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L’existence de l’Algérien est anxiogène; quand il ne sombre pas dans la maladie, il explose. 7 octobre, 2017

Posté par docteurboudarene dans : interviews , ajouter un commentaire

Cet entretien a paru dans le N°65 (septembre 2017) du magazine de la santé, Santé-Mag (p43-45). Entretien réalisé par Ourida Aït Ali.

Vous êtes l’auteur d’un ouvrage intitulé : « La violence sociale en Algérie : comprendre son émergence et sa progression » paru ce mois de septembre aux éditions Koukou. Comment appréhendez-vous cette problématique? L’individu serait-il naturellement violent ou est-ce la société qui le corrompt pour reprendre une célèbre phrase d’un éminent auteur ? 

Dans cet ouvrage, j’essaie de regarder ce phénomène de la violence avec lucidité. Contrairement à ce qui peut être imaginé, ce n’est pas le psychiatre qui fait une analyse « psychiatrique, psychologique ou encore psychosociologique » mais l’acteur social qui observe et tente de comprendre ce qui se passe dans sa communauté, dans la société dans laquelle il vit. Oui, la violence est croissante dans notre pays, cela est une réalité. Elle s’est emparée du corps social et le passage à l’acte agressif est devenu pratiquement la seule voie de résolution des conflits entre les individus.

Le dialogue passe par l’anathème, l’insulte, les coups, le pugilat voire le règlement de comptes entre factions rivales. C’est inquiétant et cela met en danger la paix sociale. Mais il ne faut pas penser que le passage à l’acte violent est un atavisme et que la société algérienne le porte en son sein de façon héréditaire ou génétique. De ce point de vue, je pense qu’il est une erreur de penser que l’algérien est violent par essence. Je ne crois pas non plus que la société par ses seuls dysfonctionnements et le désordre social qui en aurait découlé ait pu engendrer ce climat de violence. L’algérien est devenu violent, on l’a amené à le devenir. Son histoire récente et les conditions dans lesquelles il vit présentement l’ont conduit à ne connaitre rien d’autre que l’agressivité. La colonisation française, la guerre de libération nationale, la violence politique qui a surgi durant la révolution et qui a prévalu au lendemain de l’indépendance, la violence terroriste des années 90 sont autant de traumatismes qui n’ont pas pu ne pas laisser de séquelles dans la vie psychique des sujets. La pauvreté, la Hogra, l’injustice sociale, le manque de liberté et de démocratie dans lesquels le jeune algérien vit encore aujourd’hui s’y sont additionnés et ont fini par l’acculer dans ses derniers retranchements. Son existence est anxiogène, il est à bout, quand il ne sombre pas dans la maladie, il explose. Il devient agressif. Il est en permanence sur ses gardes et la violence devient pour lui un projet de vie. Quand il quitte son domicile, il est prêt au passage à l’acte. C’est pourquoi, nombreux sont les algériens qui circulent armés de toute sorte d’objets prêts à être utilisés…pour se défendre (?). Les victimes de cette situation de violence sont les maillons faibles de la société, les femmes et les enfants.

Je ne terminerai pas ma réponse à votre question sans souligner le rôle de l’école comme un rempart contre toute forme de violence, en particulier contre la femme. L’école est en effet l’endroit où les premiers apprentissages à la vie en communauté se font. Le dialogue, la tolérance, le partage, la générosité et l’empathie…des valeurs indispensables pour que le petit enfant devienne un citoyen apaisé et soucieux du destin de la communauté. Encore faut-il que l’école soit débarrassée de l’idéologie qui s’en est emparée pour devenir une véritable école républicaine. C’est la décision politique qu’il faudra sans doute prendre, au plus vite, si on veut bâtir une société apaisée, pacifique et si on veut éviter à notre pays un avenir funeste. Tout cela est détaillé dans le livre que je viens de publier. J’invite vos lecteurs à le lire.

La violence s’élargit tout en s’aggravant et les centres de santé ne sont même pas épargnés pourquoi s’attaquer à ces sanctuaires qui apportent soins et réconfort justement aux victimes d’agression, n’est ce pas paradoxal ?

Le passage à l’acte violent s’est en effet banalisé au sein de la société. Il n’y a aucune raison qu’il ne se produise pas aussi dans les structures publiques de la santé. Deux éléments – il faut le souligner – facilitent, dans ces endroits, le passage à l’acte violent. Il est indéniable que les services de santé dans notre pays sont anxiogènes par leur état de vétusté, quelques fois de délabrement avancé, et par l’organisation des soins, notamment en ce qui concerne les services des urgences. Les sujets qui arrivent dans ces lieux ont peur. Ils pensent d’emblée qu’ils seront mal accueillis et qu’ils n’auront pas les prestations de soins qu’ils nécessitent. Les parents et/ou les accompagnateurs sont également dans cet état d’esprit. Un état d’esprit qui met sous tension et qui préparent à l’agressivité. Chacun des usagers pense que « son urgence est prioritaire » et qu’il doit être servi avant tous les autres.

Les attentes interminables, la mauvaise organisation du flux des malades et la désorganisation qui s’en suit inquiètent d’autant plus et exacerbent les tensions. Il faut ajouter à cela le fait qu’il y a des carences concrètes en terme de prestations. Le cocktail qui fait le mécontentement et qui provoque l’explosion de violence. Les personnels de santé, médical et paramédical, sont les premiers à en faire les frais. Si quelquefois, la responsabilité de ces derniers dans la survenue de la violence est une fait avéré, il est injuste de mettre tous ces professionnels dans le même sac. Dans la majorité des cas, dans la difficulté, ils font leur travail avec beaucoup de dévouement. Quand bien même les pouvoirs publics tentent régulièrement de se défausser sur les personnels de soins et d’en faire les boucs émissaires de la faillite de notre système de santé, ces derniers ne sont en rien responsable de cette situation. Les usagers – les citoyens en souffrance – qui fréquentent les structures publiques de la santé devraient en prendre conscience et comprendre que les médecins et les infirmiers sont leurs alliés dans la lutte contre la souffrance et la maladie.

Les cabinets médicaux du secteur privé seront dorénavant astreints au système de la garde, la mise en œuvre de cette procédure allégera-t-elle la charge et la tension au sein du secteur public ?

Vous faites sans doute allusion à l’instruction N°5 du 05 août 2017 relative au service de garde pour les praticiens médicaux installés à titre privé. Voilà une fausse solution au vrai délabrement de notre système de soins. La garde des médecins libéraux me rappellent étrangement le « plâtre sur une jambe de bois ». Cette « circulaire » est à côté de la réalité. Elle a été promulguée dans la précipitation à la suite du décès d’une jeune femme et de son bébé dans la wilaya de Djelfa. Une tragique histoire qui a mis en évidence la faillite de notre système de santé.

La décision de faire faire d’autorité des gardes, dans leurs cabinets aux médecins libéraux, est en décalage avec le véritable souci que pose l’urgence du soin dans les structures de santé publique; au moins parce qu’un service médical de garde doit avoir d’une part la vocation de l’urgence et d’autre part disposer des moyens indispensables – le plateau technique – pour accomplir correctement cette mission, ce dont les médecins de ville ne disposent pas. Je ne souligne pas la nécessité et l’obligation d’assurer la sécurité aux praticiens de garde, ce que les pouvoirs publics peinent déjà pas à garantir dans les structures qui appartiennent à l’Etat. Cette instruction – cette décision – est absurde. Elle est une façon déguisée de tourner le dos aux vrais problèmes que rencontre le secteur public de la santé, elle est aussi une fausse solution pour y remédier. Comme si le délabrement de notre système de santé se limitait seulement à un problème de garde!

Le médecin libéral ne doit pas être le bouc émissaire et la victime expiatoire d’un système de soins moribond. Il n’y est pour rien. Si le ministre veut aller au chevet de ce grand malade qu’est notre système de santé, il doit faire preuve d’ingéniosité et trouver d’autres solutions. Il ne doit pas s’abimer dans une décision aussi autoritaire qu’inique car n’ayant pas associé les principaux concernés à la prise de cette décision. La pratique libéral est un choix, une liberté. Il est bien entendu que le praticien privé, comme son confrère du secteur public, n’est pas exonéré de ses devoirs. Mais il a aussi des droits et ils sont inaliénables. En l’occurrence, en faisant preuve d’autoritarisme, le ministre de la santé n’a pas respecté des partenaires, il a piétiné un droit élémentaire de ces derniers, celui d’être concertés.

Ce système de gardes – qui a existé par le passé et qui a été abandonné parce que peu opérant – est une fausse solution à un vrai problème. Comme toute fausse solution, il avortera. La galère pour nos concitoyens malades continuera.

D’aucun disent que nos CHU sont des mouroirs alors que paradoxalement ici et là notamment à Tizi-Ouzou on nous rapporte des performances en chirurgie malgré le manque de moyens, est ce l’arbre qui cache la foret ?

Dire de nos CHU qu’ils sont des mouroirs, c’est aller vite en besogne. Toutefois, il fait toutefois souligner que nos CHU ont beaucoup de difficultés à assumer leur vraie mission. Ils sont devenus de grands dispensaires que les citoyens, pour le plus petit bobo, viennent encombrer, notamment les urgences médicales et chirurgicales. Cela compromet la mission d’excellence et de formation qui leur est dévolue.

Mais il n’y a pas que cela, les CHU subissent aussi les contrecoups de la crise de notre système de soins. Ils sont pauvres et ne peuvent plus répondre à la demande de soins hautement spécialisé et onéreuse des citoyens. Les budgets dont ils disposent sont engloutis dans les salaires. Ils sont, de ce fait, dans l’incapacité d’honorer les demandes d’examens sophistiqués – les examens radiologiques et/ou biologiques qui sont généralement pratiqués dans le secteur privé – et de garantir des soins de qualité aux citoyens. A titre d’exemple, les CHU sont dans l’incapacité de prendre en charge correctement les cures de chimiothérapie et la plupart d’entre eux n’offrent pas aux malades la possibilité d’accéder à une cure de radiothérapie. Une histoire de budget également. Les listes d’attente, cela est bien connu, sont longues. Une situation qui écorne le caractère hautement spécialisée de la prestation médicale dans nos CHU.

Quand aux performances, je crois qu’il ne faut pas faire dans le mensonge et la démagogie. On ne peut pas prétendre à des performances si le minimum qui est échu n’est pas honoré. C’est bien de réaliser une greffe de rein de temps à autre mais c’est mieux d’en faire tous les jours et de prétendre devenir un pôle d’excellence dans le domaine. Force est de constater qu’aucun de nos CHU n’a atteint ce niveau, à plus forte raison celui de Tizi ouzou.

Nos CHU ne sont pas des mouroirs mais on ne peut pas dire qu’ils caracolent dans la performance. Quant à l’excellence, je pense qu’il faudra attendre encore longtemps pour seulement l’évoquer. Et ce n’est pas un problème de ressources humaines ou de compétences, les unes et l’autre s’acquièrent. Il s’agit d’un problème de politique sanitaire et les responsables, dans notre pays, n’ont pas de projet concret à proposer dans ce domaine. J’en veux pour preuve la difficulté des pouvoirs publics à accoucher de la nouvelle loi sanitaire.

Le déni démocratique est une violence politique absolue. 29 septembre, 2017

Posté par docteurboudarene dans : interviews , ajouter un commentaire

Cet entretien est paru ce jour, 29 septembre 2017, dans le quotidien El Watan (El Watan week end) sous la plume de Adlène Meddi.

« Pour que la violence sociale recule, la violence politique – la violence d’État – doit disparaitre du paysage social et politique national » : l’Etat n’a t-il pas le monopole de la violence ? N’est-ce pas sa coercivité qui justement régule la société et ses montées de fièvres ?  

Est-ce que l’Etat a le monopole de la violence? Il ne le devrait pas. Dans notre pays, c’est le régime au pouvoir qui a le monopole de la violence et il fait usage des institutions de l’Etat pour l’exercer. Ce régime est autoritaire, son désir est de conserver le pouvoir et d’annihiler toute forme de contestation sociale. Il faut neutraliser le peuple, lui faire peur, parce qu’un peuple qui vit dans la crainte est facile a soumettre. Il agit ainsi depuis l’indépendance de notre pays. Il a, durant des années, usé de violence politique: intimidations, emprisonnements, tortures et quelques fois éliminations physiques. Aujourd’hui, il ne peut plus se comporter ainsi. Le regard du monde…et il veut être fréquentable, démocratie oblige. Il a abandonné ces pratiques mais sa nature autoritaire est toujours là. Il change de méthode  et fait usage de la violence ordinaire pour faire taire toute forme d’expression qu’il juge contraires à ses intérêts. Il fait appel aux baltaguis. Des individus qui viennent perturber des activités syndicales ou politiques ou encore qui prennent possession des quartiers, intimident les habitants et jouent aux caïds au vu et au su des autorités publiques… Une pratique jusque là inconnue dans notre pays, une forme de délinquance d’Etat qui a jeté l’effroi dans la société et accentué le climat d’insécurité chez le citoyen. Nous en sommes là aujourd’hui. De ce point de vue, nous pouvons en effet dire que l’Etat régule les montées de fièvre et la violence dans la société. Ailleurs, dans le monde notamment dans les démocraties occidentales, l’Etat et ses institutions sont au service exclusif du citoyen qui est l’objet de toutes les attentions, parce que « ressource humaine » centrale du pays. Sachant que la sécurité de ce dernier est l’intention première, toutes les institutions de l’Etat vont au devant de toute forme de menaces – en particulier le conflit et la violence – pour les réduire. L’objectif étant de garantir la sécurité et le bonheur des individus, et d’apporter l’apaisement dans la société. Ce n’est pas le souci des tenants du pouvoir dans notre pays.

 

Le déni démocratique reste selon vous un moteur fort de la violence. Pourquoi ?

Le déni démocratique est consubstantiel de la privation des libertés. Il est une forme d’aliénation de l’individu et, à ce titre, il constitue une violence politique absolue. Si vous bâillonnez l’individu pour le contraindre au silence, si vous l’empêchez de s’exprimer, si vous l’étouffez, vous suscitez en lui la colère et le ressentiment, et vous l’amenez à vous détester. Parce qu’il se sent humilié et indigne, il nourrit à votre égard et à l’endroit de tout ce que vous représentez de la haine. La violence en retour n’est plus très loin et dès qu’une opportunité se présente, celle-ci – la violence – explose. Nous observons cela au quotidien dans notre pays. Les émeutes récurrentes et les attaques contre les édifices publics… Par ailleurs, l’absence de démocratie signifie aussi absence de dialogue et de débat dans la cité. Cela veut dire que les individus ne peuvent pas échanger des points de vue et des opinions, ils n’apprennent pas à se parler et à s’écouter les uns les autres. Ils n’apprennent pas à accepter l’opinion de l’autre et à être tolérants. Le dialogue est une vertu qui doit prévaloir à l’intérieur de la communauté parce qu’il permet le tissage de liens entre des sujets qui ont besoin d’apprendre à se connaitre, à s’apprécier et à se respecter. Un climat qui réduit les tensions et apporte l’apaisement en limitant la survenue des conflits. Le climat démocratique est précisément propice au dialogue, il contribue à cette action pédagogique nécessaire à l’éducation de la société à l’action civique et politique. Une société éduquée est une société généreuse, empathique dont les membres sont naturellement soucieux des biens et du destin communs. C’est aussi une société sereine et apaisée. Une telle société n’est pas dans le projet du régime au pouvoir dans notre pays, c’est pourquoi il veut la bâillonner. C’est pourquoi aussi il a verrouillé le champ politique et qu’il entrave toute forme d’organisation de la société civile. L’interdiction des cafés littéraires participe de cette volonté d’empêcher l’éveil des consciences et de ruiner tout espoir de voir la conscience sociale se mettre en place.

   

Comment éviter que la restauration de l’autorité de l’Etat, nécessaire pour combattre la violence, ne soit mal comprise par les tenants du Pouvoir ? 

Les tenants du pouvoir ont abusé de l’autorité de l’Etat et ont fait de celle-ci un instrument de répression et d’injustice. L’autorité de l’Etat a été systématiquement convoquée pour   soumettre la société par la peur, voire la terreur. Toutes les institutions de la République qui représentent l’Etat ont été concernées, les services de sécurité et la justice notamment. Aux yeux des citoyens, parce qu’elles sont au seul service des intérêts du régime au pouvoir, ces institutions sont disqualifiées; elles incarnent le mal et la violence absolue et, si elles sont craintes, elles ne sont pas respectées. Le citoyen a tourné le dos aux institutions de son pays.  Pour beaucoup, en particulier les jeunes, le divorce est déjà consommé avec la patrie. Tous les algériens veulent s’en aller, ils n’aiment plus leur pays. Ceux qui ont été à la responsabilité sont pour la grande majorité déjà partis. Plus personne n’a confiance. Un désastre. Que voulez vous que les tenants du pouvoir fassent de plus? La population est inquiète, un sentiment d’insécurité l’habite. Non seulement l’individu pense que l’Etat ne le protège pas et qu’il doit assurer sa propre sécurité mais il est convaincu aussi qu’il peut en être à tout moment la victime. Cette crainte permanente, cette menace sont parmi les éléments qui entretiennent l’agressivité chez les sujets et qui favorisent le passage à l’acte violent dans la cité. Quand je parle de restauration de l’autorité de l’Etat, je veux donc surtout dire que le pouvoir politique doit libérer ces institutions de son emprise afin qu’elles soient au service du citoyen et qu’elles assument pleinement leurs missions républicaines. Assurer la protection et la sécurité des individus, garantir l’ordre et la justice à tout instant et en tout lieu à travers le territoire national. Quand l’ordre est assuré – cela est indispensable – et quand la justice est juste, le sentiment de sécurité est restauré et la cité vit dans l’apaisement et la tranquillité.

 

La violence se banalise et se généralise alors que la violence terroriste commençait à baisser de puissance. Pourquoi ?

Je ne sais pas si la violence terroriste a vraiment baissé. Il n’y a peut-être plus de massacres collectifs et les exactions à l’endroit de la population ont tout à fait disparu mais les attentats contre les services de sécurité et l’armée sont toujours là. De mon point de vue, le terrorisme sévit toujours – des personnes y laissent leur vie et des familles sont régulièrement endeuillées. Le pouvoir n’a de cesse de nous répéter qu’il est (le terrorisme) est résiduel, il n’empêche que le premier ministre vient d’appeler à nouveau les terroristes à déposer les armes en échange du pardon de la nation. Il y a sans doute un objectif à atteindre par cette démarche – lequel? On nous le dira peut-être un jour – mais, de mon point de vue, il y a un aveu d’échec et quelque part la crainte de voir se renforcer la sédition terroriste à la faveur de la crise financière (et politique) qui se profile à l’horizon. Il ne faut pas oublier que l’idéologie qui a porté à bout de bras le terrorisme qui a prévalu durant la décennie rouge dans notre pays est toujours là. Elle s’est renforcée et sans doute enrichie aussi à l’ombre de la magnanimité du pouvoir. Aujourd’hui le pouvoir a peur de la subversion terroriste mais aussi du peuple. La première pouvant se nourrir de la révolte du second. Actuellement, la violence ordinaire reste ordinaire. Si elle constitue un danger pour la sécurité des personnes qu’il ne faut pas ignorer, personnellement elle ne me préoccupe pas. La menace est dans l’obstination du régime au pouvoir à mener le pays droit dans le mur. Il est responsable de la faillite et il continue – du haut de son arrogance et mépris coutumiers – à nous dire que lui seul peut sauver le pays.

L’autisme du pouvoir est une menace pour la paix sociale. 27 septembre, 2017

Posté par docteurboudarene dans : interviews , ajouter un commentaire

Cet entretien est paru dans le quotidien nationale « Liberté », ce jour 27 septembre 2017. Il fait suite à la parution de mon livre « violence sociale en Algérie, comprendre son émergence et sa progression » (éditions Koukou). Cette entretien a été réalisé par la journaliste Hammadi Nissa.

Dans votre livre intitulé « La violence sociale en Algérie, comprendre son émergence et sa progression » vous dites que le pouvoir en place abuse de  son autorité et use lui-même de violence depuis l’indépendance afin de soumettre le citoyen par la peur. Peut-il continuer longtemps dans cette voie sans compromettre sa survie ?

Je crois que chaque citoyen vous dira la même chose. Depuis l’indépendance de notre pays à ce jour, il y a privation des libertés et absence de démocratie. C’est un lieu commun. Pour ne parler que de lui, l’article 120 du FLN – parti unique – a durant des années interdit tout forme d’organisation sociale si celle-ci ne s’inscrit pas dans le cadre des organisations de masses du Front de libération nationale. Une véritable stratégie du contrôle des opinions et une mise sous surveillance permanente des consciences et de la conscience sociale. Par ailleurs, aucune personne ne pouvait prétendre accéder à la responsabilité dans notre pays si elle ne faisait pas allégeance. Il fallait être forcément militant du parti. C’est là une véritable aliénation des libertés et une violence d’Etat absolue. Pouvoir, FLN et Etat étaient, en ce temps, confondus. Mais il n’y a pas que cela. Des personnes ont été emprisonnées, torturées et d’autres physiquement éliminées parce qu’elles ne partageaient pas ou étaient opposées aux idées du système FLN. L’expression démocratique était interdite et une violence inouïe s’abattait systématiquement sur toute personne qui osait seulement porter une critique « désobligeante » sur le pouvoir en place. La société était soumise par la peur. En réalité, la violence politique a commencé avant l’indépendance. L’assassinat de Abane Ramdane, par ses frères d’armes, a inauguré les purges à l’intérieur du FLN révolutionnaire. Un fratricide, le meurtre originel, la violence qui a profané la révolution et qui l’a dépouillée de son caractère sacré. Dès lors, il n’y avait plus aucun obstacle. Tout était possible, permis. La répudiation, à l’été 1962, de la plateforme de la Soummam par la charte de Tripoli est à ce titre l’autre meurtre – symbolique cette fois – perpétré sur la personne de Abane Ramdane. La violence d’Etat qui s’en est suivi trouve dans cette logique meurtrière toute son intelligibilité. Prendre le pouvoir et le conserver. La violence terroriste qui s’est abattue sur le pays durant les années 90 s’inscrit dans cette logique de prise du pouvoir. Une spirale infernale qui ne peut pas ne pas avoir de relations avec les abus d’autorité et la violence du pouvoir que nous observons aujourd’hui.

Pour vous, la société algérienne est  une « cocotte minute en ébullition. En quoi  consistera l’acte de trop ?

Il est difficile de répondre à cette question, quand bien même je pense personnellement que l’acte de trop est déjà entrain de se jouer. Le pays est au bord de la banqueroute, le pouvoir en place en est responsable et il continue de nous dire que c’est lui qui va sauver le pays. Je pense que cette arrogance et ce mépris sont porteurs de danger plus aujourd’hui que par le passé. La peur est déjà dans la société, la panique ne manquera pas de survenir avec cette histoire de financement non conventionnel. Le recours à la planche à billets – une fausse monnaie, puisqu’elle n’a pas de contre-valeur marchande – inquiète au plus haut point la population. L’affolement du cours de l’Euro est un indice. Les citoyens, les plus nantis, échangent leurs économies contre cette monnaie étrangère en attendant que le petit peuple se rue sur les banques pour y retirer le peu qu’il aura épargné. L’affaire de Khalifa Bank est pas encore dans les mémoires. De nombreux citoyens ont été ruinés. Un traumatisme qui n’est prêt d’être oublié. Si la panique vient à s’emparer de la population, elle va précipiter la faillite du pays et aggraver le désordre social déjà existant. Le pouvoir en place sait cela, il sait aussi qu’il doit, s’il veut le bien de la nation, associer le citoyen – la société – à la résolution de cette crise. Au lieu de faire confiance à celui-ci et de l’impliquer, il continue de le mépriser et de lui interdire toute forme de participation à la décision politique. La violence de plus,  assurément l’acte de trop.

- Le dialogue a disparu de l’espace social et politique. Les syndicats autonomes sont marginalisés. Le Premier ministre a pris la décision de ne se concerter qu’avec les partis soutenant le programme du chef de l’Etat. Quelles répercussions pourraient avoir ces exclusions, surtout en ce temps de crise ?

 Le pouvoir s’est enfermé dans sa propre logique. Une obstination qui confine à l’autisme. Un comportement suicidaire pour le régime lui-même et une menace pour la paix sociale et l’avenir de la nation. Les syndicats autonomes et l’opposition politiques sont constitués de citoyens qui oeuvrent aussi pour le bien du pays, le régime ne doit avoir – en principe – aucune raison de s’en méfier. Mais ce dernier y voit là un menace pour sa propre survie, pour ses affaires. C’est le propre des régimes autoritaires pour ne pas dire totalitaires. Pour autant, le dialogue est vertueux, il est plus indispensable que jamais, en particulier aujourd’hui parce que nous sommes en temps de crise. La crise est multiforme, elle n’est pas seulement économique comme on essaie de nous le faire croire, elle est aussi politique et sociale. Je pense, en ce qui me concerne que la crise morale qui s’est emparé de notre pays est très grave. Notre société est défaite, déconstruite. Les mécanismes de régulation et les valeurs sur lesquels elle était adossée se sont effondrés. La ruse a remplacé l’intelligence, le travail et le mérite sont marginalisés par l’incompétence et l’escroquerie, l’exemplarité est rejetée au profit de la mystification. Le pouvoir politique en est responsable justement parce qu’il a – par sa gouvernance – disqualifié l’action citoyenne et militante au seul profit de ses intérêts claniques. Il est encore dedans, c’est pourquoi il ne veut pas associer les syndicats autonomes et l’opposition politique à son projet de sortie de crise. Si le divorce entre le régime politique en place et le peuple est consommé depuis longtemps, ce qui est inquiétant aujourd’hui est la menace qui pèse sur les institutions de la République. Si l’Etat vient à s’effondrer, le désordre social aidant, c’est l’avenir immédiat du pays qui sera mis en cause.

Vous pensez que la charte pour la réconciliation nationale n’a pas pu stopper le cycle de la violence parce qu’elle n’a pas rendu justice aux victimes. C’est une approche différente de celle du pouvoir qui affirme que les actes terroristes perpétrés actuellement en Algérie s’inscrivent dans une dimension transnationale.

Seuls les services de l’Etat connaissent les vraies revendications politiques des auteurs des actes terroristes qui sont encore perpétrés chez nous. Ils se revendiquent peut-être d’une appartenance idéologique transnationale – parce qu’orphelin, sans doute, d’une filiation locale. Cependant, qu’il soit transnational ou pas, un acte terroriste demeure un acte terroriste. Sa signification est une. Il y a là une volonté de faire mal à la société, d’en découdre. C’est sur le pourquoi de ce désir d’en découdre qu’il faut s’interroger. Les individus qui s’engagent dans cette logique ont nécessairement des griefs contre la société. Que ceux-ci soient drapés d’un discours politique ou qu’ils soient motivés par des arguments religieux ne les exonère pas de leur responsabilité devant la communauté nationale. La réalité est qu’avant de se revendiquer d’une dimension transnationale, le terrorisme était bien chez nous, il était antérieur et il était féroce. S’il a été réduit grâce notamment à la résistance du peuple algérien et à l’action de l’armée et des services de sécurité, le terreau sur lequel il a germé est toujours fertile et la matrice idéologique, dont il s’est nourri, est plus présente que jamais. Chacun peut le constater. Et c’est le fait de la loi sur la réconciliation nationale. Cette dernière a tourné précipitamment la page de la décennie rouge et a intimé l’ordre à la société de mettre le couvercle à la marmite, quitte à ce que celle-ci continue à bouillir de colère, de ressentiment et de haine. Est-ce cela qui est recherché par le reniement des engagements tenus par les lois de la concorde civile puis de la réconciliation nationale? Force est de constater que les responsables de cette tragédie n’ont pas été mis devant leurs actes et n’ont pas payé leur dette à la société. Force est de constater aussi que les victimes ont été spoliées des souffrances et de la douleur qui étaient les leurs, et qu’elles ont été dépossédées du droit à accorder ou non le pardon. Le pardon ne se décrète pas et personne ne peut prétendre, en dehors des victimes, l’offrir aux bourreaux. Ces dernières le donnent si les conditions s’y prêtent et si elles ont la force d’aller au fond d’elles mêmes chercher les ressources morales et psychologiques pour le faire. Or, elles ont été forcées à un deuil impossible.

- Vous affirmez que pour que la violence sociale recule, il faut que la violence  politique et la violence de l’Etat disparaissent du paysage national. Cette option est-elle possible à court terme ?

Oui, je pense que cela est possible, à condition, bien sûr que le régime au pouvoir se débarrasse de son arrogance et qu’il manifeste le désir d’émanciper à la fois l’action politique et civique. Il a une opportunité pour appeler la société à un pacte social. Le pays est en grave difficulté, le destin commun est menacé. Le consensus est possible si toutefois les décideurs – ceux là même qui nous ont conduit à cette situation de crise, il faut le souligner – acceptent de s’amender et de reconnaitre les erreurs commises. Le régime ne peut pas en effet prétendre trouver les solutions tout seul et continuer à ignorer la société civile et l’opposition politique nationales. Il faut qu’il accepte de partager le pouvoir et la responsabilité et éventuellement de s’en aller si le peuple le souhaite. Ce que je dis est peut-être emprunt de naïveté politique mais la moral et le sens du patriotisme doivent dans  ce moment de danger pour la nation. Le système doit mettre au dessus de sa propre survie celle du pays. L’avenir commun est l’affaire de tous les citoyens et chacun a le désir de participer à sa préservation et à sa construction. Je pense notamment à la jeunesse. C’est la vitalité de notre pays et elle est jusque là superbement ignorée par le pouvoir en place. Il faut pour cela que le pouvoir politique fasse confiance au citoyen, en particulier à celui qui est engagé dans l’action sur le terrain. Il ne doit pas s‘en méfier comme il ne doit pas vouloir systématiquement le brider en l’embrigadant notamment dans l’une ou l’autre organisation qui lui est assujettie. Il doit libérer l’initiative et laisser le génie s’exprimer, quand bien même il peut être subversif et mettre en danger son hégémonie. J’ai la profonde conviction que c’est cette démarche marquée par la libération des initiatives et l’expression du libre arbitre qui réduira la violence sociale et apportera l’apaisement nécessaire dont a besoin présentement notre pays.

L’état de l’environnement dans la Wilaya de Tizi Ouzou : le Dr Boudarène interpelle le premier ministre. 31 août, 2017

Posté par docteurboudarene dans : activités politiques , 2 commentaires

 

La wilaya de Tizi Ouzou est menacée par les ordures. Son territoire étroit et sa forte densité de la population, une des plus élevées dans le monde, lui confèrent une véritable spécificité; les nombreuses décharges sauvages – 1500 ont été dénombrées – sont particulièrement proches des villages et des villes. Elles sont donc visibles et agressent le quotidien du citoyen. Elles jonchent toutes les voies de circulation de la région et les cours d’eau ne sont pas épargnés.

Au delà de la dégradation de notre environnement et de la violence que celle-ci inflige au citoyen, il y a un réel risque sanitaire. La pollution de l’air, parce que ces décharges brûlent en permanence, et celle des nappes phréatiques menacent la santé des population. Le barrage de Taksebt, un véritable réservoir d’eau potable, n’est pas épargné.

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La Wilaya de Tizi Ouzou en immersion dans les ordures

Posté par docteurboudarene dans : articles de presse , ajouter un commentaire

Cette contribution a été publiée dans le quotidien national d’information, El Watan, en date du 24 octobre 2009. Je la propose, aujourd’hui, aux lecteurs de mon blog pour dire que rien n’a changé ou plutôt si, que les choses se sont empirées depuis sa publication, il y a déjà presque huit ans.  Tizi Ouzou, nos villes et nos villages sont dans un état de saleté, de pourriture avancées. Il y a bien quelques initiatives, des volontariats, pour tenter de réduire les dégâts mais il y a tant de choses à faire – des décisions politiques audacieuses à prendre, car il s’agit de cela -, que la simple bonne volonté des citoyens ne suffit pas. Et se contenter de donner un prix annuel pour le village le plus propre ne cachera pas l’insuffisance d’engagement de nos élus, pour la prise en charge déterminée de ce problème.

Quel que soit le chemin que l’on emprunte pour entrer dans la ville de Tizi Ouzou, on est accueilli par des tas d’immondices et des détritus de toutes sortes qui jonchent les bretelles d’accès. A l’intérieur de la cité des genêts, le décor est repoussant. De nombreux dépotoirs occupent les quartiers de la ville et des poubelles crasseuses à la couleur d’un vert franchement laid  sont, – parce qu’elles ont, pour la plupart, perdu leurs roues -, littéralement couchées sur des trottoirs souvent, eux même, éventrés et sales. Horrible vision que celle qui est proposée au citoyen et au voyageur de passage. Toutes les villes et toutes les communes de la wilaya de Tizi Ouzou sont dans le même état. Elles sont vautrées dans les ordures. Une véritable poubelle à ciel ouvert et une pollution de l’environnement qui va hypothéquer, sans doute, l’avenir écologique de la région. Une catastrophe innommable et à terme une menace pour la santé publique.

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Transmettre le savoir : un devoir, une exigence éthique. 26 août, 2017

Posté par docteurboudarene dans : conférences médicales , ajouter un commentaire

Cette réflexion a été publié, dans la presse nationale (Liberté) en date du 03 décembre 2013. Il s’agit d’un témoignage que j’ai rendu au Pr Boucebci à l’occasion du colloque organisé le 15 juin de la même année pour commémorer l’anniversaire de son assassinat. Pour le rappeler à la mémoire de tous ceux qui l’ont connu et qui n’ont pas l’occasion de participer aux journées organisées par la Fondation éponyme, j’avais pensé opportun de publier ce témoignage dans la presse écrite.

C’était là une occasion pour mettre en relief une vertu qui avait, de son vivant, animé cet homme : la transmission du savoir et de la connaissance. Une valeur sacrée qui avait constitué pour lui non seulement une exigence de tous les instants mais également un objectif permanent. Un véritable engagement patriotique qui avait longtemps été ignoré puis qui avait cruellement été stoppé par la bêtise et l’ignorance.

Perpétuer le savoir, passer le témoin aux générations suivantes, une nécessité mais aussi un devoir moral, une obligation éthique. Le crédo de ce Maître. C’est pourquoi la fondation qui porte son nom a organisé le 15 juin dernier, date anniversaire de son assassinat, un colloque dont le thème générique est : « trans-maître. Que transmettons nous et comment ?». Un sujet qui m’avait immédiatement interpelé, remué ma mémoire et convoqué de vieux souvenirs. Un sujet qui me rappelle un climat dans lequel j’avais été totalement immergé durant mes études de spécialité en psychiatrie. Une ambiance de compétition, rude en apparence, mais qui était en réalité saine et apaisée, positive et sans animosité. Une atmosphère de stimulation et d’émulation permanente entre des élèves qui rivalisaient d’ardeur à apprendre et un maître bienveillant et toujours disponible pour dispenser le savoir. Un espace où la confrontation des idées le disputait au désir de partager des connaissances, celles que chacun de nous avait pu glaner dans ses différentes sources d’informations. C’était cette atmosphère qui régnait à la clinique des Oliviers de Birmandreis. Ce service de psychiatrie était une institution, un sanctuaire du savoir, une véritable école où maître et élèves avaient, d’un commun accord, mis un point d’honneur à être bons et toujours les meilleurs. C’était un challenge permanent et le Pr Boucebci avait mis toute la générosité – que lui permettaient sa compétence et son immense savoir – pour que nous soyions à la hauteur de cette exigence. lire la suite…

La garde des médecins libéraux: une fausse solution au vrai délabrement de notre système de soins. 15 août, 2017

Posté par docteurboudarene dans : articles de presse , 2 commentaires

Cette contribution a été publiée en date du 15 août 2017 dans le quotidien nationale d’informations Liberté.

Le secteur de la santé publique est très malade. Ce n’est un secret pour personne, chacun a pu s’en rendre compte et en subir les fâcheuses conséquences. 

Pour aller à son chevet, le tout nouveau ministre de la santé veut obliger les praticiens en exercice libéral à faire des gardes, dans leurs cabinets. Pour autant, il aurait fallu inscrire cette démarche dans le cadre des dispositions prévues par la loi. La convention et la rémunération en conséquence ou encore exceptionnellement la réquisition. Le médecin d’exercice libéral devant alors être intégré dans le dispositif de garde des structures de santé publique qui sont en difficulté. Une démarche qui aurait été plus logique et plus efficace, à condition bien sûr que l’objectif de cette décision soit de rendre opérante la santé publique. Les médecins libéraux s’y seront prêtés sans contestation. La médecine libéral est un choix, une liberté et il est bien entendu que le praticien  privé, comme son confrère du secteur public, n’est pas exonéré de ses devoirs. Il a aussi des droits et ils sont inaliénables.

L’instruction N°5 du 05 août 2017 relative au service de garde pour les praticiens médicaux installés à titre privé n’est pas dans cet état d’esprit. Elle est coercitive et semble vouloir pénaliser les médecins libéraux comme si la faillite du secteur public de la santé était de leur responsabilité.
Cette « circulaire » est anachronique, elle est en décalage avec la réalité au moins parce qu’un service médical de garde doit avoir la vocation et les moyens que les médecins de ville n’ont pas. De plus, un service de garde a besoin de sécurité et il est une obligation de l’assurer aux praticiens, ce que les pouvoirs publics n’arrivent déjà pas à honorer dans les structures qui appartiennent à l’Etat.

Cette instruction – cette décision – est inepte. Elle est une façon déguisée de tourner le dos aux vrais problèmes que rencontre le secteur public de la santé, elle est aussi une fausse solution pour y remédier. Comme si le délabrement de notre système de santé se limitait seulement à un problème de garde!

Chacun sait aujourd’hui, le citoyen lambda plus que tout autre, que notre système de soins est moribond. Non seulement la population n’y a pratiquement plus accès mais il n’offre plus les soins de qualité attendus. Les examens biologiques et radiologiques – les plus élémentaires – sont pratiqués chez le privé, à la charge exclusive du malade car non remboursés par les caisses de sécurité sociale. Des médicaments ne sont pas fournis aux malades, même ceux qui sont hospitalisés doivent les acheter en officines privées… Quand à la prise en charge des malades les plus graves, les malades du cancer notamment, les listes d’attentes sont longues pour accéder aux cures de soins appropriées. L’exemple de la radiothérapie est édifiant. Pour autant la médecine est gratuite dans notre pays. Elle est encore garantie par l’ordonnance N°73-65 du 28 décembre 1973 portant institution de la médecine gratuite dans les structures publiques de la santé. La gratuité des soins est également inscrite dans le chapitre 3 – articles 20 à 22 – de la loi sanitaire N° 85-05 du 16 février 1985 relative à la protection et à la promotion de la santé. Cette loi est toujours en vigueur. C’est peut-être, sans doute (? ) , là que si situe le nœud du problème. Notre système de soins n’a plus les moyens de sa politique, il ne peut plus assumer la gratuité des soins. Cette instruction vient dans la précipitation pour travestir cette situation.

Une jeune femme et son bébé sont morts à Djelfa du fait notamment de la défaillance de ce système de soins. Il y aurait eu négligence et/ou incompétence, le mari aurait empêché sa femme de consulter un médecin de sexe masculin…l’enquête déterminera les responsabilités, il n’en demeure pas moins que c’est tout le système de santé qui est interpellé. Il est mis en cause dans cette affaire et, s’il y a faute avérée des professionnels de santé, la responsabilité incombe non pas au personnel de soins mais à l’administration.  Au ministre de la santé, d’abord.

Des événements aussi tragiques que celui de Djelfa sont survenus par le passé dans notre pays, à l’intérieur mais aussi dans les grandes villes, dans les CHU. Rien n’a été fait pour apporter des solutions. On a laissé le couvercle au puits. La situation s’est dégradée malgré les alertes qui ont été données par des enquêtes diligentées par le ministère lui-même, et par la cour des comptes… Les choses ont pourri, aujourd’hui il est trop tard. Le point de non retour est atteint, d’autant que la situation économique du pays est peu reluisante. « Taqachouf », le mot qui est dans la bouche de tous nos responsables, la santé est le secteur qui en est le plus touché. Tous les projets, les nouveaux CHU notamment, sont suspendus. Les pouvoirs publics ont fait dans la fuite en avant. Une fuite éperdue qui s’est cristallisée dans un nouveau projet de loi sanitaire qui ne verra sans doute pas le jour parce qu’irréaliste, il fait fi du coût véritable de la prestation de soins.

Si la santé n’a pas de prix, elle a un coût. Faut-il souligner que celui-ci – le coût de la santé  -n’est toujours pas indexé sur l’environnement économique national ? Les tarifs des consultations viennent, s’il en est, le rappeler. A titre d’exemple, la consultation du médecin généraliste est toujours fixée à 50 Dinars – tarif du début des années 80 – et elle est remboursée par la sécurité sociale sur cette base. Aujourd’hui la consultation est à 1000 dinars en moyenne, un tarif qui est en harmonie – en rapport -  avec le coût de la vie. Celui-ci ayant été multiplié, depuis le début des années 80, par 15. Ce prix a naturellement suivi celui du kilogramme de viande, de la banane ou encore de la cerise… Seule le coût de la prestation de soins est resté figé.

La réalité économique nationale a donc rattrapé le système de santé qui a vu les dotations budgétaires de ses structures de soins de plus en plus insuffisantes. La santé publique s’est appauvrie et ne peut plus assurer aux citoyens l’accès aisé à une prise en charge de qualité. Aujourd’hui, le ministre de la santé, aux abois, pense régler un aussi grave problème en montrant d’un doigt presque accusateur le médecin de pratique privée. Le bouc émissaire est tout trouvé. Comme si le praticien privé était le responsable de la descente aux enfers de notre système de santé. Ça ne marche pas dans nos hôpitaux et nos policliniques, il faut faire faire des gardes aux médecins libéraux. La solution magique, un tour de passe passe, de la prestidigitation. De l’incantation, cela fait partie des us.

Point de concertation. On ne demande l’avis de personne, surtout pas de concernés, surtout pas de leurs organisations professionnelles, de leur syndicat. Les choses se font d’autorité…et dans  la précipitation. A la hussarde, l’instruction N°5 est donnée et est immédiatement appliquée. On a travaillé le week end au ministère de la santé et la montagne a accouché d’une souris. Les médecins ont aussitôt reçu des listes de garde, avant même qu’ils ne soient informés de l’existence de cette instruction.

Pour autant, les médecins libéraux sont des partenaires, ils assument pleinement leur appartenance au système national de soins. A ce titre, ils ont droit au respect en tant que praticien mais aussi et avant tout en tant que citoyen. Mais dans notre pays, la responsabilité exonère du respect que chacun doit à chacun. Il y a dans l’esprit de nos responsables confusion entre autorité et autoritarisme, en particulier quand ils sont à court d’arguments. Sauf que les problèmes ne se règlent pas de cette façon, ils se compliquent davantage. Les gardes des médecins libéraux ne régleront pas les problèmes graves que vit notre système de soins. Les solutions sont ailleurs. Il faut bien sûr de l’imagination pour les trouver, il faut aussi la volonté politique. Il n’y a chez nos responsables ni l’un ni l’autre.

Ce système de gardes, qui a existé par le passé et qui a été abandonné parce que peu opérant, est une fausse solution à un vrai problème. Comme toute fausse solution, il avortera. La galère pour nos concitoyens malades continuera. Nos responsables – quant à eux, parce qu’ils n’ont pas confiance dans notre système de soins – iront au besoin se soigner dans les hôpitaux parisiens ou genevoix…aux frais de l’Algérie.

Les conduites addictives en Algérie, que faire? 2 juillet, 2017

Posté par docteurboudarene dans : articles de presse , ajouter un commentaire

Cette contribution a été publiée hier 1er juillet 2017 dans le quotidien national d’information Liberté. Je l’avais proposé pour le 26 juin,  journée internationale dédiée à la lutte contre les drogues. Cette année, cette journée s’est confondue avec la fête de l’Aïd El Fitr. 
Bonne lecture.


1 – Etat des lieux

Les conduites d’addiction – le vocable toxicomanie aujourd’hui désuet est remplacé par le terme addiction pour désigner les comportements d’intoxication aux drogues – sont un phénomène mondial qui ne peut pas ne pas concerner l’Algérie. Du fait de sa situation géographique et de ses frontières importantes, notre pays constitue une plaque tournante idéale pour inonder le marché européen mais aussi, et cela est plus dangereux pour notre pays, une opportunité pour susciter et développer une consommation locale. De plus, les marchands de stupéfiants ont compris que la population juvénile, majoritaire dans notre pays, est fragilisée par la précarité sociale. Les jeunes, dans la détresse, constituent de ce fait des proies faciles, un marché potentiel. Le pire est donc à venir. Les saisies de stupéfiants, de plus en plus nombreuses, réalisées par les services des douanes ne sont que la partie visible de l’iceberg. L’Algérie est sans aucun doute dans une situation de vulnérabilité sociale et les conduites addictives seront de plus en plus le « recours naturel » au désespoir des personnes. Une grave menace à laquelle les pouvoirs publics doivent se préparer. lire la suite…

L’université algérienne est malade. 20 juin, 2017

Posté par docteurboudarene dans : autres écrits , ajouter un commentaire

Je ne sais pas vous mais moi je m’inquiète de plus en plus de la violence croissante à l’université.
J’ai déjà eu à m’exprimer à ce sujet.
Un enseignant aurait été, selon la presse, assassiné à Miliana à coup de marteau.
Il aurait eu le tort d’empêcher les deux meurtriers de copier. Des étudiants.

Le fait de personnes marginales il y a quelques années – qui peut, par ailleurs, survenir sous tous les cieux – qui devient un fait ordinaire aujourd’hui.

Cela est, au plus haut point, inquiétant.
Des agressions nombreuses d’enseignants ont déjà eu lieu, par le passé, dans d’autres universités.
Pour les mêmes raisons.
Grave.
Trop grave.
Les autorités ne semblent pas vouloir aller au devant du problème. lire la suite…

A propos des harragas: correspondance avec une universitaire française. 9 juin, 2017

Posté par docteurboudarene dans : autres écrits , ajouter un commentaire

Le problème des harragas se pose toujours avec autant d’acuité et est, corrélativement avec les problèmes que vit la jeunesse algérienne, plus que jamais d’actualité. – Parce que ce phénomène s’est accentué cet été et a fait quotidiennement l’objet d’écrits dans la presse nationale sans que les pouvoirs publics ne s’en émeuvent outre mesure et ne soient capables d’apporter  de solution autre que la répression. – Parce que le désespoir des candidats à l’émigration clandestine est tellement grand qu’ils refusent « activement » d’être arraisonnés par les gardes côtes. Faut-il rappeler en effet qu’un groupe de harragas, interpellé en haute mer, a jeté son embarcation contre la vedette des gardes côtes. Il y a eu deux morts dans cet accident. – Parce que les parents ont interpellé avec détermination l’Etat pour qu’il trouve de vraies solutions aux vrais problèmes de leurs enfants.

Il est indispensable de rappeler aux lecteurs que trois rencontres ont été initiées, depuis deux ans environ, par les pouvoirs publics – dont une par le Président de la République – pour réfléchir (?) aux problèmes réels de la jeunesse algérienne… sans lendemain.

Pendant ce temps, à l’étranger, des universitaires planchent sur ce phénomène qu’ils essaient de comprendre de leur point de vue, c’est-à-dire du point de vue du pays d’accueil et des législations en vigueur. Mais ils essaient également de comprendre le drame des harragas de l’autre point de vue, c’est-à-dire des motivations profondes qui amènent le sujet à se jeter dans cette aventure incertaine.

C’est dans cette perspective que Anne Marie MAISONNEUVE s’est intéressée à ce qui s’est écrit en Algérie sur ce drame humain, véritable, et qu’elle m’a adressé cette correspondance, que je livre à mes lecteurs. Je rappelle que j’ai écrit, à ce sujet, plusieurs contributions dans le quotidien national El Watan (rubrique « idées-débats »). Ces contributions peuvent être retrouvées dans mon blog (rubrique « articles de presse »).

- suicide, toxicomanie, harraga, jeunesse et désespérance

- jeunesse et loi de finances 2008

- harraga, délinquance ou quête du bonheur

- les jeunes, ces oubliés du plan d’action du Président

Voici mes échanges épistolaires avec Anne -Marie MAISONNEUVE.

Je ne la présente pas volontairement aux lecteurs. Elle s’en charge elle-même dans cette correspondance.

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