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C’est un événement traumatisant. 31 octobre, 2017

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Une interview réalisée par Farid Belgacem et qui a paru aujourd’hui 31 octobre 2017 dans le quotidien Liberté.
Le journal est revenu sur les milliers d’étudiants qui ont pris d’assaut les centre culturel français pour passer le test d’aptitude à des études en France.
L’occasion pour réaliser un dossier sur l’université algérienne.

Les images auxquelles nous avons assisté dimanche dernier devant le Centre culturel français d’Alger, où des centaines d’étudiants se bousculaient devant le portillon pour obtenir un visa d’études, a soulevé une vague d’indignation et constitue un véritable traumatisme psychique collectif. Quel constat faites-vous à première vue ?

Ce que nous avons vu dans ces images est hors du commun, un événement traumatisant par son ampleur et qui soulève l’indignation par sa signification. Comment peut-il en être autrement? Une situation qui ressemble à un véritable exode. Les jeunes algériens veulent quitter en masse ce pays, pourquoi? C’est la question qu’il faut se poser. Le désir de faire des études n’explique pas à lui seul cette Harga massive. La réalité est que nos jeunes aspirent au bonheur et dans leur pays il leur est inaccessible. Ils veulent vivre dans des contrées normales où le travail et la compétence sont  des valeurs reconnues. Leur pays ignore le mérite, il célèbre la ruse et l’imposture et en fait les seuls arguments pour accéder à l’ascenseur social. Les jeunes algériens ont besoin d’espérance, cela leur est interdit sous le ciel d’Algérie. Ils veulent prendre part à la responsabilité, ils ne le peuvent pas. Ils veulent participer à la prise de décision et à la construction du destin commun, les portes leur sont fermées. Leur avenir est fait de désillusions. Ils cherchent un ailleurs où les promesses d’un avenir radieux sont possibles. Les algériens veulent rêver, ils veulent l’égalité des chances et la justice, ils veulent du travail et la liberté, en somme ils demandent à avoir une vie normale. Tout cela ne leur est pas permis dans leur pays. Ils vont le trouver sous d’autres cieux, en France et en Occident. Des pays où le bonheur n’est pas une chimère.

Au-delà du rêve auquel aspirent des milliers d’étudiants algériens, ne pensez-vous pas qu’il s’agit d’une déchéance de l’université algérienne, et, partant, d’une fuite massive provoquée de la matière grise ?

L’université algérienne est dans un état de délabrement avancée, tant sur les plans scientifique et pédagogique que du point de vue de la vie sociale des étudiants. Ce n’est un secret pour personne et les autorités le savent très bien. Les étudiants ne reçoivent pas l’enseignement qui leur est dû et leurs conditions de vie sociale sont indignes. La qualité de l’enseignement est médiocre et les diplômes qui sont délivrés en fin de cursus sont déconsidérés. Ils ne sont pas reconnus ailleurs dans le monde et notamment chez nos voisins de l’est et de l’ouest. Ce qui est lamentable. Quant aux conditions de vie dans les campus, elles sont simplement scandaleuses. Elles humilient l’être humain qu’est l’étudiant et déshonorent le futur cadre de la nation. Bourse insuffisante, restauration improbable, hébergement dans la promiscuité… Tout est réuni pour dégrader l’image de l’étudiant,  réduire à néant ses espérances et faire de lui un fuyard. Vous ajoutez à cela les fraudes, les plagiats et la prise en otage de l’université par le pouvoir avec l’obligation d’allégeance pour accéder à la responsabilité – le népotisme et les passes droits y sont la règle -, vous faites de cette institution un repoussoir. Ni l’étudiant, ni l’enseignant ne souhaitent travailler dans de telles conditions de déchéance. Ils s’en vont.

Ces images interviennent à la veille de la célébration du 63ème anniversaire du déclenchement de la guerre de libération nationale. N’est-ce pas là une altération du message des étudiants martyrs qui rêvaient d’une relève pour mieux gouverner l’Algérie ?

La révolution algérienne est loin. Elle est loin aussi dans l’esprit des jeunes que nous avons vu sur ces images. En réalité, ils ne la connaissent qu’à travers le discours des responsables qui dirigent aujourd’hui ce pays et, en l’occurrence, ces derniers sont à leurs yeux de mauvais modèles qu’ils rendent responsables de la situation désastreuse dans laquelle ils se trouvent. Les jeunes étudiants qui se sont sacrifiés pour que l’Algérie soit libre ont été oubliés et leur sacrifice occulté par ceux là même qui ont confisqué l’indépendance et mener la nation à cet état de dévastation. S’il y a un message que ces étudiants veulent délivrer – cette veille du premier novembre -, c’est celui de leur défiance vis à vis des autorités de ce pays, leur ras le bol de la légitimité historique et leur rejet de tout ce que ces responsables peuvent représenter. Ils disent aussi, clairement, l’échec lamentable de leur gouvernance et l’état de détresse vers lequel celle-ci a conduit la jeunesse algérienne.

« Justice n’a pas été rendue » en Algérie. 24 octobre, 2017

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« Justice n’a pas été rendue » en Algérie: c’est sous ce titre que Jeune Afrique a publié l’entretien que j’ ai donnée à Farid Alilat.
Interview publiée dans l’édition du 23 octobre 2017.

1 - La récente diffusion par la TV d’Etat d’images de massacres commis durant la décennie rouge a choqué les Algériens. Est-ce à dire que les traumas de cette guerre civile n’ont pas été évacués par la société?

Les algériens ont été terrorisés par ces années de barbarie et de sang. Le traumatisme est profond et les dommages causés à la vie psychique des sujets – notamment ceux qui ont été directement confrontés avec la mort – sont loin d’être guéris; la société toute entière en est encore meurtrie et nombreux sont les sujets qui ont sombré dans la maladie mentale. C’est pourquoi, le régime au pouvoir agite aujourd’hui l’épouvantail de la décennie rouge. Il veut susciter , réveiller l’effroi chez les personnes et immiscer la terreur dans les consciences. Faut-il rappeler que le terrorisme – pour résiduel qu’il soit, ce que nous dit le pouvoir – est toujours présent en Algérie et que la matrice idéologique qui l’a porté a plus que jamais infiltré la société? Le moment choisi pour diffuser ces images n’est donc pas anodin. L’Algérie est entrain de s’abimer dans une crise économique et politique dangereuse pour son avenir. Ceux qui l’ont amenée à cette situation sont honnis par le peuple mais ils ne veulent pas lâcher le pouvoir et continuent à nous dire que le salut de la nation est entre leurs mains. Ces images sont diffusées pour faire peur. L’idée étant qu’un peuple qui a peur est facile à soumettre. « C’est nous ou eux ». Le message est clair.

2 – Vous dites que la réconciliation nationale n’a pas stoppé le cycle de violence. Quelles en sont alors les raisons?

Une réconciliation qui se passe d’un des protagonistes, si je peux formuler les choses ainsi, n’en est pas une. Les bourreaux n’ont ni été mis devant de leurs responsabilités, ni confrontés à leurs victimes. La justice n’a pas été rendue et le pardon a été accordé aux bourreaux sans que les victimes ne soient impliquées dans cette démarche. Cela est un véritable déni de justice dans la mesure où les victimes ont été spoliées de leur deuil ainsi que de leur droit à accorder ou non le pardon à leurs bourreaux. Les lois sur la concorde civile et la réconciliation nationale n’ont pas respecté leurs engagements et leur mise en application ne s’est pas inspirée des expériences qui se sont produites ailleurs dans le monde, notamment à la fin de l’Apartheid en Afrique du Sud. En tournant dans la précipitation la page de cette tragédie, les pouvoirs publics ont absout le terrorisme des crimes qu’il a commis pendant que la douleur des victimes et les souffrances qu’elles ont endurées ont été superbement ignorées. Les dispositifs mis en place à l’avantage des terroristes repentis – afin qu’ils puissent retrouver une place dans la communauté nationale – ont été vécus comme une agression à l’endroit des victimes et de la société toute entière. Une démarche qui a par ailleurs été interprétée, par les citoyens mais aussi par les bourreaux, comme une reddition de la nation face à la subversion terroriste. Voilà pourquoi la violence ne s’est pas totalement éteinte et qu’elle peut à nouveau regagner en intensité.

3 – Qu’est ce qu’il y a de bon et de mauvais dans cette politique de la main tendue aux terroristes?

La politique de la main tendue telle qu’elle continue de se présenter encore aujourd’hui est mauvaise. Elle dure depuis presque 20 ans et participe d’une forme de complaisance vis à vis du terrorisme. De toute évidence, la magnanimité du pouvoir inscrit son objet dans la recherche de la paix au prix de l’abdication de la nation devant la sédition terroriste. Déclinée ainsi, cette main tendue ne signifie rien d’autre que la capitulation de la République, cela n’est pas bon pour l’avenir de la nation. Il y a quelques jours seulement, le premier ministre a de nouveau garanti aux terroristes, encore présents dans les maquis, le pardon de l’Etat s’ils venaient à se rendre. Pour autant, la magnanimité doit faire preuve de fermeté et mettre les limites morales aux objectifs assignés, en particulier au pardon à accorder.

 

 

 

 

 

L’existence de l’Algérien est anxiogène; quand il ne sombre pas dans la maladie, il explose. 7 octobre, 2017

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Cet entretien a paru dans le N°65 (septembre 2017) du magazine de la santé, Santé-Mag (p43-45). Entretien réalisé par Ourida Aït Ali.

Vous êtes l’auteur d’un ouvrage intitulé : « La violence sociale en Algérie : comprendre son émergence et sa progression » paru ce mois de septembre aux éditions Koukou. Comment appréhendez-vous cette problématique? L’individu serait-il naturellement violent ou est-ce la société qui le corrompt pour reprendre une célèbre phrase d’un éminent auteur ? 

Dans cet ouvrage, j’essaie de regarder ce phénomène de la violence avec lucidité. Contrairement à ce qui peut être imaginé, ce n’est pas le psychiatre qui fait une analyse « psychiatrique, psychologique ou encore psychosociologique » mais l’acteur social qui observe et tente de comprendre ce qui se passe dans sa communauté, dans la société dans laquelle il vit. Oui, la violence est croissante dans notre pays, cela est une réalité. Elle s’est emparée du corps social et le passage à l’acte agressif est devenu pratiquement la seule voie de résolution des conflits entre les individus.

Le dialogue passe par l’anathème, l’insulte, les coups, le pugilat voire le règlement de comptes entre factions rivales. C’est inquiétant et cela met en danger la paix sociale. Mais il ne faut pas penser que le passage à l’acte violent est un atavisme et que la société algérienne le porte en son sein de façon héréditaire ou génétique. De ce point de vue, je pense qu’il est une erreur de penser que l’algérien est violent par essence. Je ne crois pas non plus que la société par ses seuls dysfonctionnements et le désordre social qui en aurait découlé ait pu engendrer ce climat de violence. L’algérien est devenu violent, on l’a amené à le devenir. Son histoire récente et les conditions dans lesquelles il vit présentement l’ont conduit à ne connaitre rien d’autre que l’agressivité. La colonisation française, la guerre de libération nationale, la violence politique qui a surgi durant la révolution et qui a prévalu au lendemain de l’indépendance, la violence terroriste des années 90 sont autant de traumatismes qui n’ont pas pu ne pas laisser de séquelles dans la vie psychique des sujets. La pauvreté, la Hogra, l’injustice sociale, le manque de liberté et de démocratie dans lesquels le jeune algérien vit encore aujourd’hui s’y sont additionnés et ont fini par l’acculer dans ses derniers retranchements. Son existence est anxiogène, il est à bout, quand il ne sombre pas dans la maladie, il explose. Il devient agressif. Il est en permanence sur ses gardes et la violence devient pour lui un projet de vie. Quand il quitte son domicile, il est prêt au passage à l’acte. C’est pourquoi, nombreux sont les algériens qui circulent armés de toute sorte d’objets prêts à être utilisés…pour se défendre (?). Les victimes de cette situation de violence sont les maillons faibles de la société, les femmes et les enfants. lire la suite…

Le déni démocratique est une violence politique absolue. 29 septembre, 2017

Posté par docteurboudarene dans : interviews , ajouter un commentaire

Cet entretien est paru ce jour, 29 septembre 2017, dans le quotidien El Watan (El Watan week end) sous la plume de Adlène Meddi.

« Pour que la violence sociale recule, la violence politique – la violence d’État – doit disparaitre du paysage social et politique national » : l’Etat n’a t-il pas le monopole de la violence ? N’est-ce pas sa coercivité qui justement régule la société et ses montées de fièvres ?  

Est-ce que l’Etat a le monopole de la violence? Il ne le devrait pas. Dans notre pays, c’est le régime au pouvoir qui a le monopole de la violence et il fait usage des institutions de l’Etat pour l’exercer. Ce régime est autoritaire, son désir est de conserver le pouvoir et d’annihiler toute forme de contestation sociale. Il faut neutraliser le peuple, lui faire peur, parce qu’un peuple qui vit dans la crainte est facile a soumettre. Il agit ainsi depuis l’indépendance de notre pays. Il a, durant des années, usé de violence politique: intimidations, emprisonnements, tortures et quelques fois éliminations physiques. Aujourd’hui, il ne peut plus se comporter ainsi. Le regard du monde…et il veut être fréquentable, démocratie oblige. Il a abandonné ces pratiques mais sa nature autoritaire est toujours là. Il change de méthode  et fait usage de la violence ordinaire pour faire taire toute forme d’expression qu’il juge contraires à ses intérêts. Il fait appel aux baltaguis. Des individus qui viennent perturber des activités syndicales ou politiques ou encore qui prennent possession des quartiers, intimident les habitants et jouent aux caïds au vu et au su des autorités publiques… Une pratique jusque là inconnue dans notre pays, une forme de délinquance d’Etat qui a jeté l’effroi dans la société et accentué le climat d’insécurité chez le citoyen. Nous en sommes là aujourd’hui. De ce point de vue, nous pouvons en effet dire que l’Etat régule les montées de fièvre et la violence dans la société. Ailleurs, dans le monde notamment dans les démocraties occidentales, l’Etat et ses institutions sont au service exclusif du citoyen qui est l’objet de toutes les attentions, parce que « ressource humaine » centrale du pays. Sachant que la sécurité de ce dernier est l’intention première, toutes les institutions de l’Etat vont au devant de toute forme de menaces – en particulier le conflit et la violence – pour les réduire. L’objectif étant de garantir la sécurité et le bonheur des individus, et d’apporter l’apaisement dans la société. Ce n’est pas le souci des tenants du pouvoir dans notre pays. lire la suite…

L’autisme du pouvoir est une menace pour la paix sociale. 27 septembre, 2017

Posté par docteurboudarene dans : interviews , ajouter un commentaire

Cet entretien est paru dans le quotidien nationale « Liberté », ce jour 27 septembre 2017. Il fait suite à la parution de mon livre « violence sociale en Algérie, comprendre son émergence et sa progression » (éditions Koukou). Cette entretien a été réalisé par la journaliste Hammadi Nissa.

Dans votre livre intitulé « La violence sociale en Algérie, comprendre son émergence et sa progression » vous dites que le pouvoir en place abuse de  son autorité et use lui-même de violence depuis l’indépendance afin de soumettre le citoyen par la peur. Peut-il continuer longtemps dans cette voie sans compromettre sa survie ?

Je crois que chaque citoyen vous dira la même chose. Depuis l’indépendance de notre pays à ce jour, il y a privation des libertés et absence de démocratie. C’est un lieu commun. Pour ne parler que de lui, l’article 120 du FLN – parti unique – a durant des années interdit tout forme d’organisation sociale si celle-ci ne s’inscrit pas dans le cadre des organisations de masses du Front de libération nationale. Une véritable stratégie du contrôle des opinions et une mise sous surveillance permanente des consciences et de la conscience sociale. Par ailleurs, aucune personne ne pouvait prétendre accéder à la responsabilité dans notre pays si elle ne faisait pas allégeance. Il fallait être forcément militant du parti. C’est là une véritable aliénation des libertés et une violence d’Etat absolue. Pouvoir, FLN et Etat étaient, en ce temps, confondus. Mais il n’y a pas que cela. Des personnes ont été emprisonnées, torturées et d’autres physiquement éliminées parce qu’elles ne partageaient pas ou étaient opposées aux idées du système FLN. L’expression démocratique était interdite et une violence inouïe s’abattait systématiquement sur toute personne qui osait seulement porter une critique « désobligeante » sur le pouvoir en place. La société était soumise par la peur. En réalité, la violence politique a commencé avant l’indépendance. L’assassinat de Abane Ramdane, par ses frères d’armes, a inauguré les purges à l’intérieur du FLN révolutionnaire. Un fratricide, le meurtre originel, la violence qui a profané la révolution et qui l’a dépouillée de son caractère sacré. Dès lors, il n’y avait plus aucun obstacle. Tout était possible, permis. La répudiation, à l’été 1962, de la plateforme de la Soummam par la charte de Tripoli est à ce titre l’autre meurtre – symbolique cette fois – perpétré sur la personne de Abane Ramdane. La violence d’Etat qui s’en est suivi trouve dans cette logique meurtrière toute son intelligibilité. Prendre le pouvoir et le conserver. La violence terroriste qui s’est abattue sur le pays durant les années 90 s’inscrit dans cette logique de prise du pouvoir. Une spirale infernale qui ne peut pas ne pas avoir de relations avec les abus d’autorité et la violence du pouvoir que nous observons aujourd’hui. lire la suite…

L’état de l’environnement dans la Wilaya de Tizi Ouzou : le Dr Boudarène interpelle le premier ministre. 31 août, 2017

Posté par docteurboudarene dans : activités politiques , 2 commentaires

 

La wilaya de Tizi Ouzou est menacée par les ordures. Son territoire étroit et sa forte densité de la population, une des plus élevées dans le monde, lui confèrent une véritable spécificité; les nombreuses décharges sauvages – 1500 ont été dénombrées – sont particulièrement proches des villages et des villes. Elles sont donc visibles et agressent le quotidien du citoyen. Elles jonchent toutes les voies de circulation de la région et les cours d’eau ne sont pas épargnés.

Au delà de la dégradation de notre environnement et de la violence que celle-ci inflige au citoyen, il y a un réel risque sanitaire. La pollution de l’air, parce que ces décharges brûlent en permanence, et celle des nappes phréatiques menacent la santé des population. Le barrage de Taksebt, un véritable réservoir d’eau potable, n’est pas épargné.

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La Wilaya de Tizi Ouzou en immersion dans les ordures

Posté par docteurboudarene dans : articles de presse , ajouter un commentaire

Cette contribution a été publiée dans le quotidien national d’information, El Watan, en date du 24 octobre 2009. Je la propose, aujourd’hui, aux lecteurs de mon blog pour dire que rien n’a changé ou plutôt si, que les choses se sont empirées depuis sa publication, il y a déjà presque huit ans.  Tizi Ouzou, nos villes et nos villages sont dans un état de saleté, de pourriture avancées. Il y a bien quelques initiatives, des volontariats, pour tenter de réduire les dégâts mais il y a tant de choses à faire – des décisions politiques audacieuses à prendre, car il s’agit de cela -, que la simple bonne volonté des citoyens ne suffit pas. Et se contenter de donner un prix annuel pour le village le plus propre ne cachera pas l’insuffisance d’engagement de nos élus, pour la prise en charge déterminée de ce problème.

Quel que soit le chemin que l’on emprunte pour entrer dans la ville de Tizi Ouzou, on est accueilli par des tas d’immondices et des détritus de toutes sortes qui jonchent les bretelles d’accès. A l’intérieur de la cité des genêts, le décor est repoussant. De nombreux dépotoirs occupent les quartiers de la ville et des poubelles crasseuses à la couleur d’un vert franchement laid  sont, – parce qu’elles ont, pour la plupart, perdu leurs roues -, littéralement couchées sur des trottoirs souvent, eux même, éventrés et sales. Horrible vision que celle qui est proposée au citoyen et au voyageur de passage. Toutes les villes et toutes les communes de la wilaya de Tizi Ouzou sont dans le même état. Elles sont vautrées dans les ordures. Une véritable poubelle à ciel ouvert et une pollution de l’environnement qui va hypothéquer, sans doute, l’avenir écologique de la région. Une catastrophe innommable et à terme une menace pour la santé publique.

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Transmettre le savoir : un devoir, une exigence éthique. 26 août, 2017

Posté par docteurboudarene dans : conférences médicales , ajouter un commentaire

Cette réflexion a été publié, dans la presse nationale (Liberté) en date du 03 décembre 2013. Il s’agit d’un témoignage que j’ai rendu au Pr Boucebci à l’occasion du colloque organisé le 15 juin de la même année pour commémorer l’anniversaire de son assassinat. Pour le rappeler à la mémoire de tous ceux qui l’ont connu et qui n’ont pas l’occasion de participer aux journées organisées par la Fondation éponyme, j’avais pensé opportun de publier ce témoignage dans la presse écrite.

C’était là une occasion pour mettre en relief une vertu qui avait, de son vivant, animé cet homme : la transmission du savoir et de la connaissance. Une valeur sacrée qui avait constitué pour lui non seulement une exigence de tous les instants mais également un objectif permanent. Un véritable engagement patriotique qui avait longtemps été ignoré puis qui avait cruellement été stoppé par la bêtise et l’ignorance.

Perpétuer le savoir, passer le témoin aux générations suivantes, une nécessité mais aussi un devoir moral, une obligation éthique. Le crédo de ce Maître. C’est pourquoi la fondation qui porte son nom a organisé le 15 juin dernier, date anniversaire de son assassinat, un colloque dont le thème générique est : « trans-maître. Que transmettons nous et comment ?». Un sujet qui m’avait immédiatement interpelé, remué ma mémoire et convoqué de vieux souvenirs. Un sujet qui me rappelle un climat dans lequel j’avais été totalement immergé durant mes études de spécialité en psychiatrie. Une ambiance de compétition, rude en apparence, mais qui était en réalité saine et apaisée, positive et sans animosité. Une atmosphère de stimulation et d’émulation permanente entre des élèves qui rivalisaient d’ardeur à apprendre et un maître bienveillant et toujours disponible pour dispenser le savoir. Un espace où la confrontation des idées le disputait au désir de partager des connaissances, celles que chacun de nous avait pu glaner dans ses différentes sources d’informations. C’était cette atmosphère qui régnait à la clinique des Oliviers de Birmandreis. Ce service de psychiatrie était une institution, un sanctuaire du savoir, une véritable école où maître et élèves avaient, d’un commun accord, mis un point d’honneur à être bons et toujours les meilleurs. C’était un challenge permanent et le Pr Boucebci avait mis toute la générosité – que lui permettaient sa compétence et son immense savoir – pour que nous soyions à la hauteur de cette exigence. lire la suite…

La garde des médecins libéraux: une fausse solution au vrai délabrement de notre système de soins. 15 août, 2017

Posté par docteurboudarene dans : articles de presse , 2 commentaires

Cette contribution a été publiée en date du 15 août 2017 dans le quotidien nationale d’informations Liberté.

Le secteur de la santé publique est très malade. Ce n’est un secret pour personne, chacun a pu s’en rendre compte et en subir les fâcheuses conséquences. 

Pour aller à son chevet, le tout nouveau ministre de la santé veut obliger les praticiens en exercice libéral à faire des gardes, dans leurs cabinets. Pour autant, il aurait fallu inscrire cette démarche dans le cadre des dispositions prévues par la loi. La convention et la rémunération en conséquence ou encore exceptionnellement la réquisition. Le médecin d’exercice libéral devant alors être intégré dans le dispositif de garde des structures de santé publique qui sont en difficulté. Une démarche qui aurait été plus logique et plus efficace, à condition bien sûr que l’objectif de cette décision soit de rendre opérante la santé publique. Les médecins libéraux s’y seront prêtés sans contestation. La médecine libéral est un choix, une liberté et il est bien entendu que le praticien  privé, comme son confrère du secteur public, n’est pas exonéré de ses devoirs. Il a aussi des droits et ils sont inaliénables.

L’instruction N°5 du 05 août 2017 relative au service de garde pour les praticiens médicaux installés à titre privé n’est pas dans cet état d’esprit. Elle est coercitive et semble vouloir pénaliser les médecins libéraux comme si la faillite du secteur public de la santé était de leur responsabilité.
Cette « circulaire » est anachronique, elle est en décalage avec la réalité au moins parce qu’un service médical de garde doit avoir la vocation et les moyens que les médecins de ville n’ont pas. De plus, un service de garde a besoin de sécurité et il est une obligation de l’assurer aux praticiens, ce que les pouvoirs publics n’arrivent déjà pas à honorer dans les structures qui appartiennent à l’Etat.

Cette instruction – cette décision – est inepte. Elle est une façon déguisée de tourner le dos aux vrais problèmes que rencontre le secteur public de la santé, elle est aussi une fausse solution pour y remédier. Comme si le délabrement de notre système de santé se limitait seulement à un problème de garde!

Chacun sait aujourd’hui, le citoyen lambda plus que tout autre, que notre système de soins est moribond. Non seulement la population n’y a pratiquement plus accès mais il n’offre plus les soins de qualité attendus. Les examens biologiques et radiologiques – les plus élémentaires – sont pratiqués chez le privé, à la charge exclusive du malade car non remboursés par les caisses de sécurité sociale. Des médicaments ne sont pas fournis aux malades, même ceux qui sont hospitalisés doivent les acheter en officines privées… Quand à la prise en charge des malades les plus graves, les malades du cancer notamment, les listes d’attentes sont longues pour accéder aux cures de soins appropriées. L’exemple de la radiothérapie est édifiant. Pour autant la médecine est gratuite dans notre pays. Elle est encore garantie par l’ordonnance N°73-65 du 28 décembre 1973 portant institution de la médecine gratuite dans les structures publiques de la santé. La gratuité des soins est également inscrite dans le chapitre 3 – articles 20 à 22 – de la loi sanitaire N° 85-05 du 16 février 1985 relative à la protection et à la promotion de la santé. Cette loi est toujours en vigueur. C’est peut-être, sans doute (? ) , là que si situe le nœud du problème. Notre système de soins n’a plus les moyens de sa politique, il ne peut plus assumer la gratuité des soins. Cette instruction vient dans la précipitation pour travestir cette situation.

Une jeune femme et son bébé sont morts à Djelfa du fait notamment de la défaillance de ce système de soins. Il y aurait eu négligence et/ou incompétence, le mari aurait empêché sa femme de consulter un médecin de sexe masculin…l’enquête déterminera les responsabilités, il n’en demeure pas moins que c’est tout le système de santé qui est interpellé. Il est mis en cause dans cette affaire et, s’il y a faute avérée des professionnels de santé, la responsabilité incombe non pas au personnel de soins mais à l’administration.  Au ministre de la santé, d’abord.

Des événements aussi tragiques que celui de Djelfa sont survenus par le passé dans notre pays, à l’intérieur mais aussi dans les grandes villes, dans les CHU. Rien n’a été fait pour apporter des solutions. On a laissé le couvercle au puits. La situation s’est dégradée malgré les alertes qui ont été données par des enquêtes diligentées par le ministère lui-même, et par la cour des comptes… Les choses ont pourri, aujourd’hui il est trop tard. Le point de non retour est atteint, d’autant que la situation économique du pays est peu reluisante. « Taqachouf », le mot qui est dans la bouche de tous nos responsables, la santé est le secteur qui en est le plus touché. Tous les projets, les nouveaux CHU notamment, sont suspendus. Les pouvoirs publics ont fait dans la fuite en avant. Une fuite éperdue qui s’est cristallisée dans un nouveau projet de loi sanitaire qui ne verra sans doute pas le jour parce qu’irréaliste, il fait fi du coût véritable de la prestation de soins.

Si la santé n’a pas de prix, elle a un coût. Faut-il souligner que celui-ci – le coût de la santé  -n’est toujours pas indexé sur l’environnement économique national ? Les tarifs des consultations viennent, s’il en est, le rappeler. A titre d’exemple, la consultation du médecin généraliste est toujours fixée à 50 Dinars – tarif du début des années 80 – et elle est remboursée par la sécurité sociale sur cette base. Aujourd’hui la consultation est à 1000 dinars en moyenne, un tarif qui est en harmonie – en rapport -  avec le coût de la vie. Celui-ci ayant été multiplié, depuis le début des années 80, par 15. Ce prix a naturellement suivi celui du kilogramme de viande, de la banane ou encore de la cerise… Seule le coût de la prestation de soins est resté figé.

La réalité économique nationale a donc rattrapé le système de santé qui a vu les dotations budgétaires de ses structures de soins de plus en plus insuffisantes. La santé publique s’est appauvrie et ne peut plus assurer aux citoyens l’accès aisé à une prise en charge de qualité. Aujourd’hui, le ministre de la santé, aux abois, pense régler un aussi grave problème en montrant d’un doigt presque accusateur le médecin de pratique privée. Le bouc émissaire est tout trouvé. Comme si le praticien privé était le responsable de la descente aux enfers de notre système de santé. Ça ne marche pas dans nos hôpitaux et nos policliniques, il faut faire faire des gardes aux médecins libéraux. La solution magique, un tour de passe passe, de la prestidigitation. De l’incantation, cela fait partie des us.

Point de concertation. On ne demande l’avis de personne, surtout pas de concernés, surtout pas de leurs organisations professionnelles, de leur syndicat. Les choses se font d’autorité…et dans  la précipitation. A la hussarde, l’instruction N°5 est donnée et est immédiatement appliquée. On a travaillé le week end au ministère de la santé et la montagne a accouché d’une souris. Les médecins ont aussitôt reçu des listes de garde, avant même qu’ils ne soient informés de l’existence de cette instruction.

Pour autant, les médecins libéraux sont des partenaires, ils assument pleinement leur appartenance au système national de soins. A ce titre, ils ont droit au respect en tant que praticien mais aussi et avant tout en tant que citoyen. Mais dans notre pays, la responsabilité exonère du respect que chacun doit à chacun. Il y a dans l’esprit de nos responsables confusion entre autorité et autoritarisme, en particulier quand ils sont à court d’arguments. Sauf que les problèmes ne se règlent pas de cette façon, ils se compliquent davantage. Les gardes des médecins libéraux ne régleront pas les problèmes graves que vit notre système de soins. Les solutions sont ailleurs. Il faut bien sûr de l’imagination pour les trouver, il faut aussi la volonté politique. Il n’y a chez nos responsables ni l’un ni l’autre.

Ce système de gardes, qui a existé par le passé et qui a été abandonné parce que peu opérant, est une fausse solution à un vrai problème. Comme toute fausse solution, il avortera. La galère pour nos concitoyens malades continuera. Nos responsables – quant à eux, parce qu’ils n’ont pas confiance dans notre système de soins – iront au besoin se soigner dans les hôpitaux parisiens ou genevoix…aux frais de l’Algérie.

Les conduites addictives en Algérie, que faire? 2 juillet, 2017

Posté par docteurboudarene dans : articles de presse , ajouter un commentaire

Cette contribution a été publiée hier 1er juillet 2017 dans le quotidien national d’information Liberté. Je l’avais proposé pour le 26 juin,  journée internationale dédiée à la lutte contre les drogues. Cette année, cette journée s’est confondue avec la fête de l’Aïd El Fitr. 
Bonne lecture.


1 – Etat des lieux

Les conduites d’addiction – le vocable toxicomanie aujourd’hui désuet est remplacé par le terme addiction pour désigner les comportements d’intoxication aux drogues – sont un phénomène mondial qui ne peut pas ne pas concerner l’Algérie. Du fait de sa situation géographique et de ses frontières importantes, notre pays constitue une plaque tournante idéale pour inonder le marché européen mais aussi, et cela est plus dangereux pour notre pays, une opportunité pour susciter et développer une consommation locale. De plus, les marchands de stupéfiants ont compris que la population juvénile, majoritaire dans notre pays, est fragilisée par la précarité sociale. Les jeunes, dans la détresse, constituent de ce fait des proies faciles, un marché potentiel. Le pire est donc à venir. Les saisies de stupéfiants, de plus en plus nombreuses, réalisées par les services des douanes ne sont que la partie visible de l’iceberg. L’Algérie est sans aucun doute dans une situation de vulnérabilité sociale et les conduites addictives seront de plus en plus le « recours naturel » au désespoir des personnes. Une grave menace à laquelle les pouvoirs publics doivent se préparer. lire la suite…

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