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Les secrets du miracle de l’insurrection pacifique algérienne. 25 avril, 2019

Posté par docteurboudarene dans : interviews , ajouter un commentaire

Cet entretien est paru ce jour dans le journal en ligne TSA (tout sur l’Algérie) sous la plume de Younès Djama. Pour des contraintes de rédaction, la troisième question a été supprimée.

Par quelle alchimie la contestation populaire est-elle restée pacifique malgré les intimidations et un certain degré de violence?

Je crois que pour une alchimie c’en est une et elle a accouché de ce miracle d’une immense insurrection populaire pacifique. Mais si le vocable alchimie participe de quelques chose d’obscur ou d’occulte, nous pouvons essayer de lui donner du sens et une signification afin de le rendre plus intelligible, afin de rendre plus compréhensible l’apaisement qui caractérise depuis maintenant neuf semaines la contestation populaire. Des millions de citoyens marchent à travers le territoire nationale dans la convivialité, dans la joie et sans violence, un miracle! Pour autant il n’en est pas et si les algériens se sont insurgés pour dire assez à l’indignité dans laquelle le système politique les fait macérer depuis plusieurs années, l’émotion n’est pas montée et la colère a été contenue. Les algériens ont connu la violence absolue et la folie meurtrière du terrorisme qui s’était emparée de notre pays durant la décennie noire, et les jeunes qui sont au coeur de cette insurrection ont grandi dedans. Cela ne peut pas ne pas avoir imprimé dans la vie psychique de chacun le souvenir des meurtrissures que cette violence a engendrées. Un véritable traumatisme psychique, encore présent et d’autant plus vivace que les printemps arabes sont venus conforter l’idée que toute révolution est nécessairement porteuse de violence et de deuils. Les exemples de l’Irak, de la Syrie puis de la Libye sont là pour le montrer. C’est sans doute une des raisons – mais pas la seule – qui ont fait que l’Algérie n’a pas pris le train de ces révolutions. De mon point de vue, les violences subies par le passé et les traumatismes dont elles se sont rendues responsables sont donc au coeur de ce miracle. C’est grâce ou à cause de cela que la colère qui s’est emparée de la population à la suite de l’annonce du cinquième mandat n’a pas engendré de la violence et tout ce qu’elle aurait pu charrier comme destruction. Tout s’est passé comme si l’inconscient collectif avait mis en place un mécanisme de défense – ce que les psychanalystes appellent une formation réactionnelle – pour éviter le passage à l’acte violent. La colère a pu trouver ainsi une voie de résolution dans la gaieté, l’humour et la créativité qui ont marqué les nombreuses marches à travers le territoire national. Les slogans nombreux, les expressions diverses, les caricatures, les appels à dégager de toutes sortes ainsi que les chants ont été les canaux par lesquels la colère et l’agressivité des citoyens ont pu s’échapper pour « faire baisser la pression » et éviter la tentation de la violence. Freud appelait cela la sublimation. Je pense que la présence des femmes et des enfants a également beaucoup contribué à apaiser la situation. La testostérone, cette hormone qui fait monter l’agressivité a laissé la place à l’ocytocine, l’hormone de l’amour et de l’attachement. La présence de la femme et des enfants au côté de l’homme a permis d’atténuer l’odeur de la virilité dans l’air. Eh oui! La biologie s’était aussi mise de la partie… Enfin, il faut souligner que la violence est par certains aspects contagieuse et que par bonheur il n’y a pas eu de provocation – le système aurait pu être tenté par cela -, et les services de sécurité se sont faits discrets.

Avez-vous une idée pour expliquer ce désir répété sans cesse durant les marches de rester pacifique?

L’appel à rester calme et pacifique durant les marches est indispensable. Il n’est pas de la vaine incantation mais le fait d’appeler au calme ne suffit pas à lui seul à conjurer le risque de violence. Cette dernière était durant toutes les manifestations dans l’air et les citoyens en avaient très peur, et il fallait la neutraliser, cette peur. L’objectif était là. J’en veux pour preuve non seulement les appels au calme durant les manifestations mais aussi ceux (les appels au calme) qui sont diffusés sur la toile. Il faut souligner que des rumeurs insistantes sur de possibles provocations circulent également sur les réseaux sociaux, des rumeurs qui effraient les sujets les plus anxieux, ces derniers servant de caisse d’amplification à ce type de rumeurs et à la frayeur qui s’en est emparé. Les appels au calme sont donc là aussi (surtout) pour rassurer et tenter de rompre le cycle infernal de la contagion par la peur. Celle-ci est, si je peux dire les choses ainsi, la « trigger zone » de la violence. C’est donc la peur qu’il faut éloigner des esprits pour conjurer la violence.

La franchise universitaire à la faculté de Droit d’Alger a été enfreinte par des forces de police, des militantes maltraitées dans un commissariat à Baraki, des manifestants gazés au lacrymogène à l’intérieur du tunnel des facultés…comment expliquez-vous la violence du pouvoir à l’égard de manifestants pacifiques ?

Le pouvoir est dans son rôle. Il use et abuse de violence depuis qu’il a pris en otage notre destin. Il ne sait faire que cela. C’est le seul lien qu’il a établi avec le peuple et c’est le seul dialogue qu’il connait. De ce point de vue, il est égal à lui-même. Les injustices sociales qu’il a créées, les prédations des richesses nationales qu’il a autorisées, le bâillonnement des citoyens et la spoliation de nos libertés constituent des violences qu’il n’a eu de cesse d’infliger au peuple, il n’y a aucune raison qu’il change. Les provocations dont il s’est rendu responsable durant les manifestations ne pouvaient pas ne pas survenir. Avec la tentation du cinquième mandat, le régime politique en place avait plongé l’Algérie et son peuple dans l’indignité. L’humiliation était totale,  l’honneur de notre pays était à terre, dans la boue, et nous étions devenus la risée du monde. Or le caractère pacifique des manifestations a redonné aux algériens et à l’Algérie de la dignité. Le peuple algérien a forcé l’admiration et a retrouvé son honneur. Le monde entier a compris que c’est le régime en place qui est indigne de ce peuple. C’en est trop pour le système, il doit casser cette image. C’est pourquoi il a été tenté de provoquer les manifestants pour faire éclater la violence. Il faisait ainsi d’une pierre deux coups. Il reprenait l’initiative du terrain, la répression étant justifié d’une part et l’exemplarité du peuple étant écornée, d’autre part. Il suffisait d’envoyer quelques bombes lacrymogènes sur les manifestants et/ou d’enlever des jeunes filles et de les humilier. Un dessein qui n’a pas trouvé de prise pour s’accomplir.

Le printemps amazigh : un message de tolérance et de liberté 20 avril, 2019

Posté par docteurboudarene dans : articles de presse , ajouter un commentaire

Cet article a été publié dans la rubrique « idées débats » du quotidien national El Watan du 20 avril 2010. J’espère que la population berbérophone de l’Algérie mais aussi de toute la Numidie antique continuera, avec la même détermination, à revendiquer le droit à son existence. Le Maroc a déjà officialisé Tamazight, la Lybie le fera, à n’en pas douter, dans un avenir proche, notre pays « traîne les pieds ». Pour autant, l’Histoire est en marche et rien ni personne ne peut l’arrêter. Tamazight entrera un jour prochain dans les institutions de la République algérienne. En attendant, ne baissons pas les bras et soyons nombreux aux marches du 20 avril. Un devoir sacré.

Voici cette contribution,  je la propose à nouveau aux lecteurs de mon blog.

Faut-il rappeler que ce mois d’avril 1980 a vu naître, à l’Université de Tizi ouzou, un mouvement de contestation pacifique dont l’origine était l’interdiction, par le pouvoir de Chadli, d’une conférence que devait y tenir feu Mouloud Mammeri ? Les étudiants et des enseignants avaient, d’un commun accord, décidé d’organiser la protestation. « Que la conférence ait lieu ou non, nous marcherons », avaient-ils convenu, pour bien signifier leur détermination à lutter pour la promotion des langue et culture amazigh et pour l’émancipation des libertés démocratiques. L’Université de Tizi Ouzou avait quitté ses remparts. Est arrivé ce qui devait arriver. Toute la Kabylie, on s’en souvient, s’était soulevée pour soutenir les étudiantes et les étudiants  agressés par les forces de la répression qui avaient investi dans la nuit les cités universitaires.

Grèves générales et marches, ponctuées par les expéditions punitives des services de police et de la gendarmerie, avaient fait le quotidien des citoyens de la région durant plusieurs semaines. 24 animateurs du mouvement, avaient été arrêtés. Ce n’était la mobilisation sans faille de la population, les détenus risquaient la peine capitale pour cause d’ « atteinte à la sûreté de l’Etat ».

lire la suite…

Alors monsieur le diplomate!… 20 mars, 2019

Posté par docteurboudarene dans : autres écrits , ajouter un commentaire

Le diplomate Brahimi se défend d’être mandaté par le système, pour autant il demande à rencontrer des personnalités pour amener au dialogue le peuple.
Il a le souci du pays et il ne veut pas qu’il subisse le même sort que l’Irak.
« Ils sont tous partis et vous voyez comment est devenu ce pays ».
Il fait allusion au départ de Saddam et de son système.
L’épouvantail pour faire peur à la rue, ce n’est plus Ouyahia, Bedoui ou encore Lamamra qui le dresse, c’est lui.
Le diplomate chevronné, nous dit-on.
« Le changement ne se fait pas tout seul », qu’il a ajouté.
Justement, il ne voulait pas se faire tout seul, ce changement.
Il ne voulait pas venir du système, alors le peuple l’a exigé avec force et détermination.
Notre diplomate chevronné, comme le rappelle sans cesse la presse nationale, ne semble pas avoir compris l’importance de la demande de la rue, il veut que le peuple vienne à la négociation avec le pouvoir politique qui l’a méprisé des années durant.
Il n’a pas entendu, non plus, le désespoir de la jeunesse algérienne et sa quête de dignité.
Au lieu de convaincre celui qui ne l’a pas mandaté à s’en aller en emportant avec lui son système, il veut amener le peuple insurgé à la raison.
Parce qu’une fois de plus, le peuple ne sait pas ce qu’il fait… Un enfant gâté, ce peuple.
Ignorant.
« Le changement doit être organisé, il ne doit pas être immédiat », qu’il a dit.
Nous sommes entièrement d’accord, tous, et le peuple a montré qu’il est organisé, discipliné et ordonné.
Il n’y a eu aucun incident, le président (ou ceux qui parlent à sa place) a lui-même salué le caractère pacifique des marches et la maturité de la jeunesse algérienne.
Alors! Monsieur le diplomate…
Quand à la revendication de la rue, elle est claire.
Le respect de la constitution.
Le mandat présidentiel terminé, le chef de l’Etat rentre chez lui avec son clan familial, oligarques, thuriféraires et toute la clique.
« C’est ce premier pas » – important aux yeux du diplomate -, qu’il demande avec insistance au peuple de faire mais qu’il ne veut pas exiger du système qui l’a mandaté – même s’il s’en défend – pour un nouveau leurre du peuple.
Le peuple dit qu’il ne veut pas d’une conférence inclusive et d’un nouveau tripatouillage de la constitution, organisés par le système.
Une fois celui, le système, parti, il y a des femmes et des hommes qui aiment ce pays et qui peuvent l’engager dans une transition vers une nouvelle République, dans la paix et la sérénité.
Si vous voulez rendre service à votre pays, monsieur le diplomate, demandez à celui ou à ceux qui vous ont mandaté – même si vous ne voulez pas nous le dire – de sortir de l’avenir de la jeunesse algérienne.
Mais vous ne pouvez pas convaincre.
Le président (ou ceux qui écrivent à sa place) vient d’adresser une nouvelle missive au peuple: j’y suis, j’y reste.
Vous voyez!
La diplomatie est une affaire compliquée, en tout cas elle n’a pas pour objet de tromper une partie au détriment d’une autre.
Prenez votre retraite, monsieur le diplomate chevronné.

« Le peuple a dit son mot et son message est clair » 2 mars, 2019

Posté par docteurboudarene dans : interviews , ajouter un commentaire

Cet entretien réalisé par le journaliste Amine Bouali est paru dans le journal en ligne Algérie.1
Sauf imprévu, il paraitra demain dans le quotidien d’Oran.

1/ Dr Mahmoud Boudarene, depuis une dizaine de jours, des centaines de milliers d’Algériens sont descendus pacifiquement dans la rue pour dire non à un 5e mandat du président Abdelaziz Bouteflika. Ces manifestations vous ont-elles surpris?

Des centaines de milliers – des millions je dirais – d’algériens sont descendus dans la rue pour dire non au système politique qui a pris le pays en otage depuis son indépendance à ce jour. Il faut le souligner, le cinquième mandat n’est que la goutte qui a fait déborder le vase. Pourquoi? Parce que si le système politique qui a colonisé les espérances des algériens depuis plus d’un demi siècle maintenant est honni, le clan qui a squatté la République depuis 20 ans est, lui, vomi par la population. Ce cinquième mandat était de trop et les personnes qui ont porté ce projet ont fait preuve d’une telle arrogance et d’un tel mépris vis-à-vis du peuple que ce dernier ne pouvait pas ne pas se sentir davantage humilié. Les propos que les uns et les autres – premier ministre, chef du FLN ou de l’UGTA et autre FCE, ou encore le directeur de campagne de Bouteflika – ont tenu, ont fini par susciter le sursaut de dignité salvateur chez les algériens. Ce qui est arrivé ne pouvait pas ne pas arriver, la coupe du déshonneur était trop pleine. Non seulement ils ont confisqué la décision politique et organisé un pillage en règle du pays mais ils ont en plus fait obstacle au développement de son économie et mis en danger l’avenir de l’Algérie. Pour faire passer la pilule, ils nous tiennent tantôt un discours hagiographique dans lequel le candidat au cinquième mandat doit nécessairement poursuivre sa mission prophétique, tantôt ils usent de menace et de chantage en exhibant l’épouvantail d’hypothétiques ennemis intérieurs et extérieurs qui mettraient en danger la stabilité de la nation. Le chaos, le scénario syrien… Eux seuls aiment l’Algérie et sont de vrais patriotes, ceux qui contestent leur pouvoir sont nécessairement des traitres à la patrie. Une rhétorique bien rodée et répétée en écho par tous les laudateurs d’un candidat usé par la maladie et par l’exercice du pouvoir. Le clan au pouvoir depuis 20 ans a non seulement délabré les institutions de la République mais il a en plus – du fait de la corruption qui a gangréné la vie politique et économique nationale – réduit à néant le peu de moralité qui auraient pu leur conférer un semblant de crédibilité. Par sa faute, la vie politique nationale est devenue un piètre vaudeville joué par de pitoyables comédiens. Toute cette agitation et ces manipulations autour de la poursuite de la mission (divine) donne de l’Algérie l’image d’un cirque en proie à un désordre innommable. Avec ce cinquième mandat et un candidat dans un tel état, ce clan traine le pays dans la boue et fait de l’Algérie la risée du monde. Il met son honneur à terre, il viole les consciences et humilie tout le peuple algérien. C’est trop. Non ces manifestations ne m’ont pas surpris, je les ai personnellement appelé de tous mes voeux.

2/ En tant qu’intellectuel praticien et observateur de la scène politique nationale, que pensez-vous qu’il va se passer dans les jours ou semaines à venir ?

Vous me demandez d’anticiper la suite des événements. Je crois que le scenario est unique. Le peuple a dit son mot et son message est clair. Il ne veut pas de ce cinquième mandat et demande avec insistance le départ du système politique en place. Tout dépendra donc de l’attitude qu’observeront les intéressés. Nous le saurons demain, 03 mars, dernier jour pour le dépôt des candidatures. Si le pouvoir s’obstine à présenter la candidature du chef de l’Etat, il voudra dire qu’il n’a pas entendu la rue ou qu’il l’ignore, et qu’il s’obstine à vouloir durer. Le peuple ne laissera pas faire, il l’a répété avec force, alors nous serons face à l’inconnu. Chacun prendra ses responsabilités. Personnellement, j’espère que la candidature de Bouteflika sera retirée. Cela permettra d’apaiser le climat de tension actuel et fera faire au pays la pause indispensable pour envisager la suite des événements avec calme et sérénité. Les aspects techniques à mettre en place pour gérer les choses sont de mon point de vue un détail, la constitution actuelle pour imparfaite qu’elle soit servira de canevas de base. L’essentiel étant que le système politique libère le pays de son étreinte et qu’il restitue l’initiative de son destin au peuple, en particulier aux jeunes, afin que ceux-ci aient une emprise sur la décision politique et qu’ils puissent enfin projeter leur avenir. Le système politique qui a présidé au destin de l’Algérie depuis son indépendance a mené le pays à l’impasse politique et économique mais a surtout plongé l’Algérie dans une crise de valeurs sans précédent. Il a pollué l’action civique et politique et a fait de la corruption des esprits le seul critère pour accéder à la responsabilité. C’est essentiellement cela qui a conduit les jeunes au désespoir et qui les fait – qu’ils soient qualifiés et diplômés ou non – s’évader de notre pays. C’est cette situation, incarnée par le système en place, qui est violemment rejetée par le peuple algérien.

Conjecture d’été 8 février, 2019

Posté par docteurboudarene dans : articles de presse , ajouter un commentaire

Ce texte a été publié le samedi 09 août 2014, dans le quotidien national d’information Liberté dans la rubrique contributions. Je le dédie aujourd’hui à tous les martyrs qui ont donné leur vie pour libérer notre pays du joug colonial.

« Le tocsin qu’on va sonner n’est point un signal d’alarme, c’est la charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace… ». Un extrait du discours prononcé par Georges Jacques Danton – un des artisans et figure emblématique de la révolution française de 1789 – pour lever la résistance du peuple contre l’ennemi, quand la France a été en danger et qu’elle a été envahie par les anglais à l’été 1792.

C’est cette audace qui a, sans doute, animé – un siècle et demi plus tard – l’esprit des 22 quand ils ont rédigé la proclamation du premier novembre 1954 et qu’ils ont décidé – pour libérer leur patrie, l’Algérie – de mener une guerre sans merci à l’occupant colonialiste français. Une audace qui n’a pas été vaine et « qui a payé », quand bien même les souffrances endurées par le peuple algérien, durant sept longues années de guerre, ont été difficilement supportables.

L’appel du premier novembre – sans détour dans la formulation de son objectif – avait une double ambition. Susciter, d’une part, l’adhésion de tout le peuple algérien à la démarche et réduire, d’autre part, les clivages politiques qui avaient paralysé, depuis de nombreuses années, le mouvement national en appelant à l’unité de tous les militants autour de la cause sacrée. lire la suite…

Elite politique et intellectuelle et problèmes de société. 7 février, 2019

Posté par docteurboudarene dans : autres écrits , ajouter un commentaire

Notre société a besoin d’évoluer à son rythme mais il faut que son élite prenne en charge cette mission en essayant de trouver les mécanismes les plus consensuels pour ce faire.
Je dis consensuel parce que cette élite est quelquefois divisée sur le chemin à emprunter et souvent sur la destination à atteindre.
Si l’élite intellectuelle est absente, notre élite politique est particulièrement frileuse pour ne pas dire peu courageuse, sur un certain nombre de sujets.
Pour autant, il échoit à l’une et l’autre d’initier et de conduire le débat sur les sujets qui engagent la communauté – même ceux qui sont frappés de tabous ou qui sont sacrés, je devrais dire sacralisés par le discours ambiant -, ceci afin de permettre à la société d’évoluer et d’accéder aux valeurs qui lui permettront de s’épanouir et de s’apaiser.
Je ne me fais pas d’illusion sur le désir des politiques de la mouvance démocratique de s’impliquer dans ce genre de débat, ils préfèrent faire plus de politique que de pédagogie et laisser ce genre de « polémique » aux autres.
Mais il ne faut pas les laisser tranquilles.
Il faut les interpeler et les rappeler à ce devoir et à d’autres.
Rien n’est réellement vain si l’on n’a pas essayé.
La vie sexuelle de nos jeunes en est un exemple et le projet de loi sur la santé – qui a été voté, il y a peu – était une opportunité pour briser un tabou incompréhensible et ouvrir un débat sur un vrai sujet de société et un possible problème de santé publique.
Je pense que c’était là le bon bout à tenir pour développer l’argumentaire qui aurait été à même capable de faire bouger – de faire tomber – les pesanteurs sociologiques, les préjugés sociaux et les dogmes religieux.
Il y a besoin de beaucoup de pédagogie et de patience pour faire évoluer les choses.
La société civile et l’élite politique ont un rôle déterminant à jouer pour notamment pacifier le débat et permettre à tous les avis de se faire entendre dans la sérénité.
Ma conviction est que nous pouvons arriver à « nuancer la lettre » et à « faire prévaloir l’esprit » dans chaque chose, notamment quand il s’agit de religion.
Il faut sans doute, dans le cas particulier de la sexualité de nos jeunes, dépouiller le débat du caractère sacré qu’on veut lui conférer et le ramener à sa juste dimension de fait social ordinaire mais il y a d’autres sujets aussi importants. La ministre de l’éducation vient d’en ouvrir un qui me parait fondamental. La place et le rôle de la religion dans l’institution scolaire. Les partis démocrates sont restés bien silencieux face à la volée de bois vert qu’a reçu la ministre de la part des partis de la mouvance islamiste. Pour autant, sa démarche s’inscrit tout à fait dans les idéaux que ceux-ci sont supposés défendre.

Haro sur le baudet et la mule. 4 février, 2019

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Vous savez quoi?
Le syndicat des zaouias vient de publier sa dernière fatwa autorisant la consommation de viande d’âne et de mule.
Aucun danger pour la santé que ce syndicat a dit.
Ils ont l’autorité sanitaire pour cela.
Concernant la religion, cette chaire n’est pas désirée mais elle n’est pas illicite.
Voilà tout est dit, haro – ou la baraka si vous préférez – sur le baudet et la mule.
Je ne sais pas vous mais moi je l’attendais cette fatwa, elle ne pouvait pas ne pas venir.
Les zaouias sont un passage obligé pour rendre licite tout ce qui se fait dans ce pays, elles autorisent surtout certaines candidatures à la candidature et accessoirement aux candidatures.
Mais ça, vous le savez déjà.
Je me demande si les 124 candidats à la candidature de la présidentielle ont été cherché la bénédiction du syndicat des zaouias.
C’est peut-être peine perdue d’avance parce que le choix est déjà fait depuis longtemps mais il faut essayer.
D’autres l’ont fait avant, ils ont de toute évidence essuyé des refus.
Vous vous souvenez de celui qui a fait le tour avec son projet en 16 points pour sauver l’Algérie.
Il a été poliment reçu, il a été écouté, il y a même cru puis plus rien.
Il y a aussi l’autre, celui qui est en attente d’être reçu par son destin.
Il a fait lui aussi un petit détour, il y a quelques semaines, de ce côté là.
Histoire de s’enquérir de son destin, de voir s’il a pris la route, s’il est déjà en chemin.
Il a été reçu sur le pas de la porte.
Le rendez-vous est ajourné, le destin ne viendra pas, qu’on lui a dit.
Il ne faut plus attendre
L’extrême onction ne sera pas.
Elle est donné pour le cinquième mandat.
La mort dans l’âme, il se soumet…au destin, celui de l’autre bien sûr.
Il enfourche la mule – et ses amis du moment les ânes – et va battre la campagne.
C’est lui et les autres, ses amis du moment, qui le disent.
Mais des ânes et des mules, il y en aura pour tout le monde.
Et il y a foule.
C’est d’ailleurs pourquoi l’importation des mules et des ânes a été autorisée par le gouvernement et validée par le syndicat des zaouias.
Ils sont déjà tous là.
Ils trépignent d’impatience mais ils attendent le signal du départ.
Ils n’auront même pas besoin de GPS pour se diriger, les mules et les ânes savent où est la mangeoire.
La course va commencer.
Je ne sais pas vous mais moi je pense que cette élection présidentielle sera une chevauchée fantastique.
Quand les mules et les ânes seront fourbus d’avoir couru, nous allons les retrouver dans nos assiettes.
Il ne faut pas dire que nous ne le savions pas, nous avons laissé faire.

Bonne et heureuse année. 2 janvier, 2019

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C’est le premier jour de l’an.
Vous vous êtes, pour la plupart, mis au lit après une nuit de fête.
Une nuit de promesses, de résolutions, et pour certains – peut-être beaucoup, d’ailleurs – une nuit dionysiaque ou la recherche du plaisir (avec ses excès possibles) le dispute à l’envie de consumer au plus vite l’année à venir.
Mais c’est ça le réveillon de la nouvelle année, sinon il ne le serait pas.
Certains se réveilleront avec le sourire, d’autres avec la gueule de bois propre aux excès mais qu’à cela ne tienne, ce premier janvier 2019 sera pour tous le jour annonciateur d’une année porteuse d’espoirs.
Le bonheur nait de l’espérance, personnellement j’y crois dur comme fer.
Alors empruntons tous le chemin de la vie avec la conviction qu’il nous appartient de lui donner les contours que nous voulons.
N’oublions pas toutefois que notre bonheur dépend aussi de celui des autres, de celui de la communauté à laquelle nous appartenons.
N’oublions pas que notre bonheur dépend de la prospérité de notre pays.
Alors abandonnons l’égoïsme étroit qui peut nous tenter et ayons le souci du destin commun.
En participant à la construction de notre avenir à tous, c’est notre bonheur que nous garantissons.
C’est l’une des résolutions – la seule vrai (?) – qui doit éclairer le chemin à emprunter pour passer le gué de cette nouvelle année.
Très bonne année à tous.

Voir midi à sa porte 15 novembre, 2018

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Je ne sais pas vous mais moi je ne vois pas toujours midi à ma porte.
Je veux dire que je ne vois pas les choses comme je veux les voir, autrement dit en fonction de mes intérêts et de ce qui me parait important pour moi.
Je ne vois pas les choses en fonction de mes désirs.
Je les vois – en tout cas j’essaie de les voir – comme elles sont, comme chacun pourrait les voir.
Vous savez pourquoi?
Eh bien parce que quand on s’obstine à voir les choses comme on le désire, pas comme elles sont, on se raconte des histoires.
On se fait du cinéma.
On se fait plaisir, il est vrai, mais on se goure.
On se fourre le doigt dans l’oeil, parfois jusqu’à l’omoplate, jusqu’à être aveugle.
On se leurre.
On est solitaire dans cette situation.
Parce les autres ne voit pas ces choses comme nous.
Ils les voient autrement.
Il y a certes des nuances, parce que qu’il y a des sensibilités différentes mais il y a consensus, un espace commun où les uns et les autres se retrouvent.
Un lieu d’entente.
Midi passe alors d’une porte à une autre sans problème, sans histoire.
Les intérêts – et les désirs – des uns et des autres sont sauvegardés.
Si on veut enchainer midi à notre porte, on se singularise.
On se met à l’écart des autres.
On veut tout pour soi.
Notre regard sur les choses devient atypique, curieux, en tout cas isolé.
Et si on persiste à penser que midi doit être uniquement à notre porte, alors on n’est pas dans la réalité.
On est tout entier à son désir, on en est esclave.
On est à côté de l’évidence, on est dans le délire.
Ce n’est plus de l’originalité, c’est de la folie.
Voilà, c’est dit.
Une situation qui peut générer des conflits…d’intérêts.
On pense qu’on a nécessairement raison, qu’on est dans le vrai.
C’est notre vérité.
L’illusion.
Mais ce n’est pas la vérité.
Ce n’est pas celle des autres, non plus.
Les autres ne voient pas midi à la porte qui est la notre.
Chacun le voit à la sienne, de porte, mais ils savent que midi est libre et qu’il peut être à celle de l’autre et à la notre, aussi.
C’est toute la différence et c’est là la vérité.
Etre capable de se dire que midi est à la porte de chacun et qu’il peut aller de l’une à l’autre porte.
Parce que midi doit pouvoir aller librement d’une porte à une autre.
Parce que nos désirs ne doivent pas l’enchainer et nos envies l’emprisonner.
Notre vérité n’est pas la vérité.
Elle ne doit pas obscurcir notre conscience et ligoter notre raison.
Je ne sais pas vous mais moi je ne vois pas toujours midi à ma porte.
J’essaie d’imaginer qu’il peut être à l’autre porte.
Plus souvent d’ailleurs à l’autre porte qu’à la mienne.
J’y arrive toujours.
Je sais que c’est ce regard sur midi qui fait que je ne reste pas arc-bouté sur d’hypothétiques certitudes.
Je n’en ai aucune, d’ailleurs.
Je ne sais pas vous mais moi je pense que pour évoluer, je dois douter et sans doute (?) en permanence interroger ma conscience…pour la maintenir en éveil.
C’est un exercice auquel je me prête toujours avec autant de détermination.

Action civique et politique en Algérie: entre opportunisme et démission. 20 octobre, 2018

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Beaucoup de nos concitoyens – et quelques uns parmi ceux qui interviennent dans ma page Facebook – sont pessimistes quant à l’avenir politique de notre pays.
Ils ont une attitude de défiance (et de méfiance) envers l’action politique et envers ceux de nos concitoyens qui s’engagent dans cette dernière, ceux de nos concitoyens qui veulent avoir un rôle politique.
Voilà une attitude qui peut se comprendre, au regard de ce que chacun de nous peut observer et surtout au regard du résultat de l’action de nos acteurs politiques.
Tout le monde est d’accord pour dire que le résultat est lamentable.
Mais n’est-ce pas parce que les « bonnes volontés » sont dans cette attitude de défiance que les autres se sont engouffrés dans l’action politique et qu’ils font…ce qui ne nous convient pas?
« La nature ayant horreur du vide… »
A qui faut-il en vouloir?
A ceux qui mettent la main à la pâte et qui font ou à ceux qui ne s’engagent pas et qui laissent les autres faire, puis qui ne sont pas contents et « s’investissent  » dans la critique acerbe.
Je pense qui si nous restons au bord du chemin à attendre, si nous sommes dans l’expectative, nous ne ferons rien d’autre que nous plaindre – parce que tout le temps insatisfaits.
Personnellement, je suis de ceux qui font.
Je choisis toujours de faire, au risque de me tromper et de subir la critique.
Les critiques font toujours mal mais il faut les encaisser dès lors que nous sommes convaincus de la justesse de notre choix.
C’est d’ailleurs comme cela – avec ce type de déconvenues – que nous apprenons à avancer.
C’est comme ça que nous apprenons à écouter les autres, à entendre la communauté et à tenir compte de ses doléances.
C’est comme ça que nous progressons et que nous faisons progresser les choses.
C’est ainsi que les griefs qui nous sont faits nous font grandir.
Nous apprenons à nous rendre utile.
Si nous restons à distance de l’action politique, nous ne participons pas à la construction de l’avenir commun.
Si nous nous détournons de l’action politique, nous tournons le dos à notre propre destin.
Les autres le font, à l’insu de notre plein gré puisque nous les laissons faire, puisque nous avons déserté le terrain.
Ils bâtissent ce destin comme ils le veulent, pas comme nous le souhaitons
C’est naturel, c’est dans l’ordre des choses.
Alors, nous ne devons pas nous plaindre et critiquer.
Tout n’est pas blanc en politique, ce qui se passe dans le monde politique n’est pas toujours joli à voir.
Je ne vous apprends rien, c’est une vérité.
Mais tout n’est pas noir non plus.
La politique fait de belles choses, vous le savez aussi.
Il y a donc toutes les nuances.
Ces nuances peuvent aussi être de mise dans notre pays, chez nous.
Pourquoi tout serait noir dans notre pays ?
Ne sommes-nous pas, nous algériens, également éligibles à une action politique propre, honnête et au service de la communauté?
Tous ceux qui se sont engagés sur ce chemin ne sont pas des pourris ou des personnes qui ne cherchent que leur intérêt.
Certaines parmi ces personnes – j’en ai la conviction – aiment ce pays et oeuvrent à son bien-être.
Je suis optimiste, je veux croire cela.
Les escrocs politiques existent partout dans le monde.
Ils existent chez nous.
Ils sont trop nombreux, je vous le concède, et ils nous pourrissent la vie.
Ils sont dans le pouvoir, ils sont aussi dans l’opposition, qu’on ne s’y trompe pas.
Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut rester à distance de l’action politique, qu’il ne faut pas faire.
Qu’il faut laisser ceux là faire sans agir.
Il appartient donc à chacun de se libérer de ce pessimiste – qui a engourdi les esprits et ligoté les volontés – et d’entrer dans l’arène, de prendre des risques, le risque.
Et puis, il y a ceux, notamment parmi les intellectuels, qui adoptent une espèce d’arrogante et confortable neutralité politique.
Des personnes qui pensent que c’est cuit, foutu, qu’il n’y a plus rien à faire et qui oublient que c’est parce qu’elles n’ont rien fait quand il fallait faire.
Des personnes qui se considèrent au dessus de la mêlée, des « puristes » qui se tiennent à distance de tout, qui intellectualisent et donnent des leçons.
Qui disent que les médiocres ont pris les places et oublient que, eux, les bons, les génies, ont abandonné les lieux, sont en désertion.
Ceux là ne s’engagent dans rien, ils pensent.
Cela leur suffit.
C’est leur point de vue, sauf que celui-ci est erroné.
Parce que personne n’incarne l’exemplarité et personne n’a de leçon à donner à personne.
Retrousser ses manches et s’engager dans la mêlée, il n’y a que cela de vrai.
Chacun a le devoir de s’impliquer dans la construction du destin commun.
Comme chacun peut, le sent, le souhaite…en toute liberté.
C’est le libre arbitre de chacun.
C’est, de mon point de vue, la condition pour accéder à la pleine citoyenneté, avec les droits et les devoirs que celle-ci implique.
Alors, faisons et n’ayons pas peur de nous tromper, car si nous ne faisons pas, les autres feront.
Nous serons fait(s).
Chacun peut constater, au regard de ce qui se passe présentement dans notre pays, que nous sommes fait(s).
C’est de la faute à qui?

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