.
Un artiste au sens plein du terme et un vrai professionnel qui ne laissait rien au hasard dans ses compositions et l’organisation de ses représentations publiques.
C’était d’abord avec son art, qu’il exécutait avec brio, que Lounès Matoub avait su gagner ses fans. Il était crédible de ce point de vue.
Ses textes engagés et ses prises de position politique avaient fait le reste.
De son vivant, il avait des fans, aujourd’hui qu’il n’est plus là, il est la figure de proue de la revendication amazigh.
Il est, pour toute une génération, une icône et incarne incontestablement l’identité amazigh.
Pas seulement en Kabylie et en Algérie mais aussi au Maroc, en Libye ou encore en Tunisie.
Lounès Matoub aura marqué l’histoire de notre région. Il aura marqué l’histoire récente de l’Algérie mais aussi celle de toute l’Afrique du Nord.
Il n’avait pas plié le genou.
Il savait que ceux qui ont décidé d’étouffer les libertés et de mettre à mort son identité n’étaient pas si grands que cela.
Le temps lui donnera sans doute raison.
Il y a 18 ans qu’il a été assassiné.
Lounès manque aux siens, il nous manque à tous.
Mais il ne manque qu’au regard car il est plus que jamais présent dans les coeurs et les esprits, et sa voix résonne comme un écho qui veut que les consciences soient en constant éveil.
Il appelait sans cesse à l’union, il y croyait dur comme fer.
« Ahaw sen ».
La seule façon de lui rendre hommage est de donner du sens à son rêve: s’unir.
Tout le reste n’est que palabres ou larmes de crocodile.

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